Un accord en coulisse permet à la Serbie d'obtenir le statut de candidat à l'UE
La Serbie a décroché le statut tant convoité de candidat à l'UE lors du sommet qui s'est tenu à Bruxelles hier soir (1er mars). Bucarest a en effet décidé de céder après qu'un accord a été conclu sur une feuille de route qui devrait permettre aux Roumains d'adhérer à l'espace Schengen de libre circulation dès le mois de septembre.
La Serbie a décroché le statut tant convoité de candidat à l'UE lors du sommet qui s'est tenu à Bruxelles hier soir (1er mars). Bucarest a en effet décidé de céder après qu'un accord a été conclu sur une feuille de route qui devrait permettre aux Roumains d'adhérer à l'espace Schengen de libre circulation dès le mois de septembre.
Lorsque le président roumain, Traian B?sescu est arrivé au sommet, il était déjà clair qu'il avait décidé de ne pas opposer son veto à l'octroi du statut de candidat à la Serbie.
L'obtention de ce statut est une réelle avancée pour la Serbie, qui lui ouvre les portes des négociations d'adhésion. Ces discussions pourraient mener à une adhésion dans cinq ou six ans.
« Feu vert pour la Serbie », s'est exclamé M. B?sescu devant une foule de journalistes devant le Conseil.
Ce ne fut toutefois pas une sinécure pour la Serbie. Lors d'une réunion de niveau ministériel le 28 février, la Roumanie avait surpris ses partenaires en exprimant des inquiétudes quant au respect des droits des citoyens d'origine roumaine qui vivent en Serbie. Certains des 40 000 membres de la communauté valaque se considèrent comme roumains, alors que d'autres se disent serbes.
Ces déclarations ont fait sourciller les ministres européens et en Serbie, un sentiment anti-roumain s'est propagé comme une traînée de poudre.
Cette situation a donné lieu à des discussions animées dans les coulisses du sommet. Tentant sans doute de sauver la face, les ambassadeurs de Bucarest et Belgrade ont signé un accord hier soir, dans le but d’assurer une meilleure protection à la minorité roumaine en Serbie.
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui vient juste d'être réélu pour un second mandat de deux ans et demi, a fait part de sa satisfaction lors d'une conférence de presse tard dans la soirée.
« C'est une avancée remarquable, le résultat des efforts consentis par les deux parties dans le dialogue entre Belgrade et Pristina », a déclaré M. Van Rompuy. « J'espère que cela encouragera la Serbie à intensifier ses efforts pour respecter les critères politiques et économiques nécessaires pour l'adhésion à l'UE. J'espère également que Belgrade continuera de soutenir la coopération régionale et des relations de bon voisinage dans les Balkans occidentaux. »
Lié ou pas lié ?
Tout de suite après, M. Van Rompuy s'est lancé dans la description des efforts consentis pour sortir de l'impasse sur la candidature de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen de libre circulation. Cette question était à nouveau au programme du sommet suite aux échecs successifs des présidences hongroise et polonaise du Conseil de l'UE qui ont en vain tenté de régler le problème.
Les Pays-Bas avaient opposé leur veto à l'adhésion des deux pays, car ils pensaient qu'ils n'étaient pas prêts pour l'espace Schengen, justifiant leur initiative par des rapports intermédiaires de la Commission sur la réforme du système judiciaire et la lutte contre la corruption.
M. Van Rompuy a déclaré : « Suite à des consultations préparatoires intensives ces dernières semaines, nous disposons aujourd'hui d'une feuille de route. Nous avons demandé au Conseil Affaires intérieures d'adopter une décision en septembre et, dans le même temps, d'identifier et de mettre en oeuvre des mesures visant à faire aboutir le processus. Je souhaiterais remercier le président roumain, le premier ministre bulgare et le premier ministre néerlandais pour leur attitude constructive lors des négociations finales de cette après-midi sous ma direction. »
Le président roumain, M. B?sescu, le premier ministre bulgare, Boyko Borissov, et son homologue néerlandais, Mark Rutte, se sont réunis dans le bureau de M. Van Rompuy juste avant le début du sommet. L'accord conclu, qui devrait faire partie des conclusions du sommet, devrait permettre aux deux pays d'entrer dans l'espace Schengen cette année.
Interrogé pour savoir si la Roumanie avait joué des coudes pour entrer dans Schengen en menaçant d'opposer son veto à l'octroi du statut de candidat à l'UE à la Serbie, M. Van Rompuy a nié que les deux sujets aient eu un quelconque lien, mais sa réponse n'a pas convaincu grand monde.
« Ces mesures visent à rassurer ceux qui craignent que cette adhésion cause des problèmes. J'ai le sentiment qu'il existe une volonté politique forte de finaliser le travail en septembre », a déclaré M. Van Rompuy.
La Bulgarie reste zen
Contrairement à la Roumanie, la Bulgarie ne s'est pas emportée outre mesure sur la question de son adhésion à l'espace Schengen.
Il existe également une minorité bulgare en Serbie et leur situation fait aussi l'objet d'inquiétudes. Lorsque des journalistes lui ont demandé comment son gouvernement espérait régler le problème, M. Borissov a répondu hier que son pays avait toujours soutenu la candidature de la Serbie et qu'il abordait le problème des minorités bulgares à chaque fois qu'il rencontrait le premier ministre serbe, Boris Tadi?.
Commentant le veto néerlandais sur l'adhésion de la Bulgarie à l'espace Schengen, M. Borissov a déclaré que pour lui, l'affaire était classée, dans la mesure où son pays avait rempli toutes les conditions et dépensé des sommes d'argent importantes à cette fin. Il a affirmé que la frontière de son pays avec la Turquie, également candidate à l'UE, était déjà gardée conformément aux normes de Schengen.
Des sources à la Commission européenne ont confié à EURACTIV que toutes les parties exerçaient des pressions considérables sur l'exécutif européen concernant cette impasse. Révélation intrigante, en décembre dernier, M. Rutte aurait demandé au président de la Commission, José Manuel Barroso, de relier officiellement le contrôle de la Bulgarie et de la Roumanie dans le cadre du mécanisme de coopération et de vérification (voir « Contexte ») à l'adhésion des deux pays à l'espace Schengen. Cette requête aurait alors été fermement rejetée par M. Barroso, ont affirmé ces sources.