Viktor Orban rejette l’idée du compromis et de la négociation

Réduction des pouvoirs de la cour constitutionnelle, réaction de l'UE, vigueur de l'opposition... Antonela Capelle-Pogacean, chercheur au CERI Sciences po décrypte les rebondissements politiques récents en Hongrie.

ed72868319619db9b66a2b635b1f9142.jpg
ed72868319619db9b66a2b635b1f9142.jpg

Réduction des pouvoirs de la cour constitutionnelle, réaction de l'UE, vigueur de l'opposition… Antonela Capelle-Pogacean, chercheur au CERI Sciences po décrypte les rebondissements politiques récents en Hongrie.

Pourquoi le gouvernement veut-il à nouveau réduire les pouvoirs de la Cour constitutionnelle hongroise ?

L’histoire du printemps 2011 ne se répète pas, elle se prolonge. La quatrième révision constitutionnelle qui réduit notamment les pouvoirs de la Cour constitutionnelle s’inscrit dans le sillage de l’adoption de la nouvelle Loi fondamentale en février 2011.

Avant son entrée en vigueur, le 1er janvier 2012, et l'année qui a suivi, le gouvernement a fait adopter un certain nombre de lois et de dispositions transitoires.

Elles concernent les églises, la définition de la famille, la publicité électorale uniquement dans les médias publics, l’expulsion, dans certaines conditions, des SDF des lieux publics, l’obligation faite aux étudiants ayant bénéficié de scolarisation gratuite d’exercer pendant un certain nombre d’années en Hongrie… Celles-ci ont été rejetées par la Cour constitutionnelle.

En réaction, le gouvernement a réintroduit ces dispositions, cette fois-ci dans le texte de la Constitution. La majorité des deux tiers au parlement lui a permis de le faire.

La Cour est désormais empêchée de statuer sur le fond en ce qui concerne la Constitution et elle perd en outre le droit de se référer à sa jurisprudence d’avant le 1er janvier 2012 et l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi fondamentale.

Quel est l’enjeu ? Le gouvernement vise-t-il un certain électorat?

Il s’agit en partie de la redéfinition des rapports de force dans la relation entre le Parlement et la Cour constitutionnelle. Construite sur le modèle allemand, cette juridiction avait depuis la fin du communisme un pouvoir important en Hongrie. Or, la majorité actuelle soutient que le Parlement issu des élections doit regagner du pouvoir, par rapport à la Cour.

Le passage en force se nourrit également d’une lecture du post-communisme hongrois comme un échec.

Dans une situation socio-économique difficile et sur une scène politique très clivée où la gauche et la droite ne se parlent plus, cet exécutif ultraconservateur rejette l’idée du compromis et de la négociation pour imposer systématiquement sa volonté et ses valeurs dans tous les domaines.

Les institutions européennes ont réagi plus ou moins sévèrement à l’approche du vote. L’UE a-t-elle une position unifiée sur la Hongrie ?

Les mises en garde de la Commission et du Conseil de l’Europe sont arrivées tard, quelques jours avant le vote des amendements, alors que la révision était discutée depuis un mois. Une position unifiée n’est pas facile à atteindre. Chaque instance européenne a sa propre logique.

Les priorités peuvent se croiser, mais elles ne se confondent pas. La Commission, en tant que gardienne des traités, dispose en outre d’outils politiques relativement limités pour ce type de situation ; elle est beaucoup plus visible lorsqu’il s’agit de veiller au respect de la réduction des déficits qu’à la question des libertés démocratiques.

Il y a un an, le Parlement européen a quant à lui débattu des éventuelles sanctions contre la Hongrie à la suite de ses réformes constitutionnelles et institutionnelles.

Un fort clivage a opposé alors socialistes, Verts et libéraux, très mobilisés contre le gouvernement de Viktor Orbán,  et un Parti populaire européen (PPE) aux critiques beaucoup plus retenues.

Le FIDESZ est bien intégré dans la famille conservatrice, malgré les réticences vis-à-vis de certaines de ses mesures, éprouvées par ses partenaires de la droite européenne. Quant aux eurodéputés d’une gauche hongroise dépourvue d’influence dans le Parlement de Budapest, ceux-ci cherchent à mobiliser dans l’arène européenne. 

Viktor Orbán provoque l’UE, mais il lui obéit aussi. Comment qualifier son positionnement?

Il fait de la politique! Il profite des divisions, mais compte aussi sur les soutiens d'une partie de la droite européenne.

Il est capable de tenir un discours rassurant à Strasbourg ou Bruxelles et fait des compromis sur certains points: sous pression européenne, il a par exemple revu la loi sur les médias.

De la même façon, croyant avoir besoin de l’aide du FMI, il a reculé, en 2012, sur la réforme de la banque centrale hongroise. Il a attendu la fin du mandat de son président pour nommer son ministre de l’Economie à la tête de cette institution. Ce fut chose faite début mars 2013.

Que retient la population hongroise de sa politique ?

De plus en plus critique à l’égard de l’UE, elle peut être séduite par son discours d’indépendance et la défense de la souveraineté nationale.

Mais si la plupart des indicateurs macroéconomiques – la croissance exceptée – sont meilleurs ces derniers temps, le niveau de vie de la population ne  s’est guère amélioré depuis l’arrivée au pouvoir du FIDESZ en 2010, au contraire. Et cela peut compter davantage au moment de juger le bilan de Viktor Orbán. Les merveilles annoncées en termes de création d’emploi ne sont en effet pas arrivées.

Les débats constitutionnels quant à eux n’intéressent pas beaucoup la plupart des Hongrois.

Viktor Orbán l’a bien compris : éludant les contestations de la gauche sur la révision constitutionnelle, il a préféré communiquer lors de la séance parlementaire consacrée à son vote sur le thème des familles hongroises souffrant de la hausse des prix de l’énergie, après que le tribunal administratif de Budapest a donné raison à des compagnies de gaz qui contestaient la décision du gouvernement de baisser la facture de 10%.

Quel est l’état de l’opposition ?

Les différents partis de gauche et les libéraux restent divisés à un an de la prochaine échéance législative. En même temps, l’opposition est présente dans la rue : plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour demander au Président de la Hongrie d’opposer son véto à la réforme constitutionnelle. 

En novembre et décembre, des milliers d’étudiants avaient manifesté pendant plusieurs semaines contre la hausse des droits de scolarité.

Mais, pour l’instant, l’opposition parlementaire et extraparlementaire n’arrive pas à se rassembler. Si la situation ne changeait pas, la droite au pouvoir pourrait remporter les prochaines élections législatives de 2014, sans obtenir une majorité des deux tiers.