« Je ne veux pas croire que l’Union européenne ne soit pas capable de respecter ses promesses »

A l’occasion des journées européennes de développement à Strasbourg des 15 au 17 novembre, le Directeur Général Adjoint de la DG Développement et Relations avec les États d’Afrique, Caraïbes et Pacifique de la Commission européenne fait le point pour EURACTIV.fr sur la politique de développement menée par l’UE.

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A l’occasion des journées européennes de développement à Strasbourg des 15 au 17 novembre, le Directeur Général Adjoint de la DG Développement et Relations avec les États d’Afrique, Caraïbes et Pacifique de la Commission européenne fait le point pour EURACTIV.fr sur la politique de développement menée par l’UE.

EURACTIV.fr : L’UE doit doubler son aide au développement entre 2004 et 2010. Pourtant en France, le budget prévu pour l’aide au développement est en dessous des engagements pris. Comment l’UE peut-elle éviter que l’impact de la crise financière sur l’aide au développement ne soit trop important ?

Bernard Petit : Je ne veux pas croire que l’Union européenne ne soit pas capable de respecter ses promesses en matière de développement. Il serait paradoxal de baisser l’aide maintenant que les temps seront les plus difficiles surtout pour les plus pauvres. L’aide est un investissement profondément rentable pour tous, européens, africains et même au delà.

Les pays de l’Union européenne sont certes confrontés à une situation interne difficile, de crise financière et économique. Mais il n’y a pas de crise plus grave que les 1,4 milliards de personnes  vivant avec moins de 1,25 dollars par jour. A l’heure où les pays en développement sont déjà gravement touchés par la crise alimentaire qui sévit depuis plusieurs mois, et par une conjoncture économique défavorable, nous devons plus que jamais honorer nos engagements en matière de financement d’aide au développement. C’est ce qu’ont décidé les ministres européens du développement lors de la réunion qu’ils ont tenue à Bruxelles le 11 novembre, en réaffirmant avec force, en vue de la conférence de Doha, leurs engagements d’aide publique à l’horizon 2010-2015.

Lors d’une conférence organisée par des ONG d’aide au développement à Paris « Regards du monde sur l’Europe », le sentiment général était que l’Europe n’est plus un modèle de développement pour les pays du sud. Les participants ont ajouté que l’Europe devait désormais réinventer ce modèle. Comment expliquez-vous cette prise de positions et qu’en pensez-vous ?

Je suis convaincu que l’Europe reste un modèle de réussite, notamment matière d’intégration régionale et de constructions de projets et politiques communes. Bien sûr, ce modèle n’est pas figé et doit sans cesse se réinventer, et les crises que nous connaissons nous font prendre conscience de ses limites. Mais je suis convaincu que l’Europe reste un modèle unique d’intégration fondé sur la paix, la prospérité et la solidarité. C’est ce qui fonde la valeur ajoutée de la politique de développement de la Commission européenne.  

Que répondez-vous à la critique selon laquelle les règles commerciales et la politique économique menées par l’Europe ne sont pas en accord avec l’aide au développement aux pays du sud ?

Je répondrai que cette critique n’est pas fondée. L’Union européenne est l’espace le plus ouvert pour les pays les plus pauvres avec l’accord « Tout sauf les armes ». Les accords de partenariat économique qu’elle est en train de négocier avec ses partenaires ACP procèdent de la même démarche. Ouvrir l’ensemble de nos marchés à tous les ACP dans un processus de libéralisation asymétrique laissant aux ACP jusqu’à 15 années supplémentaires pour ouvrir les leurs. Sans doute, il convient de faire preuve de flexibilité pendant cette négociation.

Mais ces accords sont plus une opportunité qu’une menace. Ils aideront à  construire des marchés régionaux. Aujourd’hui, il coûte plus cher d’envoyer une tonne de grain de à son voisin que d’envoyer la même tonne de grain en Europe ou aux États-Unis.  En outre, l’UE accompagne la mise en œuvre de ces accords  : elle portera son aide pour le commerce à 2 milliards d’€ par an d’ici à 2010 pour aider les pays en développement à tirer avantage des opportunités de commerce existantes et nouvelles. Mais surtout, l’UE  mettra en œuvre des ressources considérables au service de ces accords  : 1,8 milliards d’euros pour l’intégration régionale, 5 milliards en soutien aux infrastructures, sans compter les « paquets » d’aide au commerce qu’elle met sur pied avec les États Membres.

Louis Michel veut privilégier le jumelage des villes pour améliorer la gouvernance locale. Est-ce le moyen de renforcer la sécurité de la distribution de l’aide au développement ?

Les jumelages constituent une opportunité extraordinaire pour le développement. D’abord par le niveau de ressources qu’ils comportent (en Espagne, 15% de l’APD provient  d’actions de coopération décentralisée ou de jumelage).

Ensuite par l’expertise que les autorités locales du nord peuvent apporter à celles du sud dans les domaines de l’aménagement du territoire, des services de base, de la gestion de l’eau…

Enfin parce qu’ils favorisent des relations entre citoyens de pays, communes et culture différentes, et ce faisant, permettent de briser la peur de l’autre.

C’est pourquoi le Commissaire Louis Michel a tenu à lancer lors des journées européennes du développement une initiative « jumelages pour le Développement ».

Cette initiative est un exemple de la manière dont on peut créer des réseaux, multiplier les expériences, échanger les bonnes pratiques. Elle comprend à la fois un prix récompensant les meilleures expériences de jumelages, un encouragement à créer de nouveaux jumelages par une cérémonie de signatures lors des Journées européennes du développement 2008, avec plus de 100 jumelages qui seront signés, et un point de rencontre entre autorités locales du Nord et du Sud pour faciliter la création de nouveaux jumelages.

Cette initiative vise d’abord et avant tout à encourager les autorités locales à s’impliquer encore davantage dans la coopération au développement. La politique de développement est l’affaire de tous, du niveau local au niveau global. A ce titre, en octobre 2008, la Commission européenne a publié une Communication « Autorités locales, acteurs du développement » qui reconnaît justement l’importance des collectivités territoriales dans le développement, et qui vise à capitaliser et maximiser leur expérience dans ce domaine.