« Un rêve inaccessible » : le tout premier objectif d’électrification de l’UE déjà critiqué
L'objectif de l'Europe visant à doubler la part de l'électricité dans l'économie d'ici 2040 a été jugé « irréalisable »
L’objectif fixé par la Commission européenne, à savoir porter la part de l’électricité à 46 % de la consommation totale d’énergie d’ici 2040, a divisé mercredi les pays de l’UE, tandis que des critiques plus fondamentales se multiplient.
Avec cet objectif, l’exécutif européen vise à développer massivement les pompes à chaleur, les véhicules électriques et d’autres solutions industrielles – allant des chaudières électriques (de très grandes bouilloires) aux torches à plasma et aux fours à arc – dans le but de doubler la part de l’électricité dans le mix énergétique européen.
Mais alors que nombreux sont ceux, notamment les militants pour le climat, à critiquer la Commission pour son manque d’ambition, un diplomate européen a qualifié cet objectif non contraignant de « rêve inaccessible », laissant entendre qu’il est trop ambitieux sur le plan politique.
Une première discussion sur cet objectif, qui s’est tenue mercredi entre les ambassadeurs de l’UE, a révélé un clivage quant à savoir si ce chiffre de 46 % était trop ambitieux ou pas assez, selon des diplomates informés des discussions.
Une critique plus fondamentale est toutefois venue de Londres.
Calculs complexes
L’objectif de 46 % pour la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie est « mathématiquement irréalisable », a affirmé Michael Liebreich, fondateur d’un organisme de recherche désormais connu sous le nom de Bloomberg New Energy Finance, et considéré comme une référence dans ce domaine.
Liebreich met en avant ce qu’il appelle la « final energy fallacy » (illusion de l’énergie finale), qui repose sur la différence d’efficacité entre les appareils fonctionnant aux combustibles fossiles et leurs équivalents électriques, ces derniers ayant tendance à gaspiller beaucoup moins d’énergie.
Même les meilleures chaudières à gaz transforment un kilowattheure (kWh) de gaz en moins d’un kWh de chaleur utilisable. Les pompes à chaleur, en revanche, transforment un wattheure d’électricité en au moins trois wattheures de chaleur en puisant dans l’énergie ambiante. Un pays dont l’infrastructure de chauffage se composerait d’une seule chaudière à gaz et d’une seule pompe à chaleur afficherait ainsi un taux d’électrification de seulement 25 %.
L’analyse de Liebrich suggère que pour atteindre un taux de 46 %, il faudrait que les trois quarts des systèmes de chauffage fonctionnent à l’aide de pompes à chaleur (contre environ 13 % actuellement), et que quatre voitures sur cinq soient entièrement électriques.
L’interdiction par l’UE des nouvelles voitures à essence et diesel à l’horizon 2035 étant actuellement en cours de démantèlement, il semble peu probable que l’on passe immédiatement à la vente exclusive de véhicules électriques, comme cela serait nécessaire. « Nous devons corriger la trajectoire », a déclaré Liebreich.
Une prise de conscience croissante
Euractiv a interrogé cinq fonctionnaires de la Commission ayant participé à la rédaction de la communication sur l’objectif d’électrification au sujet des problèmes liés à l’utilisation de la consommation finale d’énergie comme indicateur.
Lors d’un point presse à Bruxelles, l’un d’entre eux a évoqué « la poursuite des travaux d’ici la fin de l’année en ce qui concerne la base analytique ».
Un autre a concédé qu’aucune solution satisfaisante n’avait encore été trouvée. D’autres ont admis n’avoir jamais entendu parler de la « final energy fallacy » de Liebrich.
Bruce Douglas, qui dirige la Global Renewables Alliance, l’a un jour qualifié de « meilleur indicateur dont nous disposons », qui constituerait dans tous les cas un « signal de marché puissant ».
L’électrification pourrait être inscrite dans l’architecture des objectifs de l’UE pour 2040 dès 2027, à la suite d’une proposition de la Commission visant à réviser son vaste ensemble d’objectifs spécifiques en matière de politique climatique et énergétique pour la prochaine décennie, attendue dans le courant de l’année.
(rh, ow)