Volte-face environnementale : le Royaume-Uni soutient la suspension de l’exploitation minière en eaux profondes
Après avoir été critiqué pour sa position en faveur de l’exploitation minière commerciale des grands fonds marins, le Royaume-Uni a annoncé lundi qu’il soutenait un moratoire sur cette industrie émergente. The Guardian, média partenaire d’Euractiv, fait le point.
Après avoir essuyé les critiques de scientifiques, de députés et d’écologistes concernant sa position en faveur de l’exploitation minière commerciale des grands fonds marins, le Royaume-Uni a annoncé qu’il soutenait un moratoire sur cette industrie émergente. The Guardian, média partenaire d’Euractiv, fait le point.
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Lundi (30 octobre), le gouvernement britannique a déclaré publiquement qu’il était en faveur d’une suspension temporaire du soutien et du financement de toute licence d’exploitation pour extraire des métaux du fond de la mer jusqu’à ce que suffisamment de preuves scientifiques soient disponibles pour comprendre l’impact de cette pratique sur les écosystèmes.
Le mois dernier, des dizaines de scientifiques ont averti le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, qu’autoriser l’exploitation à l’échelle industrielle des fonds marins pourrait avoir de graves conséquences, tant pour la vie marine que pour la capacité de l’océan à absorber le dioxyde de carbone. Les océans sont en effet l’un des plus importants puits naturels de carbone de la planète.
Avec cette volte-face concernant le moratoire, Londres rejoint une liste de plus en plus longue d’au moins 20 pays — qui comprend le Brésil, la France, l’Allemagne, la Suède et le Canada — appelant à une pause dans le soutien aux licences d’exploration, au moins jusqu’à ce que les effets de l’exploitation des fonds marins sur l’environnement soient mieux compris. Même des constructeurs automobiles tels que BMW et Volvo, ainsi que le fabricant de batteries Samsung, se sont engagés à ne pas utiliser les minéraux issus des grands fonds marins dans leurs véhicules.
La Secrétaire d’État à l’Environnement, Thérèse Coffey, a annoncé lundi le lancement d’un réseau scientifique environnemental sur l’exploitation minière en eaux profondes, basé au Royaume-Uni, afin de recueillir des données et de contribuer à combler les lacunes concernant l’impact environnemental de l’exploitation minière. Ce réseau aura pour objectif de « comprendre pleinement l’impact de l’exploitation minière en eaux profondes sur les écosystèmes précieux et, en attendant, [le Royaume-Uni] ne soutiendra et ne financera aucun permis d’exploitation », a soutenu Mme Coffey.
En juillet, le Parti travailliste a exhorté le gouvernement à soutenir les appels de plus en plus nombreux en faveur d’une pause sur l’exploitation minière en eaux profondes « à moins et jusqu’à ce que » des preuves scientifiques claires démontrent qu’elle peut être réalisée en toute sécurité et avec de nouvelles règlementations pour protéger l’environnement marin.
Ce lundi, de nouvelles négociations débutaient au sein de l’Autorité internationale des fonds marins (ISA), une organisation au sein du système des Nations Unies chargée de règlementer l’exploration et l’exploitation des ressources minérales des grands fonds marins internationaux. L’ISA s’est réunie en juillet, mais aucune décision n’a été prise quant à l’autorisation de poursuivre les activités. Les 168 États membres de l’organisation ont toutefois accepté de discuter d’un moratoire.
Le gouvernement britannique détient deux licences d’exploration pour extraire des métaux du fond de l’océan Pacifique. Il fait partie des 14 pays qui financent des contrats d’exploration ou de recherche — le seul type de contrat autorisé à ce jour — par des entreprises désireuses d’exploiter les grands fonds marins. Les autres pays sont la Chine, la Russie, la Corée du Sud, l’Inde, la France, la Pologne, le Brésil, le Japon, la Jamaïque, la Belgique, Nauru, Tonga et Kiribati.
Les sociétés minières affirment que l’extraction de minéraux, dont le cuivre, le nickel et le cobalt, dans l’océan plutôt que sur la terre ferme est moins coûteuse et moins dommageable pour l’environnement. Les scientifiques et les groupes de défense de l’environnement soulignent quant à eux que moins de 1 % des eaux profondes de la planète ont été explorées et avertissent que l’exploitation minière en eaux profondes pourrait engendrer des nuisances : bruit, lumière ou encore tempêtes de poussière asphyxiantes.
En juin, le Conseil consultatif scientifique des académies européennes (EASAC) a mis en garde contre les « conséquences désastreuses » pour les écosystèmes marins de l’exploitation minière en eaux profondes. Les scientifiques ont également exprimé leur inquiétude quant aux déversements de carburants et d’autres produits chimiques utilisés dans le processus d’exploitation minière.
Pour Clare Brooke, directrice générale de l’organisation de protection de la nature Blue Marine Foundation, « l’exploitation minière en eaux profondes constitue une menace existentielle pour certains des habitats les plus vulnérables et les moins explorés de la planète ».
« Il est essentiel que nous appliquions le principe de précaution et que nous trouvions des moyens de produire les minerais nécessaires à la transition vers le zéro émission, afin de ne pas provoquer une destruction catastrophique et permanente de la fragile biodiversité des océans », a-t-elle poursuivi.
Julian Jackson, spécialiste de la gouvernance des océans de l’organisation à but non lucratif Pew Charitable Trusts et qui se trouve en Jamaïque pour les négociations de l’ISA, a déclaré : « Après avoir adopté le traité sur la haute mer l’année dernière et joué un rôle central dans l’adoption des objectifs ambitieux 30×30 pour la protection de l’environnement marin, il est encourageant de voir le Royaume-Uni rejoindre le groupe de pays appelant à un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, qui représente un risque existentiel pour l’écosystème des grands fonds marins ».
« Cependant, le risque d’une exploitation minière non règlementée des fonds marins n’est toujours pas pris en compte. Ces pays champions doivent maintenant transformer ces déclarations politiques en une réalité juridique au sein de l’Autorité internationale des fonds marins. »
Fiona Nicholls, responsable de la campagne britannique de Greenpeace sur les océans, estime que « le changement d’avis du gouvernement britannique sur l’exploitation minière en eaux profondes montre que le vent est en train de tourner contre cette industrie destructrice, qui menace certains des derniers habitats intacts de la planète ».
Cet article a initialement été publié dans The Guardian et est republié ici avec l’autorisation de son auteur.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]