Nouveau départ pour la coopération en Méditerranée ?
Les révolutions en Afrique du nord et au Moyen-Orient vont inévitablement modifier le projet d’Union pour la Méditerranée lancé par l’UE sous l’impulsion de la France en 2008. Reste à savoir comment.
Les révolutions en Afrique du nord et au Moyen-Orient vont inévitablement modifier le projet d’Union pour la Méditerranée lancé par l’UE sous l’impulsion de la France en 2008. Reste à savoir comment.
Le printemps arabe a rouvert le débat sur le rôle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Le ministre des affaires étrangères Alain Juppé a appelé en mars à « relancer l’Union pour la Méditerranée », convaincu que cette structure serait à l’avenir un instrument clé de la coopération dans cette région du monde.
Depuis sa création en 2008, l’UpM a plutôt brillé par son absence sur la scène politique. La dernière réunion des 43 chefs d’État méditerranéens a été ajournée en novembre dernier pour cause de tension israélo-palestinienne.
Les révoltes en Egypte et en Tunisie ont chamboulé son fonctionnement, Hosni Moubarak et Zine el-Abidine Ben Ali étaient les figures de proue de ce projet. Ces changements politiques poussent aujourd’hui l’UpM à changer sa stratégie et renforcer sa structure.
Pragmatisme
Compte tenu des tensions politiques dans cette région, la première stratégie de l’UpM reposait sur une coopération économique et la participation commune à des projets environnementaux, comme par exemple la dépollution de la mer Méditerranée.
« L’UpM était jusqu’ici très pragmatique et se voulait apolitique, commente le directeur de l’observatoire des mutations politiques dans le monde arabe (IRIS), Béligh Nabli. Mais cette stratégie s’est retournée contre le projet initial, aujourd’hui elle est anachronique et à contre courant. »
L’UpM doit donc accorder une place au volet politique si elle souhaite rester en phase avec la transition démocratique en action dans les pays arabes. Elle doit aussi renforcer son assemblée et son secrétariat général, dont le marocain Youssef Amrani prendra bientôt la présidence.
« C’est une figure marquante dont elle a besoin, un personnage politique capable de lui donner une véritable impulsion », estime le maître de conférences à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Alain Cabras.
Société civile
La société civile est l’autre chaînon manquant. Les révolutions arabes ont fait émerger la volonté des peuples à peser dans les décisions. « A ce titre l’Union européenne doit aider les entrepreneurs et les fédérations professionnelles à s’organiser », explique Alain Cabras.
Le Comité économique et social européen a appelé en novembre à la création d’une assemblée rassemblant les acteurs de la société civile méditerranéenne. Elle deviendrait le pôle consultatif de l’UpM et travaillerait en étroite collaboration avec l’Assemblée parlementaire déjà en place. Un groupe de travail constitué à moitié d’acteurs civils européens et méditerranéen planche sur ce projet.
Agenda
L’Assemblée parlementaire de l’UpM, où les 27 États de l’Union ont des représentants restera une instance de décision centrale. Mais l’impulsion nécessaire à la relance de l’UpM ne peut venir que des chefs d’États européens. De longue date, la France soutient par exemple le projet de banque euro-méditerranéenne. Elle plaide aussi pour une augmentation des budgets accordés à l’Assemblée parlementaire et au Secrétariat général.
Mais dans cette aventure, Paris fait pour l’instant cavalier seul au sein des 27 États de l’Union. L’Allemagne ou le Royaume-Uni sont pour l’instant peu enclins à investir dans ce projet. « Les retombées économiques d’une telle union pourraient bien être l’argument phare de la France, nous ne manquerons pas de renouveler notre appel à soutenir l’UpM « , indique-t-on au Quai d’Orsay.
Les idées sont là mais leur concrétisation ne semble pas encore à l’ordre du jour, estiment plusieurs observateurs. A terme, le développement des pays arabes reposera nécessairement sur une intensification des échanges commerciaux au sein même de la zone sud méditerranéenne.
Le G8 qui se tiendra les 26 et 27 mai à Deauville sera l’occasion pour la France de faire passer son message.