Banque centrale européenne : un président pour quoi faire ?
Alors que l’Italien Mario Draghi a remplacé Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE le 1er novembre, EURACTIV.fr vous propose de relire un article publié plus tôt dans l’année et qui fait le point sur le rôle du président de la banque.
Alors que l’Italien Mario Draghi a remplacé Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE le 1er novembre, EURACTIV.fr vous propose de relire un article publié plus tôt dans l’année et qui fait le point sur le rôle du président de la banque.
Comment le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE) est-il nommé ?
Elu pour un mandat de huit ans non renouvelable, le président de la BCE est désigné à la majorité qualifiée par les chefs d’État et de gouvernement européens. Plusieurs étapes viennent politiser, en amont, la désignation finale du candidat.
Les ministres des Finances formulent une recommandation qu’ils soumettent aux 17 gouverneurs des banques centrales nationales, ainsi qu’aux parlementaires européens qui auditionnent le candidat. Les avis recueillis sont simplement consultatifs, mais ils revêtent une dimension politique non négligeable.
Le gouverneur a une vue d’ensemble du fonctionnement de la BCE. La compétence principale de la banque est de veiller à la stabilité des prix à travers un levier précis, le taux directeur. Celui-ci détermine en principe le coût du crédit en Europe, les banques commerciales étant censées répercuter les hausses ou les baisses du taux sur les prêts accordés à leurs clients.
Les décisions prises se font en association avec les trois instances de la BCE : le directoire, le conseil des gouverneurs et le conseil général. Toutes sont présidées par le gouverneur de la banque centrale.
Son portefeuille de compétences s’est légèrement étoffé depuis la création du Conseil européen du risque systémique. Destinée à repérer les risques financiers internationaux, cette institution est en effet chapeautée par le gouverneur de la BCE.
Dans chaque instance où il intervient, le président de la BCE « dirige les débats, tranche et modifie si nécessaire les orientations prises », précise Frédéric Allemand, chercheur à l’ENS et maître de conférences à Sciences Po.
Quelles qualités doit-il avoir ?
Outre le fait d’appartenir à un pays de la zone euro, le candidat doit avoir une expertise dans le domaine monétaire et montrer qu’il est attaché à « la culture de la stabilité », poursuit M. Allemand. Il doit également bénéficier d’une autorité reconnue sur les marchés. « C’est peut-être aussi pour cela que la fonction est plus ouverte aux représentants des grands pays », avance le chercheur.
C’est également un poste où l’exposition à la critique est forte. Les sorties des responsables nationaux sur l’excès d’indépendance de la BCE, le niveau du taux directeur ou l’euro fort sont légion. Avant la crise financière, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué d’étriller Jean-Claude Trichet à chaque remontée du taux directeur.
Aux critiques politiques s’ajoute le contexte économique : la devise européenne a connu un parcours très chaotique en 2010, déstabilisée par le comportement des investisseurs misant sur le défaut de paiement de pays européens très endettés.
Mario Draghi en 2009 ©ANSA
Quelles tâches attendent le président de la BCE ?
En réagissant précocément à la crise, Jean-Claude Trichet termine son mandat avec les honneurs. Mais de nombreuses épreuves attendent le futur gouverneur de la BCE, dont le mandat débute le 1er novembre. « Certains analystes estiment que la BCE a beaucoup prêté et qu’elle devra à l’avenir limiter le montant d’octroi des liquidités pour dégongler son bilan », explique Jérôme Creel, économiste à l’OFCE.
En jeu également, le rachat par la BCE des titres de dettes publiques. Une action qui a jusqu’ici profité à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande, mais qui n’a pas vocation à durer. La situation de la zone euro étant plus que fragile, l’Italien a cependant indiqué qu’il poursuivrait la politique de rachat de dette souveraine.
Reste enfin le taux directeur. Le chaos économique qui frappe l’UE a interrompu la politique d’augmentation du taux annoncée en début d’année. De quoi relancer le débat sur l’impact des décisions de la Banque centrale sur la croissance européenne, même si, pour le moment, certains pays comme l’Allemagne ne veulent absolument pas en entendre parler. Berlin a notamment refusé que la BCE joue un rôle auprès du FESF dans le plan global décidé le 26 octobre à Bruxelles.
Pourquoi l’Italien Mario Draghi est-il déjà critiqué ?
Une ombre plane sur le candidat italien. Ses responsabilités exercées entre 2002 et 2005 au sein de la branche européenne de Goldman Sachs suscitent des doutes à mesure que la polémique enfle sur le rôle de cette banque dans le maquillage de la dette grecque.
Avec Mario Draghi, deux Italiens se retrouvent en outre au sein du directoire, où siège déjà Lorenzo Bini Smaghi qui a pour l’instant refusé de démissionner pour céder sa place à un Français. Le pays sera donc temporairement aux abonnés absents, « à moins qu’il ne prenne le poste de l’Autrichienne, Gertrude Tumpel-Gugerell, qui va se libérer », précise Frédéric Allemand.

