Liens entre Gerhard Schröder et Vladimir Poutine : les sociaux-démocrates allemands sous pression

Les sociaux-démocrates du chancelier allemand Olaf Scholz se trouvent aujourd’hui poursuivis par l’héritage de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, qui entretenait une amitié étroite avec le président russe Vladimir Poutine.

/ EURACTIV Allemagne
Germany’s Social Democratic (SPD) press conference
« Le SPD n’a pas de problème avec la Russie », a assuré Saskia Esken, co-dirigeante du parti, lors d’une conférence de presse tenue lundi matin (25 avril) après la réunion des cadres du parti à Berlin. [FILIP SINGER/EPA]

Les sociaux-démocrates du chancelier allemand Olaf Scholz se trouvent aujourd’hui poursuivis par l’héritage de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, qui entretenait une amitié étroite avec le président russe Vladimir Poutine, tout en étant de plus en plus isolés au sein de leur propre coalition gouvernementale.

Alors que la pression sur le parti se maintient, ses membres se voient de plus en plus contraints de riposter.

« Le SPD n’a pas de problème avec la Russie », a assuré Saskia Esken, co-dirigeante du parti, lors d’une conférence de presse tenue lundi matin (25 avril) après la réunion des cadres du parti à Berlin.

Alors que M. Schröder est sous le feu des critiques depuis le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine pour avoir refusé de quitter ses postes lucratifs au sein d’entreprises publiques russes, dont Gazprom, un récent entretien qu’il a accordé au New York Times a relancé le débat.

Au cours de cet entretien, M. Schröder a refusé d’infirmer sa position à l’égard de son ami, Vladimir Poutine, et a affirmé que le président russe n’était lui-même impliqué dans aucun crime de guerre en Ukraine.

Ces déclarations ont incité Mme Esken à appeler l’ex-chancelier à démissionner de son parti, se disant « dégoûtée » et jugeant « absurde » qu’il défende M. Poutine.

Cependant, malgré cette rhétorique forte, la direction du parti n’a décidé d’aucune mesure concrète contre M. Schröder lors de la réunion de lundi. Alors que plusieurs sections régionales et locales du parti avaient lancé une procédure d’exclusion du parti, la direction de Berlin continue de se tenir à l’écart dans cette affaire.

Au lieu de cela, la chef du parti a laissé entendre qu’elle espérait que M. Schröder pourrait éviter une éventuelle exclusion en quittant lui-même le parti. « Une procédure d’exclusion du parti prend beaucoup de temps », a-t-elle expliqué.

Interrogée par EURACTIV, Mme Esken a refusé de commenter la raison pour laquelle le parti n’avait pas eu recours à l’une des mesures plus immédiates à sa disposition, comme celle de ne plus accepter les cotisations de M. Schröder — ce qui avait été proposé via Twitter par un autre membre de l’exécutif du parti.

Le SPD de plus en plus isolé dans la coalition

Le SPD se retrouve également de plus en plus isolé au sein de sa propre coalition gouvernementale, car ses partenaires de coalition écologistes et libéraux font pression sur le parti de Olaf Scholz pour qu’il réévalue sa politique concernant l’Ukraine.

L’hésitation du chancelier à soutenir publiquement la livraison d’armes lourdes à ce pays déchiré par la guerre est également sous le feu des projecteurs. Le parti libéral FDP a même tenté de prendre les choses en main en votant en faveur de l’envoi d’armes lourdes à l’Ukraine lors du congrès de son parti, samedi 23 avril.

Alors que le SPD s’est jusqu’à présent abstenu de tout engagement clair en faveur de la livraison d’armes lourdes à l’Ukraine, la motion de son partenaire de coalition libéral au congrès du FDP a été interprétée « comme un engagement clair en faveur de notre ligne commune », a déclaré Mme Esken, co-leader du SPD.

Toutefois, malgré le soutien continu du ministre des Finances et chef du FDP, Christian Lindner, au chancelier M. Scholz, le vice-président du FDP, Wolfgang Kubicki, n’a pas caché qu’il critiquait les hésitations du SPD.

« L’image que de nombreux représentants du plus grand parti de gouvernement donnent actuellement à l’opinion publique mondiale n’est pas une image qui peut nous satisfaire en tant que partenaire de coalition », a déclaré M. Kubicki lors du congrès du parti.

« Une aide militaire concrète et efficace à l’Ukraine est nécessaire », a-t-il souligné, ajoutant que « certains disent que la volonté décisive de diriger fait actuellement défaut ».

Les Verts manifestent également un mécontentement croissant à l’égard de M. Scholz. Alors que les ministres écologistes le soutiennent toujours publiquement, des députés clés ont commencé à émettre de vives critiques sur sa réticence lorsqu’il s’agit de l’Ukraine.

« Le chancelier est le problème — non seulement en ce qui concerne la politique à l’égard de l’Ukraine, mais aussi pour d’autres questions de coopération européenne », avait déclaré le président de la commission de l’Europe au Bundestag, Anton Hofreiter, à der Spiegel à la mi-avril.

Bien que la direction des Verts ait depuis pris ses distances par rapport au commentaire de M. Hofreiter, la question risque d’être soulevée lors de la commission de la coalition allemande qui se tiendra mardi. Ce comité étant utilisé comme un forum permettant aux partis de la coalition de se mettre d’accord sur les questions politiquement sensibles et les différends fondamentaux, il est probable que les critiques concernant la position du SPD sur la Russie et l’Ukraine refassent surface.