Selon une avocate bruxelloise, beaucoup d'argent n'est pas la garantie d'un lobbying efficace [FR]
Elizabeth Crossick de Freshfields déclare, dans un entretien avec EURACTIV, qu'elle ne voit pas pourquoi les cabinets d'avocats devraient révéler le montant des honoraires qu'ils perçoivent pour représenter les intérêts de leurs clients. En effet, selon elle, l'argent n'a rien à voir avec le succès des activités de lobbying.
Elizabeth Crossick de Freshfields déclare, dans un entretien avec EURACTIV, qu’elle ne voit pas pourquoi les cabinets d’avocats devraient révéler le montant des honoraires qu’ils perçoivent pour représenter les intérêts de leurs clients. En effet, selon elle, l’argent n’a rien à voir avec le succès des activités de lobbying.
Les cabinets d’avocats ont fait l’objet de plus en plus d’attention depuis le lancement de l’initiative européenne en matière de transparence par le commissaire européen Siim Kallas en mai 2006.
Les avocats se considèrent comme des lobbyistes efficaces grâce à leur connaissance dans les moindres détails de la législation communautaire. De plus, ils sont ceux dont les services coûtent le plus cher. Mais ils sont également considérés comme le groupe de lobbyistes le plus secret car ils sont souvent liés à des règles strictes de confidentialité. Quelle est donc leur opinion sur les propositions concernant la transparence du lobbying?
Elizabeth Crossick, directrice des affaires publiques européennes pour le cabinet d’avocat Freshfields à Bruxelles, indique que la création d’un code de conduite commun pour tous les lobbyistes ne la dérangerait pas, tant que ce système reste facultatif. « Nous avons déjà adopté le code de conduite de SEAP (Society of European Affairs Professionals); nous sommes déjà accrédités par le Parlement européen, je ne vois pas pourquoi nous ne nous enregistrerions pas, » estime Mme Crossick.
Qu’en est-il des alertes par courriel pour ceux qui s’enregistrent? S’agit-il pour elle d’une incitation? « Je ne pense pas vraiment, » indique Mme Crossick. « Au Parlement européen, ce que vous obtenez en échange de votre accréditation est très clair. Mais la Commission ne peut pas offrir pareil. »
Jusqu’à présent, la Commission est tenue, selon les traités européens, à mener de larges consultations sur toute proposition législative importante. Elle est obligée de traiter de la même façon les contributeurs extérieurs et doit donc conserver une politique ouverte. Au Parlement, les choses sont plus claires : soit vous vous enregistrez et vous êtes autorisés à entrer dans les bâtiments, soit vous ne l’êtes pas et vous ne pouvez pas y pénétrer.
Cependant, Mme Crossick n’exclut pas la possibilité d’un système semblable à la Commission. « S’il s’agit d’un système comme le système d’accréditation au PE, je ne pense pas qu’il y ait de problème, » estime-t-elle.
Vient alors la question difficile des honoraires. Certains groupes de pression ont réclamé une transparence totale, ce qui signifie que toutes les organisations doivent révéler les ressources financières dont elles disposent. Selon eux, cette transparence donnerait une idée claire des forces qui sont représentées et de leur influence sur les législateurs européens.
Mme Crossick a une opinion bien tranchée sur la question : « En termes d’honoraires, je ne vois pas le problème, vraiment. Je ne vois pas pourquoi il est nécessaire de connaître le montant des honoraires. Je ne pense pas que la taille des honoraires ait une incidence quelconque sur le succès ou non des pressions exercées ».
« Et je pense également que c’est une voie très dangereuse, car comment allons-nous prouver le niveau des honoraires? Quelqu’un va-t-il être chargé de vérifier les factures des honoraires? »
Finalement, Mme Crossick considère que le succès du lobbying repose davantage sur des arguments sensés, et non sur l’argent.
« Je ne pense pas que beaucoup d’argent soit la garantie de résultats positifs. Je dirais même que si vous dépassez le cadre du lobbying et que vous dépensez trop en publicité, parfois ça ne marche pas. C’est beaucoup plus élaboré que ça! »
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