Adobe annule l’acquisition de 18 milliards d’euros de Figma
Les entreprises américaines Adobe et Figma ont décidé d’annuler un projet de fusion de 18 milliards d’euros qu’elles prévoyaient depuis 15 mois, suite aux inquiétudes des autorités de régulation de l’UE, du Royaume-Uni et des États-Unis.
Les entreprises américaines Adobe et Figma ont décidé lundi (18 décembre) d’annuler un projet de fusion de 18 milliards d’euros qu’elles prévoyaient depuis 15 mois, suite aux inquiétudes des autorités de régulation de l’UE, du Royaume-Uni et des États-Unis.
Le 15 septembre 2022 avait été annoncée l’acquisition par Adobe, société mondiale de logiciels réputée pour ses outils de dessins assistés par ordinateur tels que Photoshop et Illustrator, de Figma, un fournisseur d’outils webs collaboratifs de designs de produits.
La Commission européenne, l’autorité britannique en charge de la concurrence (CMA) et le ministère américain de la Justice se sont tous intéressés à cette fusion, craignant qu’elle n’ait un effet négatif sur le marché des logiciels de conception graphique.
« En combinant ces deux entreprises, le projet d’acquisition aurait mis fin à toute concurrence actuelle et empêché toute concurrence future. Notre enquête approfondie a montré que cela aurait entraîné une hausse des prix, une baisse de la qualité ou un choix réduit pour les clients », a réagi Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive et commissaire à la Concurrence, après l’annonce de l’annulation de l’opération.
La Commission européenne, qui détient la compétence exclusive d’établir les règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché commun de l’UE, a été informée de l’opération par les deux entreprises à la fin du mois de juin, à la suite d’une demande de 16 États membres, dont les plus grands, de procéder à une évaluation en vertu de la directive de l’UE sur les fusions-acquisitions.
À la mi-novembre, la Commission a envoyé à Adobe et Figma une déclaration d’objection à la fusion.
D’après cette déclaration, la Commission est parvenue à la conclusion préliminaire que l’opération était susceptible de restreindre considérablement la concurrence mondiale sur les marchés de la conception interactive de produits, où Figma est un leader mondial, et des outils d’édition vectorielle et d’édition matricielle, où Figma est un concurrent potentiel d’Adobe sur ce marché.
De même, le 14 décembre, l’autorité britannique de la concurrence a averti qu’« aucun ensemble de mesures correctives préservant les caractéristiques essentielles de l’opération ne sera suffisant pour résoudre les problèmes de concurrence [d’Adobe et de Figma] concernant la conception de produits interactifs et l’édition vectorielle et matricielle ».
La Commission avait jusqu’au 5 février 2024, et l’autorité britannique jusqu’au 25 février 2024, pour rendre leurs décisions finales. Toutefois, le fait que la fusion ait été annulée indique que les deux entreprises n’ont pas été en mesure d’élaborer des mesures correctives capables de répondre aux préoccupations des régulateurs.
Ces derniers attendaient en effet « des concessions importantes sous la forme d’une cession structurelle pour autoriser l’opération, et ce n’était pas un prix qu’Adobe pouvait payer », a déclaré Alex Haffner, associé en charge de la concurrence au sein du cabinet d’avocats britannique Fladgate.
Dylan Field, cofondateur et PDG de Figma, a expliqué que « malgré les milliers d’heures passées avec les régulateurs du monde entier à détailler les différences entre nos activités, nos produits et les marchés que nous desservons, nous ne voyons plus de voie vers l’approbation réglementaire de l’opération ».
« Adobe et Figma ne sont pas du tout d’accord avec les récentes conclusions des autorités réglementaires, mais nous pensons qu’il est dans notre intérêt respectif d’aller de l’avant de manière indépendante », a déclaré Shantanu Narayen, président et directeur général d’Adobe.
Adobe et Figma n’ont pour autant pas exclu l’idée d’autres formes de partenariat à l’avenir, selon les déclarations publiques qui ont annoncé l’échec de leur union. Adobe devra néanmoins payer une pénalité d’un milliard de dollars à Figma pour ne pas avoir respecté l’accord.
« Il est important, sur les marchés numériques comme dans les secteurs plus traditionnels, de ne pas se contenter d’examiner les chevauchements actuels, mais aussi de protéger la concurrence future », a conclu Mme Vestager.