Špidla : l’économie a besoin d’innovation sociale [FR]

Mis sous pression par la crise, les marchés du travail européens peuvent retrouver une nouvelle dynamique grâce à l’innovation sociale, a déclaré Vladimir Špidla, commissaire européen en charge de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances, lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV.

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Mis sous pression par la crise, les marchés du travail européens peuvent retrouver une nouvelle dynamique grâce à l’innovation sociale, a déclaré Vladimir Špidla, commissaire européen en charge de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances, lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV.

Il ne peut pas y avoir d’innovation technologique sans innovation sociale, a dit M. Špidla, insistant sur l’importance du capital humain comme ressource pour faire face aux changements générationnels.

Toutes les activités économiques devraient se concentrer sur le développement des ressources humaines, a dit le commissaire à l’emploi : l’éducation tout au long de la vie, la non discrimination, les changements structurels et le dialogue social transfrontalier doivent être les priorités.

Elaboration nécessaire d’une nouvelle sécurité de l’emploi

D’après le commissaire tchèque, les sociétés modernes sont en constante mutation et les vieilles méthodes de travail ne peuvent pas régler les problèmes d’aujourd’hui. La crise économique actuelle va de ce fait changer de manière permanente la façon que les Européens ont de faire des affaires.

C’est la raison pour laquelle l’UE a développé le concept de « flexisécurité », a expliqué M. Špidla, remarquant que ce concept ne perdra pas sa crédibilité au milieu d’une dette publique en hausse et de la possible incapacité des gouvernements à offrir un soutien et une sécurité économique plus substantiels aux personnes frappées par le chômage.

Pour la toute première fois, nous avons mis la flexibilité et la sécurité au même niveau, a dit M. Špidla, avant d’ajouter que maintenant que la flexibilité était établie, nous avons besoin de créer une nouvelle sécurité.

Le commissaire à l’Emploi a affirmé que sans la flexibilité, il serait plus difficile pour les personnes sans emploi de se réinsérer dans le marché du travail. Une politique active pour former et préparer les chômeurs à accéder à de nouveaux emplois peut offrir une véritable chance de trouver pas seulement un poste, mais plutôt des opportunités d’emploi de qualité.

La stratégie de Lisbonne II devrait résoudre le problème de la gouvernance

Réfutant les affirmations selon lesquelles la stratégie de Lisbonne, la stratégie globale de l’UE pour la croissance et l’emploi, a été un échec (EURACTIV 03/06/09), M. Špidla a défendu les avancées réalisées par la Commission ces dernières années et a affirmé que le concept d’ « équilibre triangulaire » – croissance économique, cohésion sociale et développement durable –  ne devrait pas être abandonné car il n’existe pas de meilleur concept.

La stratégie de Lisbonne n’est pas un succès total, mais ce n’est pas un échec, a-t-il déclaré, en remarquant que d’autres pays – comme le Japon et la Chine – regardaient ce concept comme un modèle à reproduire. Sans la crise, a insisté M. Špidla, nous aurions atteint les objectifs de Lisbonne.

Le pourcentage moyen de femmes dans la main d’œuvre était de 59 % avant la crise, juste en dessous de l’objectif de 60 %. Il en est de même pour les personnes âgées, a ajouté le commissaire.
Mais malgré certaines avancées, M. Špidla a reconnu que les progrès avaient été entravés par le manque d’une gouvernance efficace et adéquate.

Le stratégie, a-t-il expliqué, est divisée en deux blocs – gouvernance communautaire et intergouvernementale. La méthode ouverte de coordination a permis certains développements mais, d’une manière générale, la gouvernance n’a pas été efficace, a remarqué M. Špidla, revendiquant des indicateurs plus précis pour évaluer les progrès des objectifs prévus.

Vers une économie pauvre en carbone : objectifs élevés sur le capital humain

Alors que que l’UE révise la Stratégie de Lisbonne, le commissaire à l’Emploi et aux affaires sociales a déclaré que l’inclusion sociale devait prendre plus d’importance. Nous devons nous assurer que tous les changements sont socialement acceptables, a fait remarquer M. Špidla, pour qui la Stratégie de Lisbonne post-2010 devrait garantir que la mutation vers une économie pauvre en carbone est compatible avec un projet social viable.

Il est inévitable, selon le commissaire, que la creation de 4,5 millions de nouveaux « emplois verts » entraînera la suppression d’un nombre similaire d’emplois.

Etant donné que, de son point de vue, la mutation pourrait prendre jusqu’à 10 ans, M. Špidla a dit qu’il était nécessaire de garantir un environnement solide et acceptable pour ceux qui perdent leur emploi, affirmant que la protection sociale et la compétitivité vont de pair pour éviter les troubles sociaux.

S’éloigner des vieux systèmes comme la retraite anticipée

D’après le commissaire, nous avons besoin de nous éloigner de la vieille pensée selon laquelle le système de retraite anticipée peut alléger la pression fiscale et créer de nouveaux emplois.

Les Etats membres qui ont opté pour un système de retraite anticipée ont un taux de chômage élevé, explique M. Špidla. En parallèle, ceux qui ont maintenu un faible nombre de jeunes retraités ont plus de travailleurs actifs sur le marché du travail.

Le travail est un phénomène dynamique, a souligné le commissaire tchèque, ce n’est pas un gâteau que l’on découpe en tranches, mais plutôt une cuisine qui fait un plus gros gâteau. Donc, une augmentation de la main d’œuvre peut générer une augmentation de la capacité de travail, a-t-il expliqué.

Pour sortir de la crise actuelle, le commissaire affirme qu’il est nécessaire de faire de l’UE un marché de l’emploi mieux intégré, facilité par l’allocation de pensions de retraite et d’assurances maladie. 

Les gens changent de travail plus souvent que par le passé, et, avec des initiatives telles que l’Année européenne 2006 de la mobilité, l’UE les a encouragés à agir ainsi, car la mobilité est bénéfique à la croissance économique, la compétitivité et la création d’emplois.

Cependant, lorsque les personnes traversent les frontières, ils perdent souvent leurs pensions de retraite, a dit M. Špidla. En effet, certaines caisses de retraite professionnelle imposent des périodes d’attente, d’autres des délais d’acquisition, et toutes les caisses ne permettent pas le transfert des droits à d’autres caisses dans le même pays ou entre les Etats membres de l’UE. 

La carte bleue européenne attire les talents sans conduire à une fuite des cerveaux

Le fait que le chemin de la croissance peut être retrouvé si un plus grand nombre de travailleurs ayant des qualités d’innovation et de création entre dans le marché du travail européen n’est pas un secret. Toutefois, selon certaines critiques souvent formulées, le projet de carte bleue européenne n’était pas assez ambitieux et ferait l’objet d’accusation selon lesquelles les migrants voleraient les emplois des Européens.

Je pense que la carte bleue européenne fonctionnera, mais nous allons avoir besoin d’au moins 5 ans pour voir les premiers résultats tangibles, a dit M. Špidla. L’idée était de rendre l’UE attirante pour les travailleurs qualifiés sans provoquer un exode de cerveaux des pays en développement, facteur déclenchant un cycle de migration gagant-gagant, a–il affirmé, insistant sur le fait que le véritable but était en réalité de contrôler le flux migratoire.

Vladimir Špidla s’est confié à Daniela Vincenti-Mitchener pour EURACTIV

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