Une ex-députée bruxelloise devient ministre en Turquie, la droite belge réagit
Recep Tayyip Erdoğan, fraîchement réélu à la tête de la Turquie, a nommé l’ex-députée du parlement bruxellois Mahinur Özdemir Göktaş au poste de ministre de la Famille et des Services sociaux. Elle est la seule femme du cabinet turc.
Recep Tayyip Erdoğan, fraîchement réélu à la tête de la Turquie, a nommé l’ex-députée du parlement bruxellois Mahinur Özdemir Göktaş au poste de ministre de la Famille et des Services sociaux samedi (3 juin). Elle est la seule femme du cabinet turc, composé de 17 membres.
Recep Tayyip Erdoğan a été réélu pour un troisième mandat au second tour de l’élection présidentielle (52,1 %) dimanche dernier (28 mai), face à Kemal Kilicdaroglu (47,9 %), du Parti républicain du peuple (CHP).
Il a prêté serment au parlement samedi et a nommé ses ministres. Parmi eux, une seule femme : l’ex-députée du parlement bruxellois Mahinur Özdemir Göktaş.
Née en Belgique en 1982, Mahinur Özdemir a commencé sa carrière politique en 2006 en tant que conseillère communale à Schaerbeek (Bruxelles) au sein du parti Centre Démocrate Humaniste (cdH) (devenu « Les Engagés » en 2022, parti affilié au Parti populaire européen).
En 2009, elle est devenue la première femme politique portant le voile à être élue au niveau parlementaire en Belgique et en Europe, ce qui avait déclenché un débat sur les symboles religieux dans les assemblées politiques.
Exclue de son parti en 2015 après avoir refusé de reconnaître le génocide arménien, elle a siégé en tant qu’indépendante au conseil communal de Schaerbeek et au parlement bruxellois.
Au cours de sa carrière politique en Belgique, elle a établi des liens étroits avec son pays d’origine. Tout d’abord, elle a conservé sa double nationalité belgo-turque. Ensuite, en 2010, elle a épousé l’avocat Hüseyin Rahmi Göktaş, alors attaché parlementaire d’Edibe Sözen, un député turc islamo-conservateur membre du Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdoğan. Lors de la cérémonie, Erdoğan, alors Premier ministre mais déjà considéré comme l’un des hommes les plus puissants de Turquie, était présent avec sa famille.
Certains responsables politiques belges l’avaient accusée d’être un agent infiltré d’Erdoğan en Europe, et le membre du Mouvement réformateur belge (MR, Renew Europe) Denis Ducarme l’avait également accusée de jouer la carte du « communautarisme, de l’intégrisme et du radicalisme » en 2012. Elle a toujours rejeté ces accusations.
Par ailleurs, son exclusion du parti belge cdH avait été vivement critiquée par l’AKP à l’époque.
En 2020, après s’être retirée de la scène politique belge, elle a été nommée ambassadrice en Algérie par le gouvernement turc. Enfin, ce week-end, elle a été intégrée au gouvernement turc en tant que ministre de la Famille et des Services sociaux — devenant ainsi la seule femme du cabinet du président reconduit.
Ces sujets lui sont déjà familiers puisqu’elle a travaillé sur la pauvreté des enfants, les défis des familles monoparentales et la violence à l’égard des femmes au cours de sa carrière politique en Belgique.
Réactions politiques en Belgique
L’annonce de cette nomination a suscité des réactions en Belgique, notamment de la part de partis de droite.
Le parti flamand Vlaams Belang (Identité et Démocratie) a réitéré dans un communiqué ses appels à l’abolition de la double nationalité pour les représentants politiques et a déclaré qu’il interpellera le gouvernement fédéral à ce sujet.
« Le problème de la double nationalité et du conflit d’intérêts qui en découle ne peut être mieux illustré que par la nomination de Mme Göktaş en tant que ministre du gouvernement turc », explique Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang.
« Non seulement le maintien de la double nationalité importe des conflits étrangers […] Les responsables politiques d’ici devraient travailler pour les gens d’ici et ne pas servir les intérêts de dictateurs étrangers. »
L’eurodéputée belge Assita Kanko, du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (Nieuw-Vlaamse Alliantie, NV-A), a également commenté la nouvelle sur Twitter : « […] 10 ans au parlement bruxellois à ne rien faire d’autre que promouvoir le voile et nier avec véhémence le génocide arménien. Maintenant elle peut continuer à promouvoir ses idées misogynes mais dans la Turquie d’Erdoğan. […] »
Le conseiller communal de Molenbeek-Saint-Jean et membre du parti social-libéral DéFI, Rachid Ben Salah, a pour sa part officiellement félicité la nouvelle ministre turque, mais le président du parti, François De Smet, a répondu lundi dans un tweet que ces félicitations étaient « totalement inappropriées et n’engageaient pas DéFI ».
Selon lui, le parcours de Mahinur Göktaş devrait « au contraire faire réfléchir tous les partis [sur les] excès d’un certain communautarisme ».
Les autres partis politiques ne s’étaient pas exprimés sur le sujet au moment de la rédaction de cet article.
Mahinur Göktaş a remercié le président turc sur Twitter pour sa nomination, ajoutant : « Puisse cette nouvelle période, au cours de laquelle nous travaillerons avec le principe de “famille solide, Turquie solide” et œuvrerons à l’objectif d’une grande Turquie, être bénéfique à notre pays et à notre nation ».
Le nouveau cabinet turc se réunira pour la première fois ce mardi 6 juin.