Scandale en Bulgarie, après l'implication de la police dans une affaire de contrebande de cigarettes

Une affaire de contrebande de cigarettes impliquant la police a ces derniers jours ébranlé la classe politique bulgare. Les appels à la démission du ministre de l'Intérieur se multiplient.

EURACTIV Bulgarie
[EPA/WOJCIECH PACEWICZ]

SOFIA – Une affaire de contrebande de cigarettes impliquant la police a ces derniers jours ébranlé la classe politique bulgare. Les appels à la démission du ministre de l’Intérieur se multiplient. 

En début de semaine dernière, l’organisation de la société civile BOEC, connue pour ses campagnes visant à réformer le système judiciaire bulgare, a publié des photos issues d’une messagerie WhatsApp utilisée par des policiers.

On y apprend qu’en novembre 2024, six policiers avaient repéré un camion soupçonné de transporter des cigarettes de contrebande. Ces derniers ont alerté leurs supérieurs, leur demandant d’agir immédiatement.

Les commandants de police ont d’abord félicité les agents pour avoir repéré le véhicule, mais ont ensuite ordonné d’interrompre l’opération. « Collègues, retirez-vous », a écrit Ivan Ivanov dans le groupe WhatsApp, le supérieur direct des policiers.

Les agents ont toutefois bravé l’ordre et poursuivi l’opération. Juste avant le début des arrestations, les suspects auraient reçu un appel téléphonique et tenté de s’enfuir, comme le montre une vidéo de l’opération.

Le camion contenait des cigarettes d’une valeur estimée à six millions d’euros. Les autorités soupçonnent que la cargaison faisait partie d’un circuit de contrebande qui approvisionne l’UE et le Moyen-Orient.

Cette opération constitue la plus importante saisie de cigarettes de contrebande en une seule opération de police en Bulgarie. Les détails de l’affaire ont été révélés au début du mois d’avril, lorsque le message WhatsApp et les images du raid ont été publiés.

Selon des sources d’Euractiv, ces preuves ont été rendues publiques pour protéger les officiers impliqués d’éventuelles représailles et d’un licenciement.

Le ministre de l’Intérieur Daniel Mitov (GERB/PPE) a déclaré que la police enquêterait sur les documents publiés. Le leader du GERB et ancien premier ministre Boyko Borissov a appelé à ce que « toutes les personnes impliquées dans cette affaire soient balayées ».

Le scandale s’est aggravé alors que la coalition pro-européenne d’opposition Nous continuons le changement – Bulgarie démocratique a averti qu’elle demanderait des démissions à moins qu’une enquête approfondie ne soit lancée.

Vendredi, la coalition a demandé au Parlement d’obliger le ministère de l’Intérieur à divulguer toutes les données, y compris les informations classifiées concernant l’opération, mais la majorité au pouvoir a rejeté la proposition.

« Cette affaire jette une ombre sur la réputation de la police bulgare », a déclaré la coalition dans un communiqué.

La BOEC affirme que certains des commandants de police impliqués pourraient avoir des liens avec Delyan Peevski, un député influent du Mouvement des droits et des libertés (DPS), sous sanction des États-Unis et du Royaume-Uni.

« Il n’y a pas d’enquête sur les officiers supérieurs, alors que les efforts sont plutôt concentrés sur la punition des officiers qui ont fait leur travail », explique la BOEC.

Delyan Peevski a nié tout acte répréhensible, déclarant que « l’ensemble du réseau de contrebande sera révélée » et a accusé ses adversaires politiques d’utiliser des « histoires fabriquées » pour discréditer son parti.

L’ancien ministre de l’intérieur et de la justice, Ivan Demerdzhiev, a commenté l’affaire : « Je ne suis pas surpris que les officiers aient agi au mépris de l’ordre. Ce qui me surprend, c’est que quelqu’un ait donné des instructions aussi clairement incompatibles avec l’éthique et la loi. Ce qui est encore plus surprenant, c’est le silence prolongé et l’inaction de la direction politique et professionnelle du ministère de l’intérieur ».

Ivan Demerdzhiev a également établi un lien entre les commandants de police impliqués et Delyan Peevski.

La question revêt une dimension internationale. À la fin de l’année dernière, les médias belges ont rapporté que les importations de cigarettes en provenance de Bulgarie et de Turquie réduisaient considérablement les recettes des droits d’accise en Belgique.

On estime que le pays perd près de 500 millions d’euros par an, 25,6 % des cigarettes consommées en Belgique provenant de l’étranger, principalement de Bulgarie.