Sommet UE-Amérique latine : l’accent sera mis sur le partenariat régional plutôt que l’Ukraine
L’ordre du jour du sommet entre l’UE et l’Amérique latine de cette semaine ne sera pas bouleversé par les préoccupations des Européens sur la guerre en Ukraine. C’est ce qu’a confié l’ambassadeur brésilien auprès de l’UE à EURACTIV.
L’ordre du jour du sommet entre l’Union européenne et l’Amérique latine de cette semaine ne sera pas bouleversé par les préoccupations des Européens concernant la guerre en Ukraine. C’est ce qu’a confié à EURACTIV l’ambassadeur brésilien auprès de l’UE, Pedro Miguel da Costa e Silva.
Ses commentaires interviennent alors que les dirigeants des 33 pays de la Communauté des États latino-américains et des Caraïbes (CELAC) devaient rencontrer leurs homologues de l’UE pour un sommet à Bruxelles lundi et mardi (17-18 juillet).
Selon Pedro Miguel da Costa e Silva, le Brésil et les pays d’Amérique latine et des Caraïbes attendent de ce sommet qu’il se concentre sur les « questions birégionales », a déclaré Pedro Miguel da Costa e Silva.
« Nous sommes une région diverse présentant des besoins divers », a souligné l’ambassadeur brésilien.
Il s’agit de la première réunion de ce type en huit ans. Elle fait suite à des années de distance entre l’UE et la région et au retour du Brésil sur la scène internationale avec l’élection du socialiste Luiz Inácio Lula da Silva à l’automne dernier. Les deux parties ont eu une relation dysfonctionnelle sous la présidence de Jair Bolsonaro.
L’Ukraine n’est pas l’objet du sommet
L’ambassadeur brésilien a souligné que la « question importante de la guerre en Ukraine » pourrait être soulevée lors du sommet et des réunions bilatérales, mais qu’« il est important de dire, tout d’abord, qu’il ne s’agit pas d’un sommet sur l’Ukraine ».
Comme EURACTIV l’a rapporté la semaine dernière, une contre-proposition latino-américaine de projet de déclaration du sommet a été accueillie avec surprise par plusieurs États membres de l’UE, car elle ne contenait plus de formulation explicite sur le soutien à l’Ukraine ou ne mettait plus l’accent sur la protection de l’environnement par les États latino-américains. Ce projet de déclaration était plutôt édulcoré et appelait à des réparations coloniales.
« Le texte de l’UE répondait aux intérêts de l’UE. Bien entendu, les pays de la CELAC ont mis sur la table une contre-proposition [contenant] ce que [ses membres] attendaient des relations avec l’UE », a déclaré M. da Costa e Silva.
« S’il y a eu une surprise du côté de l’UE, il y en a également eu une du côté de la CELAC sur le [projet de déclaration envoyé] par l’UE », a-t-il ajouté.
Alors que certains diplomates européens pensent qu’il est possible qu’il n’y ait pas de déclaration commune à l’issue du sommet après avoir pris connaissance de la contre-proposition de la CELAC, M. da Costa e Silva reste plutôt optimiste, soutenant que les deux parties « devront trouver des termes qui soient acceptables par tout le monde ».
Au cours de l’année écoulée, les Européens ont cherché à renforcer les liens avec leurs partenaires latino-américains afin d’obtenir un soutien en faveur du maintien de l’ordre international fondé sur des règles que la Russie a attaqué en envahissant l’Ukraine.
Condamnant la violation russe de l’intégrité territoriale ukrainienne, M. Lula s’est présenté comme un médiateur en faveur de la paix pour mettre fin à la guerre, en proposant un plan de paix, alors que les dirigeants de l’UE soulignent que seule l’Ukraine peut décider des modalités de cette paix.
Interrogé sur la possibilité que le Brésil clarifie sa position sur la guerre en Ukraine lors des discussions avec les Européens, l’ambassadeur brésilien a indiqué qu’il « ne pensait pas que les Européens allaient demander de clarifier les positions de qui que ce soit [sur cette question] ».
Le Nicaragua est le seul pays d’Amérique latine à avoir voté contre les deux dernières résolutions de l’ONU condamnant l’annexion par la Russie d’oblasts en Ukraine (la Bolivie et Cuba se sont pour leur part abstenus) et appelant à une paix « juste et durable » (la Bolivie, le Salvador et Cuba se sont abstenus).
Stratégie « Global Gateway »
Le Brésil attend du sommet « une nouvelle phase dans les relations birégionales avec l’UE », a déclaré Pedro Miguel da Costa e Silva.
Elle devrait comporter « des propositions et des projets plus concrets : des projets birégionaux qui profitent à nos pays et à nos sociétés et qui sont définis ensemble », a-t-il poursuivi.
L’UE a lancé une série d’investissements dans les infrastructures du monde entier dans le cadre de la stratégie « Global Gateway », un programme de 300 milliards d’euros avec lequel Bruxelles entend offrir aux pays en développement une solution alternative aux largesses stratégiques de la Chine dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative).
Toutefois, cette stratégie européenne « devrait être mieux adaptée aux besoins des pays de la région », a souligné l’ambassadeur du Brésil, laissant entendre que les projets en cours ne répondaient pas aux besoins de la population.
Même si cette stratégie « constitue une bonne idée [et] a du potentiel », les projets au Brésil « n’ont pas été élaborés en collaboration avec le gouvernement brésilien », a-t-il déclaré. En 2023, la Commission européenne a lancé deux projets sur la déforestation et la connectivité 5G.
« J’espère qu’elle sera dotée de plus de ressources et qu’elle sera mise en place conjointement avec nous », a déclaré M. da Costa e Silva, ajoutant que ce point de vue était partagé par d’autres pays de la région.
L’ambassadeur brésilien auprès de l’UE a déclaré que son pays était « très intéressé » par les investissements européens, « que ce soit sous la forme d’investissements directs étrangers ou de partenariats », mentionnant l’énergie propre, le développement durable, la science et la technologie, les infrastructures, les minéraux critiques et la stratégie numérique.
« L’UE a son point de vue sur ce qu’elle veut de sa relation avec l’Amérique latine et les Caraïbes ; nous avons notre point de vue sur ce que nous voulons de notre relation avec l’UE », a-t-il déclaré.
Accord avec le Mercosur
Ce sommet conjoint intervient quelques semaines après que les pays du Mercosur ont annulé les négociations commerciales avec l’UE, à la suite de la présentation par cette dernière d’exigences environnementales supplémentaires.
Il intervient également alors que des parlements se sont élevés contre l’accord, notamment en France et en Allemagne.
Interrogé sur l’impasse, l’ambassadeur du Brésil a déclaré que ces allers-retours faisaient « partie du jeu ».
« Il y aura toujours des partisans de l’accord et des opposants. Beaucoup de personnes possèdent une autre stratégie : certaines disposent d’une stratégie protectionniste, d’autres ne connaissent pas vraiment l’accord, ou le comprennent, mais n’aiment pas les accords en général », a-t-il expliqué.
« En fin de compte, je pense que nous obtiendrons un résultat équilibré et mutuellement intéressant, […] et que nous pourrons adopter cet accord », a-t-il précisé.
Selon l’ambassadeur brésilien, d’autres réunions avec l’UE sont prévues pour la fin juillet et le mois d’août afin de travailler sur l’accord.
Il a déclaré que le Brésil était « motivé et intéressé par un accord équilibré », mais a ajouté que « le concept de travail fondé sur des sanctions et des punitions est quelque chose que nous ne voyons pas d’un bon œil ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]