À l’approche du retour de Donald Trump, l’Europe craint d’être exclue des pourparlers sur l’Ukraine

À quelques jours de l’investiture de Donald Trump, le 20 janvier, les Européens veulent se faire entendre à la table des négociations de paix en Ukraine, mais craignent que leurs voix restent inaudibles.

EURACTIV.com
War in Ukraine Jan 2025
Les dirigeants de Kiev craignent qu’un cessez-le-feu rapide ou un accord de paix, comme l’ont laissé entendre à plusieurs reprises Donald Trump et son entourage, ne se paie au prix fort. [Photo d'illustration d'Esther Snippe pour Euractiv. Crédit photo : Getty Images et Shutterstock]

BRUXELLES — À quelques jours de l’investiture de Donald Trump, le 20 janvier, les Européens veulent se faire entendre à la table des négociations de paix en Ukraine, mais craignent que leurs voix restent inaudibles.

Près de trois ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et alors que le président américain récemment réélu Donald Trump prendra ses fonctions dans une semaine, les Européens se demandent comment ils pourraient peser et ne pas être exclus d’éventuels pourparlers de paix cette année.

Si la Russie contrôle actuellement environ un cinquième du territoire ukrainien, Kiev espère que son inattendue prise de Koursk, sur le territoire russe, renforcera sa position de négociation à l’approche des pourparlers. Les deux parties s’efforcent d’améliorer leurs positions sur le champ de bataille avant l’entrée en fonction de la nouvelle administration Trump le 20 janvier.

Les dirigeants ukrainiens craignent qu’un cessez-le-feu rapide ou un accord de paix, comme l’ont laissé entendre à plusieurs reprises Donald Trump et son entourage, ne se paie au prix fort. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a jusqu’à présent rejeté tout retour rapide à la table des négociations.

La grande majorité des États de l’UE, à l’exception de la Hongrie et de la Slovaquie, s’accorde à dire qu’il est inutile de pousser le président ukrainien à discuter tant que le président russe, Vladimir Poutine, n’a pas manifesté sa volonté de le faire aussi.

Ils sont également convaincus qu’il serait « presque impossible » pour Donald Trump d’exclure l’Europe des décisions sur l’Ukraine, comme l’a affirmé le Premier ministre estonien, Kristen Michal, lors d’une récente interview avec Euractiv.

« Les États-Unis d’Amérique ont à nous aider pour changer la nature de la situation et convaincre la Russie de venir à la table des négociations », a déclaré le président Emmanuel Macron aux ambassadeurs français conviés au palais de l’Élysée la semaine dernière.

« Les Ukrainiens ont à mener des discussions réalistes sur les questions territoriales et eux seuls peuvent les conduire. Et les Européens ont à construire des garanties de sécurité qui seront leurs responsabilités au premier rang », a-t-il ajouté.

Compte à rebours avant l’investiture de Donald Trump

Les diplomates de l’Union européenne (UE) s’inquiètent surtout d’un scénario dans lequel Donald Trump serait tenté d’organiser des discussions bilatérales avec Vladimir Poutine au détriment des Européens.

Au cours des derniers mois, les responsables ukrainiens ont intensifié leurs messages sur le rôle vital du futur président américain, le critiquant rarement ouvertement pour ses commentaires, afin de s’assurer au moins un siège à la table des négociations.

Volodomyr Zelensky lui-même a profité d’une récente interview de trois heures sur un podcast américain pour expliquer la vision de Kiev sur d’éventuelles négociations de paix, attribuant à son futur homologue américain un rôle essentiel pour forcer la Russie à mettre fin à sa guerre.

« Sans les États-Unis, les garanties de sécurité ne sont pas possibles », a réitéré le président ukrainien, reprenant une phrase qu’il avait déjà utilisée après un sommet de l’UE en décembre, sur la nécessité de l’adhésion de Kiev à l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN) en tant que gage de sécurité.

Selon des fonctionnaires au fait du dossier, après sa réélection en novembre, Donald Trump a indiqué à Volodymyr Zelensky et à Emmanuel Macron qu’il incomberait aux Européens de superviser et de garantir un futur cessez-le-feu en Ukraine.

Toutefois, le nouvel envoyé de Donald Trump pour l’Ukraine, Keith Kellogg, qui devait se rendre à Kiev et dans plusieurs autres capitales européennes au début du mois de janvier, a reporté son voyage à après l’investiture.

Les diplomates européens ont considéré qu’il s’agissait d’un premier signal positif, car Donald Trump a semblé s’éloigner, en début de semaine, de son objectif initial de mettre fin à la guerre en 24 heures, en suggérant qu’un délai de « six mois » était un objectif plus réaliste.

Keith Kellogg a réduit de deux mois ce délai pour parvenir à un accord de paix en Ukraine, en déclarant mercredi dernier à Fox News que la nouvelle administration chercherait à négocier une « solution solvable » dans les 100 premiers jours de son mandat.

Le format des pourparlers

L’une des questions clés sera de savoir quel format pourraient prendre les futurs pourparlers et qui pourrait participer aux négociations. Selon les diplomates de l’UE, il n’y a pas encore de projet concret sur le papier.

Mais cela pourrait changer lorsque les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réuniront pour leurs premiers entretiens de l’année le 27 janvier, après l’investiture de Donald Trump.

La plupart des dirigeants de l’UE — mais aussi les Européens de l’Est, plutôt hostiles à la Russie — ont clairement indiqué qu’ils souhaitaient éviter un forum réduit, comme celui des accords dits de Minsk, qui exclurait un large éventail d’intérêts de l’ensemble de l’Union.

La Haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a expliqué le 9 décembre que « l’UE est également prête à prendre le relais si les États-Unis ne sont pas disposés à le faire ».

« Je suis sûre que tous les autres membres, et je l’espère aussi, les États-Unis, sont prêts à continuer à soutenir l’Ukraine », a-t-elle également affirmé en marge des discussions sur la défense de l’Ukraine à la base aérienne de Ramstein, en Allemagne.

Alors que les Européens insistent, auprès de l’entourage de Donald Trump, sur la nécessité de maintenir l’aide militaire américaine pour renforcer la position de négociation de Kiev, les diplomates de l’UE affirment qu’ils ne savent toujours pas si les pourparlers se poursuivront sous la direction des États-Unis, ou s’il faudra s’orienter vers une coalition dirigée par l’Europe.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a rencontré son futur homologue américain dans son complexe de Mar-a-Lago au début du mois, a affirmé qu’elle « ne prévoirait pas un désengagement des États-Unis ».

« En ce qui concerne la paix, Donald Trump est peut-être quelqu’un qui avance vers une solution, mais je ne pense pas que cela signifie l’abandon de l’Ukraine », a-t-elle avancé.

En décembre, les dirigeants de l’UE ont commencé à tâter le terrain concernant les coalitions potentielles, et les fonctionnaires européens s’attendent à ce que ces formats se poursuivent au cours des semaines et des mois à venir, à mesure que les négociations de paix se concrétisent.

Alors que l’Allemagne se dirige vers des élections anticipées et que la France traverse des turbulences politiques internes, le Premier ministre polonais Donald Tusk devrait jouer un rôle clé dans la mise en place d’une coalition européenne autour du soutien à l’Ukraine au cours des six prochains mois, durant lesquels la Pologne assume la présidence tournante du Conseil de l’UE.

Varsovie sera certainement l’exact opposé de son prédécesseur hongrois à ce poste. La « mission de paix » diplomatique solitaire et controversée du Premier ministre Viktor Orbán, qui l’a conduit à Moscou, à Pékin et à Mar-a-Lago, a laissé un arrière-goût amer qui pèsera sur les futurs pourparlers.

Cependant, « l’UE devrait être présente [en tant qu’institution] dans les futures négociations parce qu’elle est l’un des principaux fournisseurs et coordinateurs de l’aide à l’Ukraine », rappelle Marie Dumoulin, directrice du Conseil européen des relations internationales (ECFR) pour l’Europe élargie.

« La question de savoir si d’autres acteurs non européens devraient être présents et s’il est judicieux d’avoir une appropriation plus large du processus — avec, par exemple, la présence de la Chine, de l’Inde ou du Brésil — soulève la possibilité de résultats moins favorables à l’Ukraine », avertit-elle.

Définir les objectifs des négociations

« Pour l’instant, les Européens devraient continuer à dire aux États-Unis que forcer les Ukrainiens à négocier est voué à l’échec, et fera apparaître les États-Unis comme faibles si le résultat est plus bénéfique pour la Russie que pour l’Ukraine et ses partenaires occidentaux », explique Marie Dumoulin.

Selon elle, les Européens devraient faire comprendre qu’il est dans l’intérêt des États-Unis de ne pas entamer ces négociations avec des Européens et des Ukrainiens contrariés, mais d’avoir une position occidentale réellement unie.

Cependant, la plupart des diplomates et des responsables de l’UE admettent qu’une discussion sur ce que les membres souhaitent obtenir de tout type de négociations futures n’a pas vraiment eu lieu.

« Ce n’est pas seulement le fait d’être à la table qui compte, mais le fait d’avoir une idée de la raison pour laquelle on est à cette table et de ce que l’on veut obtenir par le biais d’une négociation », conclut Marie Dumoulin.

[Édité par Anna Martino et Sarah N’tsia]