« La Tunisie a besoin d’Europe »

Selon le chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), une rupture brutale entre l’UE et la Tunisie n’est pas imaginable, quelle que soit l’évolution politique du pays après la chute de l’ex-président Ben Ali.

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Selon le chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), une rupture brutale entre l’UE et la Tunisie n’est pas imaginable, quelle que soit l’évolution politique du pays après la chute de l’ex-président Ben Ali.

Que vont changer les événements qui se sont déroulés en Tunisie pour l’Europe?

Cela dépend de la situation politique qui va se dégager en Tunisie dans les prochaines semaines. Deux solutions se profilent. 

Première hypothèse : ceux qui étaient compromis dans l’ancien régime réussissent à se maintenir et à élargir le champ politique avec un certain nombre de partis qu’ils auront eux-mêmes labellisés. Dans ce cas, les relations avec l’Union européenne ne seront pas beaucoup modifiées. 

Deuxième solution : on assiste à une véritable rupture avec l’émergence de partis politiques nouveaux et le retour de leaders politiques en exil. Dans cette hypothèse, l’Union européenne, ou certains des pays qui la composent pourraient se retrouvent en porte à faux avec les nouvelles autorités politiques tunisiennes. 

On peut comprendre qu’un certain nombre d’opposants, qui vivaient dans la clandestinité ou en exil, n’aient pas totalement envie de continuer à avoir des relations avec l’Union européenne aussi importantes que celle qu’a entretenu Ben Ali précédemment.

Mais la Tunisie ne peut pas se couper de l’Union européenne…

Non, la Tunisie a besoin d’Europe. Quelle que soit la configuration politique, on ne peut pas imaginer qu’il y ait une rupture brutale. Elle ne serait souhaitable pour personne : ni pour les Tunisiens, ni pour les Européens. 

La Tunisie est étroitement liée à l’Europe, pour son caractère méditerranéen, mais aussi parce que son économie est largement imbriquée avec celle de l’UE.

En revanche, on peut imaginer qu’à moyen terme, la Tunisie oriente une partie de ses échanges économiques avec d’autres parties du monde, au détriment de l’Union européenne.

Qu’a à perdre ou à gagner l’UE dans ce changement?

Dans l’hypothèse probable où ce pays se dote d’un régime d’institutions démocratiques, l’Union européenne, qui pourtant ne s’est pas très bien comportée ces dernières semaines, a tout à gagner. Elle a plus intérêt à avoir ce type de partenaire, plutôt que des dirigeants comme Ben Ali, qui représentent un régime autoritaire, voire dictatorial.

Dans l’histoire de la construction des relations entre l’Europe et la rive sud de la Méditerranée, une question se pose régulièrement : celle de la conditionnalité de l’aide. Il s’agit de lier le versement des aides au respect des valeurs démocratiques, sans pour autant s’ingérer dans les affaires intérieures du pays.  

De ce point de vue, le bilan est lamentable. L’UE n’a jamais réussi à appliquer le concept de conditionnalité. Les responsables européens n’ont pas été suffisamment inventifs ou courageux. 

Cela veut dire que les régimes non démocratiques qui existaient ou qui existent n’ont aucune pression de la part de l’Union européenne.