Ankara menace à nouveau d'inonder l'Europe de réfugiés

Un conseiller du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a menacé l'UE de lui envoyer des réfugiés si le Parlement européen n'approuvait pas la levée de l’obligation de visas pour les Turcs.

EURACTIV.com with agencies
Migrants resting in Nea Vissa Frontex
Migrants à Nea Vyssa, un village grec à la frontière turque. [Frontex]

Un conseiller du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a menacé l’UE de lui envoyer des réfugiés si le Parlement européen n’approuvait pas la levée de l’obligation de visas pour les Turcs.

« Le Parlement européen s’apprête à discuter du rapport sur la libéralisation des visas vers l’Europe pour les citoyens turcs. Si la mauvaise décision est prise, nous enverrons les réfugiés », a menacé Burhan Kuzu, conseiller de Recep Tayyip Erdoğan.

La menace n’est pas nouvelle, mais elle est cette fois adressée au Parlement européen, qui a récemment envoyé un message clair : la Turquie ne doit pas s’attendre à la suppression du régime de visa tant qu’elle ne remplit pas toutes les conditions prévues.

L’accord de libéralisation des visas conclu entre Ankara et l’UE est soumis à l’approbation du Parlement européen et de certains parlements nationaux.

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Un moment « très dangereux »

L’accord UE-Turquie sur les réfugiés représente « une phase très dangereuse », a estimé un ministre turc, alors que les deux camps ont commencé un bras de fer sur le respect des conditions par la Turquie.

« Tous les accords que nous avons conclus jusqu’ici, basés sur la confiance et la bonne volonté, sur la prise de responsabilités, mais aussi de risques politiques, entrent dans une phase très dangereuse », a déclaré Volkan Bozkır, ministres aux Affaires européennes, lors d’une conférence de presse avec le président du Parlement européen, Martin Schulz.

Le ministre assure que la Turquie a pratiquement réuni toutes les conditions de l’accord, alors que Bruxelles insiste pour que le pays atteigne cinq étapes supplémentaires (sur les 72 étapes prévues) avant de laisser les Turcs voyager sans visa vers l’Europe.

« Ce n’est pas une question de mathématiques. C’est une question de politique », a regretté Volkan Bozkır lors d’une visite au Parlement européen à Strasbourg.

Les cinq étapes concernent la prévention de la corruption, l’alignement de la législation sur la protection des données sur celle de l’UE, la conclusion d’un accord avec Europol, la coopération avec tous les États membres en matière pénale, et l’alignement de la définition du terrorisme avec les normes européennes. « Nous considérons que nous avons suffisamment rempli les conditions », insiste le ministre.

Il a également réitéré l’opposition du président à la modification des lois nationales sur le terrorisme. Il serait « complètement impossible » pour la Turquie de changer ses lois anti-terroristes, qui sont à la hauteur des normes européennes, assure le ministre.

Ankara doit mieux faire

La Turquie est engagée dans une importante campagne contre les militants kurdes et Ankara assure ne pas pouvoir changer ses lois anti-terrorisme, malgré les avertissements des analystes, qui estiment que cela pourrait bloquer l’accord avec l’UE.

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Dimitris Avramopoulos, commissaire à la migration, a expliqué au parlement que la Turquie « avait fait des progrès réellement considérables », mais qu’il restait des étapes à réaliser avant la libéralisation des visas.

La Turquie doit encore faire des efforts dans la protection des données personnelles et conclure un accord de coopération opérationnel avec Europol, a souligné le commissaire. Une « coopération judiciaire efficace avec tous les États membres en matière de criminalité » et un « meilleur alignement » avec les lois et pratiques anti-terroristes européennes doivent également être mis en place.

Dimitris Avramopoulos assure que l’accord sur les migrants a déjà mené à une « réduction évidente » du nombre de migrants illégaux arrivant en Grèce, qui est passé de 6 000 par jour en octobre 2015 à environ 140 en avril 2016.

La plupart des 1,25 million de Syrien, d’Afghans et d’Irakiens qui sont entrés dans l’UE depuis l’an dernier sont passés de la Turquie à la Grèce en traversant la mer Égée sur des bateaux de fortune.

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