Pourquoi le plan de Friedrich Merz visant à remettre l'Allemagne sur les rails a déjà du plomb dans l'aile
Le probable futur chancelier allemand, Friedrich Merz, a présenté mercredi l'accord de coalition entre l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et les sociaux-démocrates, avec un sens de l'euphémisme bien allemand.
BERLIN – Le probable futur chancelier allemand, Friedrich Merz, a présenté mercredi l’accord de coalition entre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et les sociaux-démocrates, avec un sens de l’euphémisme bien allemand.
« Le message adressé à Donald Trump est que l’Allemagne est de nouveau sur la bonne voie », a déclaré Friedrich Merz, ajoutant que Berlin serait de nouveau « un partenaire très fort au sein de l’Union européenne (UE) ».
À une époque caractérisée par le type d’hyperboles rhétoriques dont Trump a été le pionnier, les annonces de Friedrich Merz ont cependant semblé tomber à plat. Non pas en raison de son sens tout particulier de la modestie, mais simplement car elles vont rapidement se confronter à la réalité : le succès de son programme dépendra dans une large mesure de sa capacité à trouver des compromis avec le centre-gauche.
L’accord entre les chrétiens-démocrates de Friedrich Merz et les sociaux-démocrates, dévoilé mercredi, est intervenu près de six semaines après les élections allemandes.
Certains propositions politiques du plan de redressement de Friedrich Merz s’opposent frontalement au programme du SPD, mais les deux partis ont été poussés à entamer des pourparlers tout simplement parce que les résultats du dernier scrutin ne permettaient pas la formation d’une alliance alternative.
Le SPD a fait un compromis sur la réforme de la politique migratoire, mais s’est montré réticent à céder aux demandes des conservateurs sur d’éventuels d’allègements fiscaux en direction des entreprises et des plus hauts revenus. En fin de compte, certaines des principales promesses de Friedrich Merz s’apparentent plus à des compromis visant à réduire les divergences entre les uns et les autres.
En matière de politique étrangère, Friedrich Merz a par exemple obtenu la création d’un nouveau conseil de sécurité nationale chargé de coordonner les questions clés. Mais le prochain gouvernement ne s’est pas clairement engagé à livrer à l’Ukraine des missiles de croisière Taurus, ce que Scholz avait bloqué et que Merz avait promis.
Un projet de centre-droit visant à accorder à Friedrich Merz des pouvoirs directs de décision et de coordination sur des dossiers politiques européens a également été édulcoré.
un « processus de surveillance » de l’UE
L’Allemagne créera à la place un « processus de suivi de l’UE », dans le cadre duquel le chef de cabinet de Friedrich Merz coordonnera la position de Berlin sur la législation de l’UE « à un stade précoce » avec les fonctionnaires en charge de ces dossiers.
En ce qui concerne l’immigration, la gestion plus stricte des frontières, annoncée dans des projets ayant fait l’objet de fuites, a été reprise dans l’accord final, y compris la poursuite des contrôles « jusqu’à ce qu’il y ait un corps de gardes-frontières extérieur opérationnel » le long des frontières extérieures de l’UE.
L’accord ouvre également la possibilité de participer à d’éventuelles plateformes de retour des migrants au niveau européen. Toutefois, la volonté de Friedrich Merz de refouler les demandeurs d’asile aux frontières allemandes ne se fera qu’« en coordination avec les voisins européens », une phrase ambiguë que le futur chancelier n’a pas réussi à clarifier mercredi.
Sur le plan fiscal, l’Allemagne réduira son taux d’imposition sur les sociétés de cinq points de pourcentage cumulés sur cinq ans. Pour stimuler les entreprises, la coalition prévoit la création d’un « fonds allemand » destiné à subventionner les investissements en capital.
Mais l’accord de coalition prévoit également une augmentation du salaire minimum à 15 euros de l’heure, ce à quoi les grandes entreprises se sont opposées, estimant qu’il s’agissait d’une mauvaise mesure dans le contexte de la récession que connaît l’Allemagne depuis deux ans.
Le SPD a également réussi à s’emparer de sept ministères, malgré ses maigres 16 % lors des dernières élections. Ce qui reflète certainement le manque de leviers dont disposait Friedrich Merz lors des négociations, son parti n’ayant aucun autre partenaire crédible de coalition.
Pas de « mariage d’amour »
La coalition n’est pas tout à fait un mariage d’amour, a plaisanté Markus Söder, l’influent premier ministre conservateur de l’État de Bavière, qui a également fait remarquer que « l’amour passe ».
Friedrich Merz a déclaré que les négociations avaient permis de créer une « bonne relation personnelle de confiance » avec le SPD et il aura besoin des électeurs de ce parti.
L’accord final doit être approuvé par la majorité des quelque 350 000 membres du SPD lors d’un vote qui se termine le 29 avril, ainsi que par les démocrates-chrétiens lors d’une conférence du parti le 28 avril.
La nomination des ministres ne sera probablement décidée qu’après ces décisions.
Une fois l’accord approuvé, Friedrich Merz pourrait être élu chancelier au début du mois de mai. Il a hésité à confirmer un calendrier précis, déclarant que « nous n’avons jusqu’à présent discuté du calendrier que de manière provisoire », bien que la date la plus probable semble être le 6 ou le 7 mai.