Berlin demande la libération d'un journaliste français lors de ses discussions avec l'Algérie

Ces négociations délicates interviennent à la veille d'un sommet franco-allemand

EURACTIV.com
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président algérien Abdelmadjid Tebboune [Photo : Omer Messinger/Getty Images]

L’Allemagne a évoqué jeudi la détention du journaliste français Christophe Gleizes, dans le cadre de discussions avec le président algérien concernant un accord controversé sur le gaz naturel liquéfié (GNL).

Berlin cherche à accroître ses importations de GNL en provenance d’Algérie, un projet qui a mis en évidence des divergences au sein du gouvernement allemand, car le transport et le traitement de ce combustible génèrent d’importantes émissions de méthane.

Le ministre de l’Environnement, Carsten Schneider, fait pression pour que la prochaine phase de mise en œuvre du règlement européen sur le méthane entre en vigueur comme prévu le 1er janvier 2027, ce qui obligerait les exportations de gaz algérien à se conformer aux normes européennes en matière de méthane, a rapporté le Handelsblatt.

La ministre de l’Économie, Katherina Reiche, est toutefois favorable à un report de ces règles plus strictes, invoquant des préoccupations liées à la sécurité d’approvisionnement.

Selon un responsable gouvernemental s’étant confié à Euractiv, les discussions ont également porté sur le cas du journaliste sportif Gleizes, emprisonné en Algérie depuis mai 2024.

En novembre dernier, Gleizes a été condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».

L’organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières a qualifié ce verdict de « condamnation infondée et scandaleuse à l’encontre d’un professionnel confirmé ».

Les accusations découlent d’une correspondance que Gleizes a entretenue en 2015 et 2017 avec le président du club de football JS Kabylie, qui était également affilié à un mouvement politique militant pour davantage de droits pour la population autochtone kabyle.

Il n’est pas certain que Friedrich Merz, le chancelier allemand, parvienne à obtenir sa libération. Le moment choisi pour cette rencontre est néanmoins significatif, puisque le Conseil des ministres franco-allemand débute jeudi, en amont de la visite d’Emmanuel Macron, le président français, à Brühl.

Berlin avait déjà joué un rôle dans la libération du célèbre écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Ce dernier avait été arrêté et initialement placé en détention sans aucune inculpation officielle, avant d’être condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’intégrité territoriale de l’Algérie ».

Après l’appel lancé par l’Allemagne à Abdelmadjid Tebboune, le dirigeant algérien, pour qu’il fasse preuve de clémence envers Sansal, qui souffrait d’un cancer, l’auteur a été libéré deux jours plus tard et a ensuite été reçu par Macron à l’Élysée.

Dans une déclaration ultérieure, Tebboune a indiqué que cette décision doit être comprise comme un geste envers l’Allemagne.

Interrogé lors d’une conférence de presse avec Merz sur la question de savoir s’il accéderait à la demande de grâce, Tebboune a éludé la question, affirmant qu’il ne répondrait pas par respect pour le système judiciaire algérien, et ajoutant qu’il se trouve actuellement en Allemagne, et non en Algérie.

(bw, mm)