2012, l'Europe organise sa survie

Quelques mots de la Banque centrale européenne en septembre auront permis de stopper, pour le moment, la spirale infernale des marchés. Mais les solutions de long terme doivent encore être discutées. EURACTIV.fr passe en revue les grands évènements de l'année 2012.

/ EURACTIV.fr
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Quelques mots de la Banque centrale européenne en septembre auront permis de stopper, pour le moment, la spirale infernale des marchés. Mais les solutions de long terme doivent encore être discutées. EURACTIV.fr passe en revue les grands évènements de l’année 2012.

2011 fut une année périlleuse sur les marchés. 2012 celle de l’installation de la crise économique et sociale. Après la chute en cascade d’une série de gouvernements et la montée des populismes l’année dernière, les nouvelles équipes ont dû affronter la récession, la hausse du chômage, et les manifestations.

L’Europe s’est coupée en deux : d’un côté le Nord (Allemagne, Finlande, Pays-Bas en tête) fervent défenseur de l’austérité pour retrouver le chemin de la croissance, de l’autre, le Sud (Grèce, Portugal, Espagne, Italie, Chypre) pris à la gorge par des réductions de déficit drastiques, sans stratégie d’avenir. 

ManifEspagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Janvier

Encore sous pression des marchés, les Européens entament l’année 2012 par la signature du traité budgétaire, censé mettre un terme à l’instabilité. Un condensé des mesures déjà adoptées dans le six pack avec une règle d’or qui fixe le déficit à 0,5% du PIB sur 3 ans.

Ratifié sans problème en Allemagne, le texte donnera lieu à d’âpres débats, 9 mois plus tard, en France, et divisera le Parti socialiste, à peine arrivé au pouvoir. 

Traité budgétaire: le PS veut sauver les apparences 

Mars

Ralenti à Bruxelles, le débat sur l’Europe se déplace en France. Pendant la campagne présidentielle, le futur président François Hollande inquiète ses partenaires en confirmant, devant la gauche européenne réunie au Cirque d’Hiver, son intention de renégocier le traité. Opposé à une ligne d’austérité, le socialiste promeut une stratégie de croissance en Europe. 

Juin

Le sommet des 28 et 29 juin marque un tournant dans l’UE et l’attitude française vis-à-vis de l’Allemagne. Secoués par des taux d’intérêt au-dessus de 6%, l’Espagne et l’Italie donnent au nouveau président français une opportunité de montrer son changement de stratégie. 

Hollande Monti

 

 

 

 

 

 

 

Le coup de force des deux pays, soutenus par la France, oblige Berlin à céder du terrain sur la recapitalisation directe des banques par le mécanisme européen de stabilité.

A défaut d’une renégociation du traité, le pacte de croissance de 120 milliards d’euros, voulu par François Hollande, est également acté.   

Sommet européen: l’Espagne et l’Italie accomplissent un tour de force 

La perspective d’une Union bancaire, avec une supervision unique de 6000 établissements, en ordre de marche dès le 1er janvier 2013, est aussi sur la table.

Pour enrayer le péché originel de la création de la monnaie unique, les dirigeants européens décident enfin d’accélérer le rapprochement politique et économique des pays de la zone euro. 

Juillet-Août

Malgré ces annonces, l’instabilité continue d’agiter les marchés. Moody’s dégrade la note italienne, et les propos troublants de Mario Draghi sur le sauvetage de l’euro ne rassurent pas.

Septembre

Mais septembre arriva… Lors d’une conférence de presse censée éclairer les intentions de la Banque centrale européenne pour enrayer les doutes sur la survie de la monnaie unique, le président de l’institution met un coup d’arrêt à l’instabilité monétaire. 

Ce jeudi 6 septembre, Mario Draghi promet le rachat illimité de la dette à court terme des Etats qui en auraient besoin. Les taux d’intérêt et les primes de risque de l’Espagne et de l’Italie refluent, et ne sont pas remontés vraiment depuis lors. 

La BCE rachètera de la dette des Etats qui acceptent les règles du jeu

Le 12 septembre est aussi à marquer d’une pierre blanche. A Karlsruhe, la Cour constitutionnelle allemande donne son aval à la pérennisation du mécanisme européen de stabilité, mis sur pied pour renflouer les Etats en difficulté. 

La Commission européenne, par la voix du commissaire au Marché intérieur Michel Barnier, présente quant à elle son projet de réforme de l’union bancaire, travaillé tout l’été. 

Barnier

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est fondé sur trois piliers : la supervision unique, une garantie des dépôts des épargnants européens, et un mécanisme commun de résolution des faillites bancaires. 

Enfin, quelques heures plus tard, aux Pays-Bas, les populistes reculent dans les urnes. L’UE pousse un ouf! de soulagement.

Octobre

Reste le service après-vente des décisions de juin. Et c’est là que tout se complique. Allemands, Néerlandais et Finlandais rappellent qu’il n’est pas question d’autoriser la recapitalisation directe des banques par le mécanisme européen de stabilité si la supervision bancaire n’est pas en place.

Une fois ce pas franchi, cette opération devra également répondre à des conditions strictes, qu’il reste à définir. Le sommet des 24 et 25 octobre acte le recul du calendrier : la supervision bancaire ne sera pas effective au 1er janvier 2013. 

Chargé par les Etats de mettre sur pied une feuille de route sur l’avenir de la zone euro, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy rend un brouillon au sommet d’octobre.

Budget de la zone euro, représentation parlementaire spécifique, contrat entre les Etats et la Commission pour mettre en place des réformes structurelles…Les premières idées s’installent dans le débat et suscitent la méfiance du Parlement européen. 

La zone euro se cherche un budget

Novembre

Le temps presse sur le budget de lont terme de l’UE. Mais, là encore, la crise économique n’aide pas et les Vingt-Sept sont pour l’instant incapables de se mettre d’accord sur les perspectives financières pour 2014-2020. 

Mise en jambe budgétaire à Bruxelles

Les dirigeants doivent se retrouver dans la capitale belge au début de l’année 2013, probablement en février ou mars, pour tenter de dégager un accord sur le budget. Londres réclame toujours une baisse des dépenses, quand la France défend le niveau actuel pour maintenir un budget agricole conséquent.

Cameron Merkel

 

 

 

 

 

 

 

 

La réforme de la Politique agricole commune pour 2014-2020 est suspendue à ce compromis. Sans cela, les ministres de l’Agriculture, ainsi que le Parlement européen, ont déjà fait savoir que les négociations techniques sur l’avenir de la PAC ne pourront aboutir en 2013. A partir du 1er janvier, la présidence irlandaise devra tout faire pour trouver une issue. 

La présidence irlandaise espère trouver un compromis sur la PAC

Les négociations sur la politique régionale avancent elles aussi laborieusement. 90% de la réforme reste à trancher.

Ces discussion confirment le changement d’alliance de Paris dans le jeu européen. Sans ligne franco-allemande claire, l’échiquier est plus complexe que jamais. 

Sur le budget, la France confirme son changement d’alliance

Décembre

La fin de l’année marque une avancée et un recul pour la zone euro. Contre toute attente, un accord sur la supervision unique des banques est trouvé par les ministres des Finances la veille du sommet des 13 et 14 décembre. La BCE aura un rôle accru en 2014. Et, grâce à de savants calculs, les Allemands préservent un contrôle direct sur leurs banques régionales. 

Mais la réforme de la zone euro prendra beaucoup de temps. Les conclusions du conseil européen ont enterré, pour 2013, les projets d’Herman Van Rompuy. Rendez-vous après les élections allemandes de septembre. Quant au plan de croissance de juin, il n’est toujours pas en place. 

Comme un symbole de l’année 2012 et des difficultés économiques toujours plus grandes, l’Insee a annoncé, jeudi 20 décembre, une croissance quasi nulle en France pour janvier, février et mars.

De son côté, l’Europe a d’ores et déjà les yeux rivés sur l’Italie, où des élections anticipées ont lieu en février.