Vladimir Poutine entame son nouveau mandat en s'adressant aux Etats-Unis

Moscou compte renforcer ses liens avec les Etats-Unis, mais ne tolérera aucune ingérence dans ses affaires nationales. Elle souhaite en outre être assurée que le bouclier anti-missile américain ne sera pas utilisé contre la Russie. C'est ce que précise un décret signé hier (7 mai) par Vladimir Poutine lorsqu'il a pris ses fonctions de président du pays pour la troisième fois.

EURACTIV.com
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Moscou compte renforcer ses liens avec les Etats-Unis, mais ne tolérera aucune ingérence dans ses affaires nationales. Elle souhaite en outre être assurée que le bouclier anti-missile américain ne sera pas utilisé contre la Russie. C'est ce que précise un décret signé hier (7 mai) par Vladimir Poutine lorsqu'il a pris ses fonctions de président du pays pour la troisième fois.

M. Poutine a prêté serment ce lundi, appelant à l'unité du pays. Le nouveau président entame un mandat de six ans qui s'annonce difficile en raison du nombre croissant de protestations, de la conjoncture économique et des rivalités politiques.

Aujourd'hui (8 mai), le parlement devrait approuver la nomination de son allié, Dmitri Medvedev, au poste de premier ministre. Les deux hommes politiques échangent ainsi leurs fonctions, ce qui laisse de nombreux Russes désabusés vingt ans après la chute de l'Union soviétique.

A l'extérieur du Kremlin, les forces de police anti-émeute ont empêché les manifestations en arrêtant quelque 300 personnes, y compris des hommes et des femmes dans des cafés qui portaient des rubans blancs symbolisant l'opposition à M. Poutine. Environ 400 autres opposants ont été arrêtés la veille lors d'affrontements.

A l'intérieur de l'enceinte du Kremlin, en revanche, 2000 dignitaires ont applaudi M. Poutine qui a foulé le tapis rouge pour se rendre dans une vaste salle ornée de colonnes dorées, la salle du trône des tsars, où il a prêté serment, la main droite posée sur la constitution russe.

Dans un document signé quelques heures après son investiture, M. Poutine a défini ses priorités politiques dans le domaine des affaires étrangères. Moscou souhaite que sa coopération avec Washington atteigne « un réel niveau stratégique », mais le président a précisé que leurs relations se devaient d'être fondées sur « l'égalité, la non-ingérence dans les affaires intérieures et le respect des intérêts de chacun », peut-on lire dans ce décret.

La Russie « continuera de défendre sa politique en lien avec la mise en place par les Etats-Unis d'un système de défense anti-missile mondial en réclamant des garanties fermes quant au fait qu'il ne soit pas dirigé contre les forces de dissuasion nucléaire de la Russie ».

Ce décret évoque la politique étrangère, mais il contient surtout un message à l'intention des Etats-Unis en amont de la réunion prévue entre MM. Poutine et Obama, le président américain, qui organisera un sommet du G8 ce mois-ci.

Les relations entre les deux pays se sont améliorées lors de la présidence du petit protégé de M. Poutine, Dmitri Medvedev, qui a signé un pacte de limitation des armements nucléaires avec M. Obama en 2010.

La situation reste toutefois tendue quant au projet de bouclier anti-missile des Etats-Unis et de l'OTAN en Europe et sur les soulèvements meurtriers en Libye et en Syrie.

Washington affirme cependant que ce système de défense, qui devrait être construit en quatre étapes d'ici 2020, est destiné à contrer une menace potentielle de l'Iran. La Russie pense quant à elle qu'il pourrait être capable d'intercepter les ICBM russes à l'horizon 2018.

Le chef de l'état-major militaire de la Russie a déclaré jeudi que le pays était prêt à mener des attaques préventives contre les systèmes de défense anti-missile en Europe pour protéger sa sécurité.

Des tensions diplomatiques ont également refait surface lors de la campagne présidentielle de M. Poutine lorsqu'il a accusé les Etats-Unis de soutenir ses opposants et que Washington a critiqué le traitement infligé aux manifestants russes.

En février dernier, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité ONU visant à condamner le gouvernement syrien suite à des actes de répression qui ont mené à la mort de milliers de personnes. Cette résolution devait également appeler à la démission de Bachar al-Assad.

Dans un avertissement concernant aussi bien la Russie que la Syrie, le décret de M. Poutine précise que Moscou « contrera toute tentative d'utiliser les droits de l'Homme comme un instrument de pression et d'ingérence politique dans les affaires intérieures des Etats ».

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la Russie plaidera pour une résolution de crise impliquant la fin des actes de violence perpétrés par toutes les parties, le dialogue national sans condition et le principe de la non-ingérence. Il s'agit là de la position que la Russie a déjà adoptée sur la question syrienne.

M. Poutine a par ailleurs affirmé que le renforcement des relations entre les anciennes républiques soviétiques du Bélarus à l'Asie centrale, ainsi que la constitution d'alliances économiques et de sécurité plus fortes sur plan international étaient des priorités.

Dans son décret, le nouveau président a qualifié l'intégration entre les membres de la Communauté des États indépendants de « direction de politique étrangère clé » et il a rappelé ses projets d'Union économique eurasienne fondés sur une union avec le Kazakhstan et le Bélarus d'ici janvier 2015.