Moment décisif pour la Conférence sur l’avenir de l’Europe

La CoFoE est entrée dans sa phase politique décisive le week-end dernier. Une plénière de la Conférence débattra des recommandations des citoyens et les traduira en résultats.

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European Policy Centre
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Citoyens européens participant à la Conférence sur l’avenir de l’Europe, à Strasbourg. [Parlement européen/Mathieu CUGNOT]

La Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) est entrée dans une nouvelle phase le week-end dernier. Alors que la plupart des volets participatifs de la conférence — notamment les panels de citoyens européens — sont sur le point de prendre fin, le processus entre maintenant dans sa phase politique décisive. Une plénière de la conférence débattra des recommandations des citoyens et les traduira ensuite en résultats de l’initiative, indique Johannes Greubel.

Johannes Greubel est analyste politique au Centre de politique européenne (European Policy Centre ou EPC en anglais) et expert à l’Observatoire de la conférence (Conference Observatory).

Pour apporter le changement promis par la conférence, la plénière doit intensifier ses efforts, réellement interagir avec les propositions des citoyens et passer d’une plateforme d’échange à une vraie assemblée de travail. Pour ce faire, elle doit notamment fournir aux groupes de travail une méthodologie et une structure claires et leur accorder davantage de temps.

Un exercice inédit

C’est cette partie politique et décisive de la conférence qui rend ce processus si unique. Par le passé, nous avons pu assister à de nombreux projets participatifs européens, comme les consultations citoyennes sur l’Europe, les dialogues avec les citoyens et un panel de citoyens européens en 2018. Toutefois, bien que la CoFoE soit certainement plus complexe que les exercices précédents, c’est le lien direct entre les délibérations des citoyens et le pouvoir politique qui fait de ce processus un exercice inédit.

Faire de la plénière une assemblée de travail

Travailler ensemble en plénière est une grande opportunité pour la conférence de trouver une voie commune pour l’avenir, avec toutes les institutions, les États membres et les citoyens faisant partie du processus. Cependant, cela présente en même temps un danger. Si les citoyens ne se sentent pas pris au sérieux, s’ils n’ont pas l’impression d’être écoutés, l’ensemble du processus risque de générer plus de frustrations parmi les citoyens que d’apporter des changements.

Et cette frustration peut déjà être observée dans certaines circonstances. Comme l’a souligné un représentant des citoyens lors d’une plénière, son sentiment est que « les politiciens disent qu’ils sont à l’écoute, mais, bien souvent, ce sont eux qui parlent le plus ».

Et effectivement, lors des précédentes réunions plénières, nous avons vu des politiciens se disputer entre eux sur des lignes de front bien connues ou exposer leurs propres positions, très générales, sur l’intégration européenne — sans vraiment faire référence ou réagir aux recommandations présentées par les citoyens.

Pour apporter le changement promis par la conférence, la plénière doit intensifier ses efforts, interagir réellement avec les propositions des citoyens et passer d’une plateforme d’échange à une véritable assemblée de travail.

La bonne nouvelle, c’est que la conférence plénière du week-end dernier a permis de réaliser quelques progrès par rapport aux réunions précédentes, notamment grâce à certains ajustements de l’organisation et des modalités des débats en plénière. Dans de nombreuses parties, il y a eu une interaction directe avec les recommandations du panel, et les citoyens ont eu la possibilité de réagir aux interventions des décideurs politiques durant l’échange. Il y a eu un vrai débat entre citoyens et politiciens, même si ce dernier était très général. Mais que peut-on attendre de plus du premier échange d’une assemblée de près de 450 membres  ?

L’importance des groupes de travail

Par conséquent, le véritable travail de délibération de la plénière doit être effectué au sein des groupes de travail. Ces derniers constituent un élément clé de la réussite du processus. Toutefois, ils restent la partie la moins développée du processus. Au stade actuel, les réunions des groupes de travail consistent principalement en une accumulation de réflexions de leurs membres plutôt qu’en une véritable délibération sur la manière de concrétiser les recommandations.

Les groupes de travail ont besoin d’une méthodologie et d’une structure claires, de directives précises expliquant leur rôle exact. Comment les groupes peuvent-ils donner un sens à la multitude de recommandations des quatre panels de citoyens européens, des panels nationaux et de la plateforme multilingue  ? Comment ramener les discussions encore larges à une délibération concrète sur chaque recommandation  ? Comment peuvent-ils aider à transformer les recommandations en propositions réalisables  ?

Tout cela n’est pas encore clair à ce stade, mais ces questions doivent être abordées de toute urgence afin que les groupes puissent effectivement commencer leur travail d’évaluation et de transformation des recommandations en propositions. Pour cela, ils auront toutefois besoin de plus de temps. Dans l’état actuel des choses, se réunir pendant quelques heures juste avant le début des débats en plénière ne suffira pas pour préparer efficacement les recommandations. Les groupes de travail doivent se réunir plus fréquemment pour donner un sens à la masse d’informations mise à leur disposition et, au cours de ces réunions, délibérer plus concrètement sur la transposition politique des recommandations. Ils se doivent également d’interagir suffisamment avec les citoyens afin de discuter de leurs propositions.

Quant aux institutions européennes et nationales, elles devraient mettre à profit le temps qui sépare les réunions de la conférence pour affiner leurs positions sur les recommandations des citoyens et leurs projets de mise en œuvre.

Répondre aux attentes des citoyens

La conférence a fait naître de grandes attentes chez les citoyens impliqués dans le processus. Ils espèrent que leurs voix et leurs recommandations seront prises en compte. Au cours de la session plénière, il est apparu une fois de plus que pour les citoyens, cela signifie plus qu’une simple approbation de leurs recommandations. Ils veulent savoir ce que les institutions et les États membres comptent en faire et comment leurs idées peuvent être mises en œuvre. Comme l’a souligné un citoyen lors de la session plénière, « ce dont nous avons besoin, ce sont des résultats tangibles, pas seulement des beaux discours. Vous devriez écouter et utiliser nos propositions pour trouver des solutions ».

La conférence doit encore parcourir un long chemin pour que cela devienne réalité. Il a déjà été mentionné dans le passé que la conférence pourrait causer un sentiment de frustration si les politiciens ne mettaient pas en œuvre ses conclusions une fois celle-ci terminée. Il semblerait que le danger soit encore plus imminent que cela puisque la conférence risque aujourd’hui de provoquer le mécontentement des citoyens impliqués depuis le début dans le processus si elle ne s’attaque pas aux sources de leurs frustrations.

Les exercices participatifs de la conférence, y compris les panels de citoyens européens, ont connu un grand succès et ont abouti à des recommandations réfléchies de la part des citoyens. À présent, la dimension politique de la conférence doit être à la hauteur des attentes des citoyens. Les responsables politiques doivent montrer aux citoyens qu’ils sont pris au sérieux en travaillant avec eux sur les recommandations et sur la manière dont elles peuvent être transposées dans des politiques. En résumé, la conférence doit aujourd’hui donner les résultats qu’elle avait promis.