Liberté de la presse : Reporters sans frontières alerte sur les pressions politiques croissantes

Les responsables politiques constituent la principale menace pour la liberté de la presse en Europe, la situation étant jugée « problématique » dans un tiers des États membres de l’UE, selon Reporters sans frontières.

Euractiv.com
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Le rapport, qui a examiné la liberté des médias et les droits journalistiques dans le monde, a constaté qu’en Europe, « les responsables politiques tentent de réduire l’espace du journalisme indépendant ». [Shutterstock/IxMaster]

Les responsables politiques constituent la principale menace pour la liberté de la presse en Europe, la situation étant jugée « problématique » dans un tiers des États membres de l’UE, tandis que même les pays où la situation est jugée « bonnne » et « plutôt bonne » chutent dans le classement mondial de la liberté de la presse 2024 publié par Reporters sans frontières (RSF) vendredi (3 mai).

Le rapport, qui se penche sur la liberté des médias et les droits journalistiques dans le monde, note qu’en Europe, « les responsables politiques tentent de réduire l’espace du journalisme indépendant ».

RSF épingle spécifiquement « le Premier ministre hongrois pro-Kremlin Viktor Orbán et son homologue slovaque Robert Fico », ainsi que « les partis au pouvoir en Hongrie (67e), à Malte (73e) et en Grèce (88e), les trois États membres les moins bien classés de l’UE ».

La Grèce occupe la dernière position dans l’Union européenne pour la troisième année consécutive en raison de plusieurs facteurs, notamment les meurtres non élucidés de deux journalistes, Sokratis Giolias et Giorgos Karaivaz, ainsi que des scandales liés à des logiciels espions et des attaques politiques contre des médias critiques du gouvernement.

L’Italie, dirigée par la Première ministre Giorgia Meloni, a également obtenu de mauvais résultats, chutant de cinq places pour atteindre la 46e position. Cela est en partie dû au fait qu’« un membre de la coalition parlementaire au pouvoir » tente d’acquérir la deuxième plus grande agence de presse du pays (AGI).

Le rapport met également en garde la France et le Royaume-Uni, appelant à la « vigilance » en raison de l’arrestation de la journaliste Ariana Lavrilleux par les autorités françaises et du maintien en détention de Julian Assange par les autorités britanniques.

Menaces politiques

À quelques semaines des élections européennes et alors que la moitié de la population mondiale est appelée à participer à des élections locales ou nationales cette année, RSF met en garde contre une tendance inquiétante : le déclin de l’indicateur politique dans le classement.

« Les États et des forces politiques, quel que soit leur bord, jouent de moins en moins leur rôle dans la protection de la liberté de la presse. Cette déresponsabilisation va parfois de pair avec une remise en cause du rôle des journalistes, voire une instrumentalisation des médias dans des campagnes de harcèlement ou de désinformation », a expliqué Anne Bocande, directrice éditoriale de RSF.

Reporters sans frontières a également dénoncé le manque de protection des journalistes dans la guerre à Gaza, soulignant que plus de 100 reporters palestiniens ont été tués par les forces de défense israéliennes.

Le rapport fait également référence à la technologie, insistant sur les risques que l’IA générative et les « deepfakes » peuvent poser pour la démocratie et les élections.

« Les deepfakes occupent désormais une place de premier plan pour influencer le cours d’une élection. En témoigne le deepfake audio dont a été victime la journaliste Monika Todova durant les législatives en Slovaquie [pays qui a chuté de 12 places pour atteindre la 29e], l’un des premiers cas documentés de ce type d’attaque sur un journaliste avec l’objectif d’influencer une élection démocratique », indique le rapport. 

Parallèlement à cela, une poignée de pays ont enregistré une amélioration, notamment la Pologne, qui a gagné dix places pour atteindre la 47e position, et la Bulgarie, qui a gagné 12 places pour atteindre la 59e position. Selon le rapport, cela est dû « à l’arrivée de nouveaux gouvernements plus soucieux du droit à l’information ».

L’Allemagne s’est également hissée parmi les dix pays les plus performants, améliorant ses indicateurs politiques grâce à une diminution des attaques de l’extrême droite contre les travailleurs du secteur des médias.

Troubles à l’Est

En ce qui concerne les candidats à l’adhésion à l’UE, l’Albanie est tombée à la 99e place, soit un recul de trois places et de 3,76 points, principalement en raison, entre autres, de l’assassinat d’un garde de sécurité d’une chaîne de télévision, Pal Kola, en mars 2023, qui n’a toujours pas été élucidé.

Des problèmes tels que les conflits d’intérêts des propriétaires de médias, les pressions politiques, l’insuffisance des cadres juridiques et l’autocensure ont également contribué à ce recul.

La Macédoine du Nord a pour sa part gagné deux places pour atteindre 36, tandis que le Monténégro a reculé d’une place, le Kosovo de 19, la Bosnie-Herzégovine de 17 et la Serbie de sept.

« En Serbie, le parti au pouvoir et les médias progouvernementaux ont intensifié leurs attaques contre le journalisme indépendant. Dans le contexte des tensions avec la Serbie, les journalistes du Kosovo ont subi de nombreuses agressions physiques », note le rapport.

La Serbie et l’Albanie se classent au dernier rang de tous les pays candidats à l’adhésion à l’UE.

« La propagande russe menace également la fiabilité de l’information dans les Balkans occidentaux, alors que l’intégration dans l’Union européenne — qui dispose désormais de la loi sur la liberté des médias — reste une opportunité de développement positif », note le rapport.

Dans le même temps, la Géorgie a perdu 25 places pour atteindre la 103e position car « son parti au pouvoir continue de polariser la société » et « cultive un rapprochement avec Moscou ».

L’Ukraine a quant à elle gagné 18 places suite à la diminution du nombre de journalistes tués et d’une baisse de l’ingérence politique dans la presse.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]