« On se dirige probablement vers une grande coalition CDU-SPD »
Chargée de recherche au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC), Isabelle Bourgeois revient sur l’élection régionale en Allemagne et estime que la majorité au Bundesrat pourrait rester entre les mains de la CDU.
Chargée de recherche au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine (CIRAC), Isabelle Bourgeois revient sur l’élection régionale en Allemagne et estime que la majorité au Bundesrat pourrait rester entre les mains de la CDU.
La coalition CDU-FDP d’Angela Merkel a subi une lourde défaite en Rhénanie du Nord-Westphalie. Comment l’expliquez-vous ?
Dans cette élection régionale, ce n’est pas Angela Merkel qui a perdu, c’est la coalition CDU/FDP au gouvernement dans l’État de Rhénanie du Nord-Westphalie qui n’a pas été reconduite. Celle-ci était en difficulté depuis plusieurs mois en raison notamment d’une série de scandales qui lui ont porté préjudice. De plus, elle n’a pas réussi à réduire le chômage structurel, qui s’élève à près de 20% dans certaines parties de la Ruhr. Les électeurs se sont donc avant tout prononcés sur des questions de politique régionale ; le thème en tête des programmes électoraux est celui d’une réforme du système d’enseignement.
La politique nationale a également joué dans l’issue du scrutin, puisque la coalition sortante de Rhénanie du Nord-Westphalie était la même qu’au niveau fédéral –mais de façon secondaire. De même, le cas de la Grèce n’était pas le premier élément non plus dans ces élections, bien que les électeurs du Land soient inquiets eux aussi à l’idée de l’avenir de leur monnaie.
La presse allemande est néanmoins sévère vis-à-vis de la coalition d’Angela Merkel. Le Berliner Zeitung parle même d’un « désastre pour la Chancelière »…
Les électeurs ont demandé indirectement à la coalition d’Angela Merkel de mettre fin à ses disputes et de mener les réformes pour lesquelles elle a été élue. Dans la période actuelle de crise, ils attendent de la visibilité du gouvernement fédéral, car jusqu’à maintenant, le cap politique n’était pas clairement défini.
A la suite de l’élection, la majorité de la coalition d’Angela Merkel est-elle perdue au Bundesrat ?
Du sort des urnes dépend la majorité au Bundesrat, mais jusqu’à maintenant rien n’est fait. La CDU et le SPD sont pratiquement à la même hauteur (34,6% pour la CDU, 34,5% pour le SPD). 6200 voix les séparent et aucun n’a la majorité de 91 sièges au Parlement du Land. Une alliance de la CDU ou du SPD avec les Verts ne représenterait dans les deux cas que 90 sièges. Et dans une perspective de politique « nationale », une coalition avec die Linke [extrême-gauche] dans le plus grand Land de l’ouest serait difficile pour le SPD.
On se dirige donc probablement vers une grande coalition CDU-SPD. Et normalement, le parti arrivé en tête mène les discussions pour parvenir à la constitution d’un gouvernement. Dès lors, la situation au Bundesrat changera uniquement si le ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie est issu du SPD, ce qui n’est pas garanti car la CDU est arrivée en tête et est en droit de réclamer le poste. Mais, le compromis devra certainement faire en sorte qu’aucun des partis ne perde la face, car le SPD considère lui aussi qu’il a gagné l’élection.
Quelles sont les conséquences pour la politique européenne de l’Allemagne ? Angela Merkel a-t-elle la même marge de manœuvre qu’avant ?
Un changement de majorité au Bundesrat est déjà arrivé à de nombreuses reprises, sous Helmut Kohl et Gerhard Schröder notamment. Et les lois ont été adoptées quand même, après de longues procédures de conciliation. Le processus législatif sera peut-être ralenti en matière de politique intérieure. Aussi dans certains dossiers d’importance européenne, comme la politique énergétique. Mais sur les questions européennes fondamentales comme la préservation de la confiance dans la monnaie commune, cela n’aurait guère d’impact.
Aurait-il été plus difficile de voter le plan d’aide à la Grèce avec le nouveau Bundesrat ?
Jusqu’au dernier moment, le SPD au Bundestag affirmait qu’il était contre le plan d’aide. Il y avait une part de posture d’opposition en période d’élection. Les discussions ont été violentes sur la place publique mais face à l’importance du vote, les députés SPD ont finalement accepté le plan.
Il existe un consensus politique assez large en Allemagne sur la nécessité de faire preuve de solidarité vis-à-vis de la Grèce, et que celle-ci doit être assortie de contraintes sévères.
Les positions politiques sont-elles éloignées entre les partis sur la réforme de la gouvernance économique européenne ?
C’est avec la France que la divergence est la plus profonde.En Allemagne, le consensus est assez large. La CDU et le SPD sont d’accord sur la nécessité de renforcer les contraintes du Pacte de stabilité pour éviter de répéter le cas grec et préserver la confiance dans l’euro. Dans tous les cas, les décisions sont toujours prises de façon collective en Allemagne.