Une Commission procédurière face à une Hongrie toujours plus autoritaire
En moins de deux ans, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban a profondément réformé les institutions de son pays. Des menaces planent sur la démocratie hongroise mais la Commission européenne se limite à une réponse lisse et juridique.
En moins de deux ans, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban a profondément réformé les institutions de son pays. Des menaces planent sur la démocratie hongroise mais la Commission européenne se limite à une réponse lisse et juridique.
Faisant fi des critiques émises par ses partenaires, la Hongrie s’est dotée d’une nouvelle Constitution le 1er janvier 2012. Son contenu inquiète ses partenaires qui craignent une dérive autoritaire du régime.
La secrétaire d’État américaine, Hilary Clinton a même été jusqu’à écrire à Viktor Orban pour lui demander des explications.
« Que Dieu bénisse les Hongrois »
Parmi les nouvelles dispositions prévues par la Constitution, la mise en place d’une nouvelle loi électorale favorable aux grands partis, une référence explicite à Dieu qui bénit les Hongrois, la fin de l’appellation « République de Hongrie », l’allongement du mandat et la création de certains postes clés directement nommé par le Premier ministre pour mieux les vérouiller, l’interdiction du mariage homosexuel et de l’avortement.
Même la politique fiscale (taux d’imposition unique à 16%) y est maintenant inscrite ce qui empêcherait à tout nouveau gouvernement de revenir dessus.
Problème hongrois
Les capitales européennes restent étrangement silencieuses sur le sujet.
Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a toutefois reconnu mardi 3 janvier qu’il y avait « un problème » en Hongrie ». Tout en ajoutant « qu’il appartient à la Commission européenne de vérifier que ces nouveaux textes constitutionnels respectent ce qui fait le bien commun de tous les pays de l’Union européenne, c’est-à-dire l’État de droit et le respect des grandes valeurs démocratiques ».
Pas de politique
De son côté et comme à son habitude, la Commission se retranche derrière un discours purement juridique, arguant avoir déjà adressé plusieurs courriers au gouvernement hongrois.
Le 3 janvier 2012, lors de la conférence de presse quotidienne, le porte-parole de l’institution, Olivier Bailly, a déclaré que les services étaient « particulièrement vigilants » en ce qui concernent l’indépendance de la justice, de la protection des données personnelles et du nouveau statut de la banque centrale hongroise qui voit son indépendance réduite.
Déjà un précédent
Les nouveaux textes adoptés vont être « examinés » avant que de nouveaux avis soient notifiés à Budapest. Pour le moment, pas question de lever le ton face à un État membre qui n’en est pourtant pas à sa première dérive.
En effet, en décembre 2010, le gouvernement hongrois avait fait voter une loi encadrant et entravant la liberté de la presse. Après quelques critiques de Bruxelles, le texte n’a été que légèrement modifié ce qui n’empêche pas aujourd’hui la radio d’opposition Klubradio d’être menacée.
Interrogée sur la question, la Commission européenne répète inlassablement qu’elle suit le dossier de près.
C’est finalement dans le dossier de la banque centrale hongroise que Bruxelles semble la plus ferme. Elle menace de ne pas reprendre les pourparlers concernant une aide financière au pays, si rien n’est fait pour garantir l’indépendance de l’institution monétaire.
Echec économique
La situation actuelle découle directement de la victoire écransante du parti conservateur Fidesz en avril 2010. Face à un parti socialiste en pleine décomposition et miné par les scandales de corruption, les conservateurs ont reporté les deux tiers des sièges de députés. Un score sans précédent dans l’histoire de la jeune démocratie.
Le leader de Fidesz, le charismatique Viktor Orban, avait axé sa campagne en promettant une réforme profonde de l’État et du pays pour relancer l’économie, en chute libre depuis le début de la crise en 2008.
Deux ans plus tard, l’économie hongroise ne va pas mieux. Les recettes magiques n’ont pas eu le succès escompté. Le chômage est à 10%, l’inflation à plus de 4% et le gouvernement cherche à négocier une aide du FMI pour rassurer les investisseurs alors qu’il va lui falloir lever plus de 4 milliards d’euros en 2012 pour financer sa dette. La monnaie nationale, le florint, est dans le même temps malmené par les marchés. Pas de quoi pavoiser.
Du héros démocratique au Chavez européen ?
Malgré ces échecs, Viktor Orban continue à se comporter comme l’unique maître de la Hongrie et les lois populistes se sont succédées.
Dernière en date : l’obligation pour les demandeurs d’emploi qui touchent une allocation de l’État, de travailler pour ce dernier. L’idée venait directement du parti d’extrême droite Jobbik et vise en premier lieu la minorité Roms, première victime du chomâge.
Cette dérive est d’autant plus étonnante que l’actuel Premier ministre Viktor Orban a été un héros du renouveau démocratique hongrois dans les années 80, face à la dictature communiste, alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années.
Lors de la présidence hongroise de l’UE au premier semestre 2011, il s’était rendu par deux fois au Parlement européen. Le chef de file des Verts européens, Daniel Cohn Bendit l’avait alors qualifié de « Chavez européen » et de « national populiste ».
Parlementaires enchaînés
Sur le plan intérieur, l’opposition politique reste très faible. Lors d’une manifestation à Budapest à la fin décembre, des parlementaires s’étaient enchaînés devant le Parlement et l’ancien Premier ministre socialiste a été interpellé.
Le 2 janvier au soir, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre ville de la capitale. Plus de 100 000 selon les organisateurs, 70 000 selon la police. C’est la première fois qu’une mobilisation atteint de tel chiffre depuis l’accesion au pouvoir de Viktor Orban. Certains y voient le début d’une contestation populaire.