« L’Europe, c’est beaucoup plus que la France ou l’Allemagne »
En visite à Paris, le secrétaire d’État aux Affaires européennes polonaises, Miko?aj Dowgielewicz, a présenté à EURACTIV.fr le programme de la présidence polonaise, qui commence le 1er juillet.
En visite à Paris, le secrétaire d’État aux Affaires européennes polonaises, Miko?aj Dowgielewicz, a présenté à EURACTIV.fr le programme de la présidence polonaise, qui commence le 1er juillet.
La Pologne va exercer la présidence tournante de l’UE, début juillet. Que cela signifie-t-il pour vous ?
Ce sera notre première présidence. C’est un immense projet pour le gouvernement de Donald Tusk. Cela permettra de rendre l’Europe plus proche des citoyens polonais. Cela va aussi permettre de moderniser et d’européaniser l’administration de notre pays.
D’un point de vue politique, la Pologne est probablement le pays le plus euro-enthousiaste. La présidence est pour nous l’occasion de montrer combien nous sommes engagés dans l’UE. En ces temps difficiles, nous voulons affirmer que nous avons besoin de plus d’unité et de moins de controverses. Nous voulons en particulier nous assurer que les institutions européennes ne soient pas affaiblies par la crise.
Quelles vont être les priorités de votre présidence ?
Nous espérons que nous ne parlerons plus de mesures d’austérité mais de croissance économique, d’espoir et d’optimisme. C’est ce dont l’économie européenne a besoin.
Pendant notre présidence, nous voudrions, par exemple, mettre en place le paquet législatif sur le marché intérieur, qui sera présenté début 2011. Nous espérons que la Commission fera des propositions complètes, et qui seront une bonne base pour discuter de la croissance économique et des sources de la croissance.
Lors de votre présidence, la zone euro sera encore au centre de toutes les attentions. Prendre la tête de l’Europe sans faire partie de l’eurozone ne va-t-il pas être trop compliqué ?
C’est vrai que dans notre trio de présidence (Pologne, Danemark et Chypre), seul Chypre à l’euro. Bien sûr que c’est un problème. Mais nous sommes pleinement engagés à faire ce nous pourrons pour aider l’euro à se redresser, pour mettre en place le mécanisme de stabilité et la modification du traité si la décision est prise en décembre. Et nous voulons toujours rejoindre la zone euro.
Les négociations pour le budget 2014-2020 commenceront sous votre présidence, après les propositions de la Commission en juin. Quelle sont les ambitions de la Pologne dans ce domaine ?
Pour être honnête, nous avons déjà beaucoup commencé à discuter du budget ! Mais soyons clair, c’est une prérogative de la Commission. Elle a le mandat pour préparer la meilleure proposition possible.
Nous voulons d’abord discuter des priorités et des propositions, puis des chiffres. Contrairement à certains, nous pensons qu’il est important que nous ne mélangions pas ces deux questions. Et nous ne devons pas associer budget national et européen, c’est totalement différent.
Le budget de l’UE est comme un instrument financier, il permet de satisfaire de nombreux objectifs européens. Il n’est pas déficitaire, il n’augmente pas la dette publique. Il est important de ne pas parler du budget européen uniquement en termes de contribution nette. Sinon, les discussions seront très amères.
Quelle est la position de la Pologne sur les deux grandes politiques européennes, la politique agricole commune (PAC) et la politique de cohésion ?
La PAC couvre les objectifs européens. Elle ne concerne pas concerne pas seulement la production agricole, mais aussi l’environnement, le climat et le paysage. Il y a un accord assez fort pour que la PAC reste une politique communautaire, même si quelques ajustements sont nécessaires.
La politique de cohésion est une politique « gagnant-gagnant ». Beaucoup de personnes pensent que cette politique revient à faire l’aumône à un pauvre. Mais c’est aussi un très gros outil d’investissement ! Quand nous construisons des autoroutes en Pologne, elles sont construites par des entreprises espagnoles, autrichiennes, allemandes, néerlandaises… La politique de cohésion nous apporte un développement économique et social. Mais elle apporte aussi du commerce aux pays contributeurs nets.
Je crois qu’il y a aussi d’autres politiques que nous devons poursuivre avec le budget européen : la politique étrangère, le développement, la politique de voisinage, l’élargissement…
La présidence est-elle un moyen de montrer que la Pologne est un pays important de l’UE, qu’il n’y a pas que la France, l’Allemagne, ou le Royaume-Uni ?
L’Europe est vraiment beaucoup plus que le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne. Si vous ne comprenez pas cela, vous ne comprenez pas l’UE. Je pense que les gens oublient parfois qu’au Conseil européen, vous avez 27 dirigeants, tous égaux. A la fin, ils doivent tous accepter la décision.
*Cet entretien a été réalisé en marge d’un événement avec Miko?aj Dowgielewicz, organisé par Notre Europe