« La séparation de la Belgique prendrait 30 ou 40 ans »

Le politologue à l’Université libre de Bruxelles évalue la situation de son pays, qui approche du record du monde d’un État sans gouvernement.

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Le politologue à l’Université libre de Bruxelles évalue la situation de son pays, qui approche du record du monde d’un État sans gouvernement.

Depuis 290 jours, la Belgique a un gouvernement qui gère les « affaires courantes ». Malgré les nombreuses phases de négociations, la situation s’enlise. Comment en est-on arrivé là ?

Les négociations sont aujourd’hui au point mort, et la situation peut donc durer encore longtemps. Cet enlisement est dû à la conjonction de deux processus. D’un coté on tente de former un gouvernement de coalition, entre Wallons et Flamands. Or il leur faut convaincre les autres partis minoritaires de s’allier avec eux, et ce n’est pas une mince affaire.  

De l’autre, depuis sa victoire aux élections de juin 2010, le parti flamand de la N-VA a décidé la mise en place d’une réforme de l’État. Dans l’histoire de la Belgique on rencontre souvent ces périodes de réformes et elles durent généralement plus de deux ans.

Mais je suis optimiste, les deux communautés finiront par trouver un compromis, la question est de savoir quand.

Combien de temps cette situation peut-elle encore durer?

Il y a deux types de solutions, à court et à long terme.

Certains observateurs envisagent une sortie de crise pour 2012, peut-être même plus tard si l’on entend par sortie de crise la formation d’un gouvernement d’exercice. Mais cela veut dire que la scission serait écartée.  

Cette situation pourrait en revanche s’inscrire sur le long terme si l’on veut découper le pays en deux ou en trois. En moyenne, j’estime qu’une séparation totale, c’est-à-dire de la dette d’État, des administrations, des lignes ferroviaires…, prendrait 30 ou 40 ans. 

Les Belges veulent-ils aller jusque là ?

C’est difficile à dire, les réformes de l’État qui se succèdent depuis des années accroissent sans cesse les compétences des régions. A ce rythme, d’ici une trentaine d’années, il n’y aura plus rien  à séparer. Les régions  seront devenues complètement indépendantes sans que l’on ait besoin d’engager un processus de scission.

Actuellement, parmi la population flamande, majoritaire, seul 10 à 12% souhaitent une scission des deux communautés. Et ces chiffres n’ont pas bougé depuis 40 ans, période à laquelle les revendications séparatistes ont commencé à se faire entendre. Ils veulent une plus large autonomie mais pas l’indépendance.

Les manifestations étudiantes de ces derniers jours vous surprennent-elles?

Ce qui se passe en ce moment dans les rues des principales villes belges est très nouveau. Les belges se sont toujours très rapidement mobilisés pour protester contre des problèmes sociaux ou économiques. C’est la première fois qu’une crise politique entraine un tel soulèvement de l’opinion publique.

La présence des étudiants au rang des protestataires ne veut pas dire qu’ils sont davantage politisés que leurs parents, mais simplement que les enjeux ont changé.

La plupart d’entre eux a découvert la politique au travers du clivage qui fait, depuis 2007, la une de tous nos quotidiens. Cette médiatisation sur des problèmes internes est toute nouvelle, la Belgique est plutôt habituée à s’intéresser aux affaires européennes ou mondiales. La jeunesse belge a grandit au milieu de ce bras de fer communautaire, et elle n’a donc aucun mal à se sentir impliquée dans le débat actuel.