Les États membres doivent investir dans la force de réaction aux crises de l’UE, selon un haut responsable militaire
L’UE devrait inciter les États membres à consacrer plus de capacités et de personnel à sa future force de réaction aux crises, a confié Robert Brieger, président du comité militaire de l’Union européenne (CMUE), à Euractiv lors d'un entretien.
L’UE devrait inciter les États membres à consacrer plus de capacités et de personnel à sa future force de réaction aux crises, a confié Robert Brieger, président du comité militaire de l’Union européenne (CMUE), à Euractiv lors d’un entretien.
« Il y a malheureusement un grand nombre de crises [en Europe], la situation s’aggrave au lieu de s’améliorer et nous avons besoin d’un outil pour le déploiement rapide d’une telle force d’entrée », a déclaré le général autrichien.
M. Brieger, président du CMUE — la plus haute instance militaire de l’UE — conseille le chef de la diplomatie de l’Union, Josep Borrell, sur les questions militaires.
La future capacité de déploiement rapide de l’UE (CDR), forte de 5 000 hommes, « est un outil modulaire et évolutif, un petit outil, qui peut être utilisé comme force de première entrée, comme première réponse, pour d’autres à venir par la suite, pour la gestion des crises principalement, en dehors de l’UE ».
La CDR fait partie de la Boussole stratégique de l’UE, la première stratégie militaire du bloc. Elle devrait être opérationnelle d’ici 2025 et servir de force de première intervention en cas de crise en dehors de l’Union, pour l’évacuation des populations, l’acheminement de l’aide humanitaire, le renforcement des capacités ou les missions de maintien de la paix.
Les lacunes
Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour qu’elle devienne opérationnelle. Lors de la première Conférence de génération des forces, « de nombreuses offres ont été prises en compte, mais il y a encore des lacunes, en particulier pour le premier semestre 2025 », a souligné M. Brieger. Et d’ajouter que les responsables européens s’efforceront « de les combler dans les mois à venir ».
Les États membres de l’UE se sont engagés en faveur de cette future force commune après un premier exercice militaire sur les côtes espagnoles en octobre, auquel ont participé dix-neuf des vingt-sept États membres du bloc.
Il pourrait être difficile de traduire les engagements politiques en engagements concrets. « Pour cette initiative, nous avons certainement besoin d’incitations, outre la volonté politique, pour que les États membres adhèrent à ce nouveau système », a déclaré M. Brieger.
Interrogé sur les lacunes identifiées, M. Brieger a répondu qu’elles concernaient « surtout le premier semestre 2025, où il manque un groupement tactique [dans la liste] ».
De manière plus générale, les pays de l’UE doivent augmenter la quantité d’équipement qu’ils peuvent réserver pour la CDR, a-t-il déclaré.
« Nous avons des lacunes en ce qui concerne les instruments stratégiques, par exemple la logistique commune ou le transport stratégique », a-t-il poursuivi, faisant référence à l’absence de solution à long terme pour compléter l’accord avec le Commandement européen du transport aérien (EATC) en cas de besoins de transport à court terme.
Pour que la CDR soit réellement opérationnelle, il sera aussi nécessaire de promouvoir la mobilité militaire sur le continent, c’est-à-dire de faciliter les mouvements de troupes et d’équipements grâce à des infrastructures, des procédures et des formalités administratives réduites.
Encourager les contributions avec des fonds de l’UE
Pour inciter les États membres à consacrer davantage de troupes et d’équipements, le comité militaire de l’UE « réfléchit à une sorte de couverture des coûts communs : une partie des dépenses sera couverte par des ressources financières européennes ».
« La discussion se poursuit actuellement sur la question de savoir dans quelle mesure nous pouvons utiliser la Facilité européenne pour la paix (FEP) ou le budget administratif », a-t-il déclaré.
La FEP est un fonds intergouvernemental utilisé pour fournir des équipements de défense à des États tiers, visant à financer les missions et opérations militaires de l’UE et les exercices de la CDR.
« Nous discutons d’un soutien financier ou d’un certain montant de coûts communs pour les exercices de l’UE, pour les missions et les opérations, ainsi que pour l’utilisation de la CDR », a déclaré le général, ajoutant que l’idée devait être approuvée par les responsables politiques.
Bien que le principe selon lequel les coûts sont répartis là où ils le sont soit la « priorité […] Nous avons besoin d’une incitation pour au moins couvrir certains coûts, par exemple le transport stratégique, les coûts logistiques, le logement, etc., afin que les États membres soient plus enclins à participer que par le passé ».
Une force complémentaire à l’OTAN ?
Le format actuel de la force européenne, les Groupements tactiques de l’Union européenne (GTUE), n’ont encore jamais été utilisés sur le terrain.
Comparée à un groupement tactique, la CDR est plus importante en taille, implique une vue d’ensemble par l’UE du personnel et de l’équipement disponibles dans la liste, combine les forces aériennes, maritimes, cybernétiques, terrestres et spatiales, et est basée sur des scénarios clairs dans lesquels elle pourrait être utilisée.
« Nous n’avons pas utilisé les groupements tactiques parce qu’il n’y avait pas de volonté politique ni de budget suffisant », mais « il y a eu par le passé des occasions et des nécessités de les utiliser et je pense que des occasions ne manqueront pas de se présenter à l’avenir », comme l’évacuation du Soudan après le coup d’État.
Les États membres de l’Est de l’UE, tels que l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne, ont exprimé à maintes reprises leur souhait de préserver le modèle de force de l’OTAN, l’alliance militaire occidentale menée par les États-Unis, et d’éviter de compromettre ses capacités de réaction avec l’UE.
L’un des principaux arguments avancés contre la CDR est qu’un membre de l’UE qui est également un pays allié de l’OTAN ne peut pas affecter le même personnel et les mêmes équipements aux deux organisations et à leurs commandements et les déployer à deux endroits à la fois, conformément au principe du « réservoir unique de force ».
Concrètement, si l’UE cherchait à évacuer l’aéroport de Kaboul, mais que les mêmes troupes françaises figurant sur la liste étaient également appelées à défendre l’Estonie sous le commandement de l’OTAN, Paris devrait alors choisir où envoyer ses troupes. Pour éviter ce problème, le principe du réservoir unique de force prévoit que les troupes et les équipements soient placés sous un seul commandement à la fois.
Interrogé sur la possibilité de contourner ce principe, M. Brieger a déclaré qu’il n’utiliserait pas le terme « contourner » mais que cela reviendrait plutôt à « utiliser intelligemment ou interpréter de manière créative » le principe.
« Je peux imaginer, par exemple, qu’une force affectée à long terme dans le cadre d’une phase de préparation de l’OTAN puisse encore être utilisée à court terme, par exemple pour l’aide humanitaire ou l’assistance, dans le cadre d’une opération au sein de l’UE. »
Le modèle de l’OTAN est basé sur la disponibilité de 300 000 personnes, tandis que celui de l’UE compte 5 000 hommes.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]