Au Parlement, la droite et la gauche se taclent sur la Hongrie
Le premier ministre hongrois Viktor Orban s’est invité dans l’hémicycle strasbourgeois pour expliquer sa politique. Les conservateurs ont refusé de condamner son action, la gauche a fustigé son régime.
Le premier ministre hongrois Viktor Orban s’est invité dans l’hémicycle strasbourgeois pour expliquer sa politique. Les conservateurs ont refusé de condamner son action, la gauche a fustigé son régime.
Indépendance des juges, liberté d’expression, nomination d’un proche du parti d’extrême droite à la tête de l’un d’un théâtre de Budapest… Le débat sur la politique hongroise au Parlement européen en présence du premier ministre Viktor Orban était attendu, mercredi 18 janvier. Sa transformation en opposition frontale entre la droite et la gauche du Parlement européen un peu moins.
« Processus de renouvellement’
Pendant plus de trois heures, tous les groupes politiques à l’exception de la droite du Parti Populaire Européen (PPE) et de l’extrême droite (EFD et Non inscrits), ont tapé à bras raccourci sur la politique menée par le premier ministre hongrois Viktor Orban.
Venu « informer » les parlementaires sur les « intentions du gouvernement hongrois », le premier ministre s’était lui-même invité à Strasbourg, lundi 16 janvier. « Ce qui arrive dans notre pays est un processus de renouvellement passionnant qui était nécessaire et urgent », a déclaré Viktor Orban sur un ton consensuel et presque pacifiste qui contrastait avec son attitude martiale habituelle.
« Il y a une offensive politique contre la Hongrie mais c’est la vie politique », a-t-il même admis devant la presse en répétant qu’il était prêt à tout pour rester dans la « famille européenne. » La réaction du président du groupe PPE, dont Viktor Orban est l’un des vice-présidents, était attendue.
Mais loin de lâcher le chef du gouvernement hongrois, Joseph Daul a salué sa volonté de « rompre avec les orientations politiques du passé », en voulant modifier la dernière « constitution stalinienne de 1949 ». Le texte a pourtant été amendé de nombreuses fois depuis la fin du régime soviétique en 1989. « Mon groupe s’en remet entièrement au jugement de la Commission », a-t-il répété.
« Les eurosceptiques de mon pays tentent de comparer l’UE à l’URSS. Aujourd’hui il est difficile d’éviter la comparaison », a renchérit le député Vytautas Landsbergis (PPE), ancien président de Lituanie.
La situation provoque un malaise dans le groupe. A gauche, certains parlementaires estiment que les conservateurs devraient exclure le Fidesz de leurs bancs.
Politiquement correct de gauche
Après des échanges non concluants avec le gouvernement hongrois au mois de décembre dernier, l’exécutif européen a fini par lancer trois procédures d’infraction contre Budapest, mardi 17 janvier (lire le détail ici).
Le pays a un mois pour indiquer comment il compte assurer l’indépendance de sa banque centrale, de l’autorité de protection des données et revenir sur le nouveau régime de retraite des juges que les détracteurs de la Hongrie soupçonnent d’être un premier pas vers une main mise sur le système judiciaire.
En privé, certains eurodéputés français de l’UMP critiquent l’attitude de la Hongrie et estiment que le pays sera obligé de céder sur le fond. Mais aucun parlementaire ne s’est exprimé dans l’hémicycle sur le sujet.
Sur Twitter, l’eurodéputé français de l’UMP, Arnaud Danjean, tout en condamnant l’attitude « excessive » de l’opposition, a reconnu que la droite était trop « indulgente ».
De son côté, le député polonais Zbigniew Ziobro, membre du groupe eurosceptique EFD, a salué l’action « courageuse » du gouvernement de Viktor Orban qui tente de réformer son régime (…), « de revenir aux valeurs chrétiennes et de parler de la famille dans la Constitution contre le politiquement correct de la gauche ».
Consternant
Les libéraux, la gauche et les Verts ont au contraire attaqué la Hongrie. « Avec un gouvernement comme celui de Viktor Orban, la Croatie ne serait pas entrée dans l’UE », a déclaré le nouveau chef du groupe des sociaux démocrates (S&D) Hannes Swoboda.
Brandissant un texte de 30 pages, le président du groupe des libéraux, le Belge Guy Verhofstadt a quant à lui fait la litanie de toutes les organisations internationales ou ONG qui se sont plaintes des problèmes en Hongrie. « C’est consternant de dire que tout va bien aujourd’hui en Hongrie. Notre assemblée a une responsabilité à assumer vis-à-vis du traité. Nous devons agir (…) et voir si oui ou non il y a un risque clair de violation de nos valeurs », a-t-il lancé.
« Toute l’opinion publique européenne a visiblement mal à la tête, puisque dans tous journaux européens de droite comme gauche il y a un problème hongrois, alors que le premier ministre dit qu’il n’y en a pas », s’est pour sa part emporté le co-président du groupe des Verts Daniel Cohn-Bendit.
Chavez et Castro
« Vous allez dans la direction des Chavez, des Castro et de tous les régimes totalitaires de ce bas monde que nous combattons », a-t-il ajouté avant de tacler directement Joseph Daul. « C’est quand sa propre famille dérape qu’on voit le courage des combattants pour la liberté. » Une comparaison qui a d’ailleurs choqué le président du groupe PPE, selon lequel « celui qui est parfait doit jeter la première pierre ».
Aux journalistes, Viktor Orban a nié le lien entre la « douceur » de son ton et le prêt de 15 à 20 milliards d’euros que le pays négocie actuellement avec le FMI et l’UE pour pouvoir honorer sa dette. « Nous ne demandons pas un prêt à l’UE mais un filet de sécurité au cas où.»
Le premier ministre hongrois doit rencontrer le président de la Commission européenne le 24 janvier. De son côté, la commissaire Neelie Kroes a fait parvenir une lettre au gouvernement du pays au sujet de la liberté des médias.
Le parlement européen a prévu de voter une résolution sur la Hongrie lors de la prochaine session. Reste à savoir si le texte fera référence à l’article 7 qui prévoit une suspension possible des droits de vote au conseil des ministres en cas de violation des valeurs de l’UE.