Baisse surprise des tarifs de rachat du solaire photovoltaïque

Pour la deuxième fois en 2010, le gouvernement a annoncé la réduction des tarifs de rachat par EDF de ce type d’électricité.

EURACTIV.fr
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Pour la deuxième fois en 2010, le gouvernement a annoncé la réduction des tarifs de rachat par EDF de ce type d’électricité.

Les projets professionnels et les grosses installations de solaire photovoltaïque connaîtront une baisse de 12% des tarifs de rachat à partir du 1er septembre ont indiqué, lundi 23 août, les ministères de l’Ecologie et des Finances dans un communiqué. Les particuliers qui disposent de moins de 30m2 de panneaux solaires ne seront pas touchés. Le tarif est maintenu à 58 centimes d’euros par kilowattheures.

Selon le gouvernement, cette baisse vise à éviter les “effets d’aubaine” liés à la spéculation sur ce marché en plein essor. Elle résulte également de « la diminution des coûts d’équipement, qui représentent environ la moitié du coût du projet”, ajoute le communiqué. Elle permet aussi d’éviter une hausse de la facture des particuliers de 60 euros par an, indique un rapport de l’Inspection générale des finances cité par le Figaro du 24 août. Car ce sont bien les clients de l’opérateur qui financent ces économies pour les entreprises ou les particuliers qui investissent dans le photovoltaïque. 

Cette décision suscite le mécontentement des professionnels, qui ont découvert l’arrêté du gouvernement six jours avant la modification. “Une nouvelle fois, le ministre nous sort un arrêté de dernière minute sans vision de long terme pour les opérateurs. Cela va perturber le travail des maîtres d’ouvrage et des industriels”, estime Bruno Gaiddon, responsable du département photovoltaïque de l’association Hespul, membre du Comité de liaison des énergies renouvelables. Même son de cloche du côté du Syndicat des énergies renouvelables, qui ne se dit pourtant « pas opposé à une baisse des tarifs si elle est progressive » et fait l’objet « d’une information du marché suffisamment à l’avance ».
 
« Dizaine de milliers d’investissement »
 
Au mois de janvier, la baisse des tarifs avait au moins été précédée de discussions entre les professionnels et le gouvernement, note le représentant de l’association qui estime que ce genre de décision remet en cause “des dizaines de milliers d’investissements”. “Nous voulons une politique de soutien qui annonce pour les 5 à 10 ans à venir les tarifs et leurs mécanismes d’évolution. L’enjeu est l’implantation de grosses industries sur le territoire français”, explique Bruno Gaiddon. 
 
Selon le communiqué du gouvernement, la France est « très largement en avance » sur la mise en œuvre des objectifs du Grenelle : 1% de la consommation française en 2020. Sans compter que les “tarifs de rachat du photovoltaïque resteront parmi les plus favorables en Europe”, ajoute le texte. L’Allemagne et l’Espagne ont déjà procédé à des diminutions de plus de 15%. Mais les chiffres d’investissement de ces pays dans le secteur sont peu comparables. La France atteindra 1100 mégawatts (MW) installés en 2012 et s’est fixée comme objectif 5400 MW d’investissement à l’horizon 2020. “Cela correspond à ce qu’a installé l’Allemagne l’année dernière”, ironise Bruno Gaiddon. 
 
“Nous voulons à tout prix éviter l’effet Espagne”, explique également Bruno Gaiddon. Ce pays était le premier installateur de photovoltaïque au monde mais une diminution drastique des tarifs de rachat à fait chuter le marché de manière spectaculaire, passant de 2 700 MW en 2008 pour descendre à 70 MW en 2009. 
 
Au mois de juillet, la présidente du directoire d’ERDF, Michelle Bellon, dont l’entreprise est en charge notamment du raccordement au réseau s’était vivement inquiétée des coûts engendrés par le très fort développement de l’installation de panneaux photovoltaïques. De son côté, le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo a craint en juillet les problèmes de “surchauffe” du secteur. “Il y a des gens qui font le nécessaire pour que l’on ne puisse pas mettre en place des mécanismes intelligents, estime quant à lui Bruno Gaiddon. Les Français ont installé 200 MW l’année dernière contre 30 fois plus en Allemagne. Et il n’y a pas de cri d’alarme, comme il peut en avoir en France, sur les problèmes de raccordement au réseau”. 
 
POSITIONS :

« Ce n’est qu’après l’adoption définitive de l’arrêté que les professionnels des énergies renouvelables pourront se prononcer sur le détail précis des modalités de ce texte. Ils rappellent néanmoins que la révision des tarifs intervenue au début de l’année 2010 s’est d’ores et déjà traduite par une baisse allant jusqu’à 30% du tarif d’achat sur certains segments du marché. En l’espace de huit mois, la baisse cumulée du tarif s’élève ainsi pour les grandes installations de toiture intégrée à près de 40%, ce qui remet en cause de nombreux projets », indique le Syndicat des énergies renouvelables dans un communiqué

 
Le PS estime cette décision “très regrettable parce que très dangereuse pour l’ensemble de la filière photovoltaïque. Alors que les acteurs de cette filière réclament une visibilité de long terme, elle leur est aujourd’hui refusée”.
“Cette décision trahit aussi, en filigrane, l’état inquiétant du réseau français, incapable d’accueillir la puissance totale mise à disposition par les producteurs d’énergie solaire », ajoutent les socialistes.