Migrations : l’accord UE-Tunisie menacé par le président Kaïs Saïed
L’accord migratoire controversé entre l’Union européenne et la Tunisie semble se fragiliser, alors que Bruxelles est de plus en plus irritée par le comportement erratique du président tunisien Kaïs Saïed.
L’accord migratoire controversé entre l’Union européenne et la Tunisie semble se fragiliser, alors que Bruxelles est de plus en plus irritée par le comportement erratique du président tunisien Kaïs Saïed.
Le commissaire européen à la Politique de voisinage, Olivér Várhelyi, a déclaré jeudi (5 octobre) que la Tunisie était libre de « renvoyer » les 60 millions d’euros de fonds européens qui ont été transférés à Tunis cette semaine dans le cadre de l’accord, après que le Kaïs Saïed a décrit la somme comme « dérisoire » et s’apparentant à de la « charité ».
« La Tunisie qui accepte la coopération, n’accepte pas tout ce qui s’apparente à de la charité ou à la faveur, car notre pays et notre peuple ne veulent pas de la sympathie et ne l’acceptent pas quand elle est sans respect », a déclaré M. Saïed dans un communiqué.
À ce stage, on ne sait pas encore si M. Saïed pourrait chercher à rouvrir l’accord financier conclu avec la Commission européenne, qui prévoit jusqu’à 785 millions d’euros d’aide budgétaire et d’investissement.
L’exécutif européen a également tenu à préciser que la somme de 60 millions d’euros avait été officiellement demandée par le ministre tunisien des Finances, Samir Saïed, le 31 août dernier.
Dans des messages publiés sur le réseau social X, M. Várhelyi a déclaré que « l’UE apprécie son partenariat avec la Tunisie et est prête à coopérer dans l’esprit d’un véritable partenariat ».
« La mise en œuvre [de l’accord] devrait se poursuivre une fois que la Tunisie reviendra à l’esprit de notre partenariat stratégique et global basé sur le respect mutuel », a-t-il ajouté.
Une deuxième délégation du Parlement européen s’est vue refuser l’entrée en Tunisie en début de semaine, sans qu’aucune explication n’ait été donnée.
L’accord de 785 millions d’euros entre Bruxelles et Tunis sur le contrôle des migrants a été négocié par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ainsi que par les Premiers ministres néerlandais et italien, Mark Rutte et Giorgia Meloni.
En vertu du protocole d’accord finalisé à la mi-juillet, l’UE apportera un soutien financier à l’économie tunisienne et aux projets de câbles sous-marins de fibre optique et électriques entre l’UE et l’Afrique du Nord, en échange d’une coopération en matière de contrôle des migrations.
Les dirigeants européens ont approuvé l’accord avec la Tunisie lors d’un sommet qui s’est tenu en juin à Bruxelles, et la Commission a indiqué qu’elle souhaitait conclure des accords similaires avec l’Égypte et d’autres États d’Afrique du Nord.
Bien que certains législateurs européens aient publiquement exprimé leur inquiétude quant à la répression des opposants politiques et de la société civile en Tunisie depuis que le président a limogé le parlement et le gouvernement en juillet 2021 et a commencé à gouverner par décret, les principaux groupes politiques du Parlement européen soutiennent l’accord.
« Il n’y a pas d’autre alternative pour nous que d’utiliser le protocole d’accord comme base pour continuer notre travail », a indiqué Manfred Weber, le chef de file du Parti populaire européen (PPE), aux journalistes à Strasbourg cette semaine. Il a lui-même effectué une visite pour des réunions avec le président Saïed et d’autres ministres tunisiens en août.
M. Weber a également appelé le chancelier allemand Olaf Scholz et le président français Emmanuel Macron à soutenir publiquement l’accord avec la Tunisie.
« J’aimerais vraiment voir Olaf Scholz se rendre en Tunisie pour indiquer clairement que oui, il veut résoudre les problèmes avec nous. En particulier lorsque les partenaires tunisiens sont à la recherche d’investissements en Tunisie, d’emplois à venir, la confirmation du côté allemand est cruciale », a déclaré M. Weber.
Cependant, les eurodéputés et la médiatrice européenne, Emily O’Reilly, ont exigé que l’exécutif européen mette en place des garanties pour protéger les droits humains dans le cadre de l’accord.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]