Tsipras veut faire d'Athènes le lien entre Moscou et Bruxelles
Alexis Tsipras a réitéré son opposition vis-à-vis des sanctions contre la Russie et sa volonté de renforcer ses relations avec le Kremlin, en amont d'une visite controversée à Moscou les 8 et 9 avril.
Alexis Tsipras a réitéré son opposition vis-à-vis des sanctions contre la Russie et sa volonté de renforcer ses relations avec le Kremlin, en amont d’une visite controversée à Moscou les 8 et 9 avril.
Le premier ministre grec Alexis Tsipras va rencontrer le président russe, Vladimir Poutine et son Premier ministre, Dmitri Medvedev, afin de traiter plusieurs sujets, dont la coopération énergétique et les relations UE-Russie, selon un communiqué de son cabinet.
Dans une interview donnée à l’agence de presse Tass, détenue par l’État russe, Alexis Tsipras a déclaré que les relations entre la Grèce et la Russie avaient reçu un coup l’année dernière car ses « prédécesseurs n’avaient pas fait de leur mieux pour éviter les sanctions [contre Moscou] dues à la crise ukrainienne ».
Inclure la Russie
« Passer d’une guerre réelle à une guerre économique ne mènera nulle part », a-t-il estimé, précisant le fait que durant le dernier sommet de l’UE, il a interrogé ses partenaires sur les sanctions émises mais n’a reçu aucune réponse.
« Presque personne ne m’a répondu […] Selon moi, la réponse est claire : la nouvelle architecture de sécurité en Europe devrait inclure la Russie. »
En temps d’instabilité géopolitique, Athènes « pourrait être le lien entre l’Ouest et la Russie », a-t-il continué. « Nous devrions essayer de comprendre comment nos nations et nos pays peuvent réellement coopérer dans de nombreux domaines : économie, énergie, commerce et agriculture », a poursuivi le Premier ministre, « et comment nous entraider ».
Selon les derniers chiffres d’Eurostat, la Russie était, en 2014, le premier partenaire commercial de l’UE en termes d’importations de biens. Le premier destinataire des exportations européennes est la Turquie.
Expansion du Turkish Stream jusqu’en Grèce
« Un nouveau chapitre s’est ouvert dans les relations entre Athènes et Moscou », a affirmé le ministre grec de l’Environnement et de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis, après une réunion avec son homologue russe, Alexander Novak et le directeur de Gazprom Alexey Miller.
Le ministre grec a également annoncé l’expansion du projet russe de gazoduc, Turkish Stream, jusqu’en Grèce. La décision finale sera prise par le Premier ministre grec, qui se basera sur les intérêts du pays et non pas de la Commission européenne.
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Le gazoduc Turkish Stream est un projet de Gazprom ayant pour objectif d’acheminer du gaz russe via la mer Noire jusqu’en Turquie, et de là, vers une plateforme gazière située à la frontière gréco-turque.
Turkish Stream
Deux des principaux objectifs du projet de Turkish Stream sont de contourner l’Ukraine, et de punir la Bulgarie qui, selon la Russie, a fait obstacle à la construction de South Stream, le projet initial.
La Grèce importe 65 % de ses besoins en gaz de la Russie. Malgré un accord de réduction de 15 % des prix du gaz passé l’année dernière entre l’importateur et distributeur de gaz naturel (DEPA) et Gazprom, la Grèce continue à payer la facture la plus salée d’Europe, et ce, à cause du monopole d’État qui domine le marché énergétique grec.
>> Lire : Athènes s’oppose frontalement à l’Union de l’énergie
Le président de Gazprom, Alexey Miller, s’est inquiété de la baisse de consommation du gaz naturel russe en Grèce et a ajouté « nous en connaissons la cause et espérons que le nouveau gouvernement redressera la situation ».
Il a également critiqué la Commission européenne qui, selon lui, a fait tout son possible pour mettre un terme au projet du South Stream. Si l’UE ne crée pas sa propre infrastructure à la frontière entre la Turquie et la Grèce, ce sont 47 milliards de mètres cubes de gaz naturel qui seront perdus pour l’Europe, a-t-il prévenu.
Sur un total de 63 milliards de tonnes de gaz naturel qui seront acheminées par le nouveau gazoduc, 16 milliards seront distribuées sur le territoire turc pour satisfaire ses besoins énergétiques, a-t-il expliqué. Le reste sera vendu soit en Europe, soit sur le marché libre.