Le succès de François Hollande sur l'Europe n’est pas assuré

Les desseins du Président sont contrariés par les résultats économiques et la ferveur des égoïsmes nationaux. Député PS, membre de la commission des affaires étrangères, Serge Janquin revient sur cette Europe plus impopulaire que jamais.

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Les desseins du Président sont contrariés par les résultats économiques et la ferveur des égoïsmes nationaux. Député PS, membre de la commission des affaires étrangères, Serge Janquin revient sur cette Europe plus impopulaire que jamais.

La crise aiguë que traverse l’Europe depuis 3 ans sème le doute sur la viabilité du projet. Quelles réactions remarquez-vous sur le terrain ?

L’Europe n’est absolument pas populaire. Sa crédibilité est fragilisée auprès de l’opinion publique, ce qui alimente la montée des extrêmes. Les politiques susceptibles de redonner confiance, comme Erasmus ou le fonds d’aide aux plus démunis, ont été menacées.

Dans ma circonscription, le syndicat intercommunal du Bruaysis a figuré, à une époque, parmi les premiers consommateurs de crédits européens. Nous avons même réussi à financer un cluster. Et malgré tout, le Front national est à 25% dans cette circonscription.

On n’a pas su faire comprendre que l’Europe pouvait servir à quelque chose. On a pourtant mis des panneaux partout, fait des conférences, organisé des visites, mais ces projets ne se traduisent pas forcément par de l’emploi ni du revenu.

Quand vous faites des laboratoires de recherche sur l’acoustique automobile, c’est très important pour soutenir la production en France et Europe, mais les gens n’en voient pas la traduction directe.

La réorientation de l’Europe voulue par François Hollande produit-elle les effets attendus ?

François Hollande a cette volonté tendue d’aller vers l’équilibre entre le sérieux budgétaire et la croissance relancée à l’échelle européenne.

Il appartient à la composante réformiste du PS, quand l'extrême gauche voudrait aller plus vite, plus fort. Quelque part, c’est un peu la même différence qu'entre Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

J’espère qu’il a raison de mener cette politique à la Camus, mais le succès n’est pas assuré. S’il en apporte la preuve, il sera le sauveur. Pour le moment, ce n’est pas fait.

La collaboration plus étroite avec d’autres pays que l’Allemagne fonctionne-t-elle ?

Il a essayé de nouer des solidarités avec certains pays en difficulté qui restent gouvernés par des conservateurs.

Cette collaboration n’est pas évidente. On ne va pas se raconter d’histoires, la parole française en Europe est assez isolée. 

Etes-vous satisfait du compromis trouvé sur le budget européen pour 2014-2020 ?

Au Parlement européen, François Hollande a défendu un compromis de haut niveau d’intelligence sur le budget, il a tenté de rehausser le débat. Or, le compromis auquel le Conseil est parvenu a été nivelé par le bas, fondé sur le retour financier des contributions nationales.

Mais je pense que la fonction de solidarité de l’Europe a été affirmée à travers le programme d’aide alimentaire.

Ce n’était pas forcément le cas lorsqu’il était un succédané de la PAC et qu’il fallait écouler les stocks de produits alimentaires pour soutenir les prix. Le gouvernement précédent avait d’ailleurs accepté la position de l’Allemagne qui prévoyait l’expiration du programme en 2013.

Il y a aussi un débat intéressant avec le Parlement européen. Une flexibilité se dessine, même si ce sera très difficile à expliquer à nos concitoyens. Reste à voir si les eurodéputés reçoivent des consignes de vote… Jusqu’où François Hollande veut-il aller sur la flexibilité et les ressources propres ? Je me pose encore la question.

Serait-il concevable que l’UE s’occupe des politiques macro-économiques pendant que les politiques sociales resteraient déclinées par les Etats ?

On ne peut pas déléguer complètement à l’Europe conservatrice les politiques macro-économiques, ce serait une véritable catastrophe.

C’est pourtant ce qui se passe actuellement (6-pack, 2-pack etc)…

On essaie d’y résister.

Céder plus de souveraineté n’est donc pas souhaitable ?

Je ne suis pas contre la supranationalité, encore faut-il qu’on mesure bien où elle se fait. Je suis vent debout contre le service international de Mme Ashton. C’est coûteux, on met une grande quantité de fonctionnaires à sa disposition, et sa valeur ajoutée par rapport aux diplomaties nationales est nulle.

L’UE prétend avoir des représentations à l’international alors que sa politique étrangère n’est pas définie. Elle a des moyens bien plus importants que ceux de nos représentations nationales, ce qui cause de fortes tensions entre les diplomates.

Il aurait mieux valu avoir une petite équipe d’une cinquantaine de fonctionnaires, capable de faire travailler ensemble les diplomaties nationales, sans se substituer à elles.

Avez-vous l’impression que les députés nationaux se tiennent au courant de ce qui se passe à Bruxelles ?

J’ai la chance d’être un député du Pas-de-Calais, Bruxelles n’est pas loin et j’y vais volontiers, car c’est toujours utile et éclairant.

Mais peu de députés français le font. Les députés européens viennent lors des bureaux nationaux du PS, mais ça ne va pas plus loin.

Existe-t-il un moyen de relancer l’idée européenne ?

Il faut avoir des programmes qui donnent du sens, du souffle, qui donnent confiance, montrer qu’on a un projet, qu’on va quelque part, et populariser ce qui fonctionne.

Pour remédier en partie aux égoïsmes nationaux, il faudrait que l’Europe se finance par des ressources propres, comme la taxe sur les transactions financières.

Observez comment fonctionnent les communautés d’agglomération : certaines se financent par la contribution des communes, d'autres bénéficient d’un financement direct en levant l’impôt.  

Dans le premier cas, c’est la croix et la bannière, car le Président doit négocier avec tous les maires le montant de leur contribution et le but est clair : payer toujours moins pour avoir toujours plus de services. Pour les communautés qui peuvent lever l’impôt, c'est beaucoup plus facile.

C’est la même chose avec l’Europe : il y aura des problèmes tant qu’elle n’a pas un financement propre.  

Etes-vous favorable à l’idée d’un impôt européen ?

On pourrait avoir une construction supranationale qui lève l’impôt. Je n’y suis pas hostile, mais le PS ne va pas aussi loin.

Les élections européennes sont dans un peu plus d’un an. Comment vont-elles se passer ?

Je ne les sens pas bien.

L’Europe n’aura pas été réorientée d’ici là ?

Non, pas dans l’image qu’elle renvoie.