Les Serbes n'ont pas sauté de joie à l'annonce de l'octroi au pays du statut de candidat à l'UE

La population serbe a bien accueilli la nouvelle de l'octroi à son pays du statut de candidat à l'UE, sans toutefois se montrer euphorique. Un reportage d'EURACTIV Serbie.

EURACTIV.com
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La population serbe a bien accueilli la nouvelle de l'octroi à son pays du statut de candidat à l'UE, sans toutefois se montrer euphorique. Un reportage d'EURACTIV Serbie.

Le président serbe, Boris Tadi?, généralement optimiste, a également adopté ce ton quelque peu détaché en affirmant que même s'il s'agissait d'une grande avancée, il ne s'agissait pas d'un fait « marquant ».

« Il s'agira d'un fait marquant lorsque la Serbie pourra traverser la frontière enchantée et rejoindra l'UE avec la possibilité d'utiliser son potentiel et ses financements », a déclaré M. Tadi? lors d'une conférence de presse le 2 mars, date à laquelle les dirigeants européens se sont réunis à Bruxelles pour approuver l'octroi du statut de candidat à la Serbie.

La raison de cette réaction mitigée de la part de la population serbe pourrait également être que cette décision avait été reportée en septembre dernier. Les Serbes s'attendaient à ce que leur pays soit rapidement récompensé suite à l'extradition à La Haye des individus accusés de crimes de guerre, notamment l'ancien commandant de l'armée serbe bosniaque Ratko Mladi?.

Des fonctionnaires avaient annoncé l'octroi du statut de candidat et avaient laissé entendre qu'une décision pourrait être prise sur le début des négociations d'adhésion. Les tensions de l'été dernier au Kosovo (voir « Contexte ») ont toutefois déçu les espoirs de certains.

De nouvelles exigences de la part de Bruxelles

L'une des autres raisons de cette réaction mitigée est que la Serbie est consciente qu'au fur et à mesure de sa progression vers l'UE, les exigences de Bruxelles se feront plus pressantes. Dans son avis sur la Serbie d'octobre dernier, la Commission européenne a défini des objectifs concernant l'amélioration des relations avec le Kosovo.

Les priorités sont de résoudre les problèmes des les secteurs des télécommunications et de l'énergie, ainsi que l'application des accords portant sur la coopération régionale et la vie quotidienne.

La Serbie devra encore parcourir du chemin avant d'aboutir à l'adhésion. Elle doit remplir certaines conditions avant le début des négociations, harmoniser ses réglementations et mettre en oeuvre les réformes demandées lors des discussions, ce qui prendra des années. Dans la mesure où la définition d'une date pour le début des négociations dépend de l'amélioration des relations avec le Kosovo, des hauts et des bas sont à prévoir.

L'opposition de dernière minute de la Roumanie vis-à-vis de la candidature serbe a également suscité des questions quant aux futurs obstacles qui pourraient surgir. La Roumanie avait en effet saisi cette opportunité pour réclamer des garanties quant au respect des droits de la minorité roumaine en Serbie,

Le rôle de l'UE dans les élections serbes

Cette année, des élections présidentielles, législatives et locales auront lieu en Serbie. L'Union européenne, l'un des principaux objectifs stratégiques de la Serbie, joue un rôle clé dans les campagnes, bien qu'en ces temps de crise, elle ait d'une certaine manière perdu de son importance.

Les politologues ne pensent pas que la décision de l'octroi du statut de candidat augmentera de façon significative la popularité du Parti démocratique au pouvoir. Si ce statut n'avait pas été octroyé au pays, le parti en aurait toutefois souffert.

Les autorités du gouvernement sont majoritairement pro-européennes depuis l'an 2000. Le principal parti de l'opposition est le Parti radical serbe nationaliste mené par Vojislav Seselj, sous le coup de poursuites à La Haye.

Depuis les précédentes élections en 2008, le sentiment pro-européen a cru au sein de la classe politique. Certains membres du Parti radical serbe, dont Tomislav Nikoli? et Aleksandar Vu?i?, ont fondé le nouveau Parti progressiste serbe qui est officiellement pro-européen. Selon les sondages, ce parti jouit de plus de soutien que le Parti démocratique au pouvoir.

Sans grande surprise, l'annonce de l'octroi du statut de candidat a suscité des réactions négatives de la part des partis nationalistes. Le Parti radical a notamment déploré que si la Serbie rejoignait l'UE, elle doive abandonner son accord de libre-échange avec la Russie.

Récemment, Ivica Da?i?, ministre de l'intérieur et leader du Parti socialiste de Serbie, un partenaire de coalition du gouvernement, a déclaré que si l'UE refusait la candidature de la Serbie, le pays se tournerait vers la Russie en tant que partenaire stratégique.