Pologne : le pouvoir fait le jeu de la Russie, selon l’ex vice-Premier ministre
Le chef du parti au pouvoir en Pologne isole son pays et fait par inadvertance le jeu de la Russie, a dénoncé mardi (17 août) Jarosław Gowin, l’ancien vice-premier ministre polonais évincé avec fracas la semaine dernière.
Le chef du parti au pouvoir en Pologne isole son pays et fait par inadvertance le jeu de la Russie, a dénoncé mardi (17 août) Jarosław Gowin, l’ancien vice-premier ministre polonais évincé avec fracas la semaine dernière.
La Pologne, ex-pays communiste, est aujourd’hui un critique virulent du président russe Vladimir Poutine et pousse régulièrement à des mesures fermes envers le Kremlin.
Mais le président du parti nationaliste-conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS), Jarosław Kaczyński, a par son action politique récente fait le jeu de Moscou, selon M. Gowin.
« Les résultats pratiques de son activité récente sont beaucoup plus convergents avec les intérêts de la Russie que ceux de la Pologne », a déclaré M. Gowin à l’AFP.
« Je pense que Kaczyński ne réalise pas les conséquences de sa politique », a-t-il ajouté.
« Il est tellement fanatiquement convaincu qu’il a raison » et il agit « souvent contre l’opinion de la grande majorité de son entourage », estime-t-il.
M. Gowin, dont le parti Entente a fait pendant des années partie de la coalition au pouvoir dirigée par PiS, a été évincé de son poste de vice-premier ministre le 10 août, sur fond de désaccords politiques de plus en plus fréquents.
Son départ a provoqué l’éclatement de la coalition, le gouvernement restant toujours en place avec une majorité très instable.
L’un des désaccords portait sur une proposition de loi controversée sur les médias qui, selon Gowin, va « contre la liberté d’expression et le pluralisme des médias » et est « nuisible pour la Pologne à la fois économiquement et politiquement ».
La loi, dont le projet a déjà été critiqué par Washington, pourrait notamment forcer le groupe américain Discovery à vendre la majeure partie de sa participation dans le réseau de télévision privé polonais TVN, souvent critique envers le gouvernement conservateur.
Les États-Unis se sont dits « profondément troublés » par ce texte.
Par ailleurs, les réformes judiciaires prévues par Varsovie continuent d’empoisonner les relations entre la Pologne et l’Union européenne.
Les « conflits de Varsovie avec Berlin, Bruxelles et Washington et l’isolement de la Pologne dans les cercles internationaux sont un rêve devenu réalité pour Vladimir Poutine », a déclaré Jarosław Gowin.
« Règles inacceptables »
M. Gowin estime que le gouvernement polonais va retirer les parties les plus contestées de ses réformes judiciaires par crainte de perdre des subventions européennes, mais émet des réserves sur la sincérité de ce geste.
« Je m’attends à ce que le PiS essaie de remplacer les règles actuelles par d’autres qui seront tout aussi inacceptables », a-t-il déclaré.
M. Gowin, ancien ministre du gouvernement de Donald Tusk, le grand rival de M. Kaczyński, est connu pour son habileté sur une scène politique polonaise très polarisée.
L’éclatement de la coalition a jeté le doute sur l’avenir du gouvernement. Certains observateurs affirment qu’il ne tiendra pas jusqu’aux prochaines élections législatives, prévues en 2023.
Selon M. Gowin, le PiS appellera à des élections anticipées au printemps et pourrait bien les remporter, sans toutefois obtenir de majorité au Parlement.
« Je pense qu’il ne trouvera aucun partenaire de coalition dans le futur parlement », estime-t-il, ajoutant qu’il travaillait de son côté à la formation d’une coalition modérée de centre-droit.