Visite d'État sans précédent d'Emmanuel Macron en Mongolie
Ressources naturelles rares, écologie, nucléaire, guerre en Ukraine, démocratie... la liste est longue quant aux raisons pour lesquelles Emmanuel Macron fait un détour la capitale de la Mongolie, lors de son retour en France après le sommet du G7 à Hiroshima.
Ressources naturelles rares, écologie, énergie nucléaire, guerre en Ukraine, démocratie… Autant de raisons pour Emmanuel Macron de s’arrêter à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, lors de son retour en France dimanche (21 mai) après avoir assisté au sommet du G7 à Hiroshima au Japon.
La visite d’Emmanuel Macron en Mongolie dimanche revêt une importance géostratégique majeure pour les deux pays.
La Mongolie a la chance de disposer d’une abondance de ressources naturelles (charbon, cuivre, or, zinc, terres rares et de nombreux autres minerais), mais elle est enclavée entre deux nations influentes : la Russie au nord et la Chine au sud.
En conséquence, la Mongolie reste fortement dépendante de ses voisins, avec 86 % de ses exportations (principalement du charbon) allant vers la Chine en 2022, ce qui a poussé la Mongolie à mettre en œuvre une stratégie des « troisièmes voisins » pour atténuer les contraintes de ses voisins directs.
Côté politique, le pays s’est de plus engagé dans un processus de démocratisation depuis la chute de l’Union soviétique en 1990.
Le régime mongol est actuellement classé 66e pays (sur 167) le plus démocratique au monde selon l’Indice démocratique de The Economist en 2022, avec un classement comparable à la Roumanie, le Monténégro et la Moldavie.
Pour l’heure, la Mongolie n’a pas officiellement condamné l’agression de la Russie envers l’Ukraine.
Economie, écologie et démocratie
Les intérêts de la France résident dans la diversification de ses approvisionnements en énergie et en terres rares, le soutien à la démocratie dans une région dominée par des régimes autoritaires et le maintien de relations diplomatiques avec des pays qui ont choisi une stratégie de non-alignement à propos de l’agression russe en Ukraine.
Pour atteindre ces objectifs, la société française Areva a créé une coentreprise avec l’entreprise mongole Mon-Atom, dont elle détient une participation de 66 %. Celle-ci a obtenu trois permis d’exploitation minière pour exploiter des gisements d’uranium.
Grâce à cette coentreprise, le gouvernement français vise à accélérer la sécurisation de nouveaux approvisionnements en uranium dans le cadre de sa stratégie de réindustrialisation écologique, principalement axée sur l’énergie nucléaire.
De plus, la France espère aussi soutenir la stratégie de décarbonisation de la Mongolie. Actuellement, la Mongolie dépend fortement du charbon pour près de 90 % de sa production d’énergie. Or, la France a des savoir-faire reconnus à l’international en termes de constructions de centrales nucléaires.
De plus, lors de leur conférence de presse conjointe, M. Macron et le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh ont rappelé leur ambition de planter un milliard d’arbres chacun afin de lutter contre le changement climatique, qui affecte particulièrement les steppes mongoles.
Le soutien au secteur de l’énergie et de l’exploitation minière en Mongolie présente également une opportunité pour la France d’investir dans la croissance économique du pays, alors qu’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, et que l’une des faiblesses de la démocratie mongole demeure la corruption.
En effet, des manifestations et des émeutes de grande ampleur ont eu lieu à Oulan-Bator pendant tout le mois de décembre 2022, suite à un scandale de corruption impliquant des personnalités politiques et privées ayant détourné du charbon pour une valeur estimée à plus de 10 milliards d’euros.
Valeurs démocratiques, échanges culturels et amitié
Afin de parachever la visite d’État, MM. Macron et Khürelsükh ont tenu à évoquer les sujets sur lesquels la France et la Mongolie partagent la même vision du monde.
M. Khürelsükh a déclaré lors de la conférence de presse conjointe son « engagement résolu à œuvrer ensemble au maintien de la paix », sans donner cependant plus de détails quant à la prise de position de son pays sur la guerre en Ukraine.
M. Khürelsükh a ensuite évoqué sa volonté de développer une « diplomatie féministe », soutenu en cela par M. Macron.
M. Macron a rappelé de son côté que la France et la Mongolie étaient toutes deux des démocraties où « la peine de mort » était abolie.
Puis, des échanges culturels renforcés ont été annoncés.
Tout d’abord, les échanges universitaires bilatéraux seront étendus, selon une déclaration de M. Macron.
De plus, lors de sa visite, M. Macron a visité le musée Gengis Khan, du nom du conquérant mongol du XIIIe siècle, dont certains objets vont être prêtés pour une exposition intitulée « Gengis Khan, le grand échange mongol » au Château des Ducs de Bretagne à Nantes.
Sur ce sujet, MM. Macron et Khürelsükh n’ont pas apporté de détails, mais ont utilisé l’histoire du Grand Kahn pour justifier des liens d’amitié forts entre la France et de la Mongolie.
Ils ont ainsi tous deux évoqué la date de 1253 lorsque le roi français Louis IX a envoyé des émissaires à l’empereur mongol Gengis Khan.
M. Khürelsükh a de plus remercié la France pour le soutien « de la candidature de la Mongolie à l’ONU dès que celle-ci en a émis le souhait » pour avoir été un des premiers pays à avoir « reconnu son indépendance » de l’Union soviétique et pour son « plein soutien […] dans la transition démocratique [mongole] amorcée dans les années 1990 ».