La Première ministre belge réagit à la controverse sur le carnaval d’Alost

Le carnaval d’Alost crée à nouveau la polémique avec des chars antisémites. La Première ministre belge, Sophie Wilmès, juge que les caricatures portent préjudice à l'image de la Belgique.

Réseau EURACTIV
[[EPA/STEPHANIE LECOCQ]]

Le carnaval d’Alost crée à nouveau la polémique avec des chars antisémites. La Première ministre belge, Sophie Wilmès, juge que les caricatures portent préjudice à l’image de la Belgique.

La semaine dernière, le ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, appelait la Belgique à « condamner et interdire » le carnaval d’Alost, qu’il qualifiait de « satire antisémite au vitriol » et de « parade incitant à la haine ».

Le Comité des Juifs américains a de son côté demandé à l’Union européenne d’enquêter sur le carnaval d’Alost.

En 2019, l’UNESCO avait retiré la parade annuelle de la liste du patrimoine culturel mondial, après le défilé de chars représentant des Juifs orthodoxes, des sacs d’argents dans les mains ont défilé.

Cette année, le cortège incluait des personnes déguisées en Juifs avec un corps de fourmi, arborant sur leur dos l’inscription « klaugmier », littéralement « fourmi plaintive », un jeu de mots en dialecte local dont la prononciation ressemble à la traduction néerlandaise du mur des Lamentations.

Au-delà des chars, bon nombre de participants ont eux aussi décidé de se moquer de la polémique en arborant des déguisements qui stéréotypent le judaïsme, comme des nez crochus ou des papillotes, les mèches de cheveux portées les hommes juifs orthodoxes.

Sophie Wilmès, la Première ministre belge, a répondu aux accusations dimanche 23 février. Elle signale que le gouvernement « comprend les réactions provoquées par certains chars et costumes » présents à l’édition 2020 du carnaval.

« Ce n’est pas la première fois que [l’opinion publique] critique ces pratiques, en particulier les caricatures de la communauté juive », déclare-t-elle dans un communiqué de presse.

Sophie Wilmès estime que ces caricatures du carnaval d’Alost portent « préjudice à nos valeurs et à la réputation de la Belgique ».

La Belgique est une démocratie « fondée sur des libertés fondamentales dont fait partie la liberté d’expression », rappelle la Première ministre. « Cette valeur implique notamment la liberté de critiquer, de blasphémer, de caricaturer ».

Elle précise toutefois que « cette liberté évolue dans un cadre légal précis qui vise à protéger les individus du racisme, de l’antisémitisme et des autres discriminations ».

« Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi », ajoute-t-elle.

Des articles de presse belges indiquent que Sophie Wilmès est elle-même d’origine juive. Sa mère, de religion juive, a perdu plusieurs proches pendant l’Holocauste.

Lors d’une conférence de presse tenue ce dimanche, le bourgmestre d’Alost, Christoph D’Haese, a défendu la parade, qu’il considère comme la simple expression du « côté irrévérencieux » de la ville flamande.

Il a aussi taxé de « bizarre » la déclaration de Sophie Wilmès et l’a invitée à assister au cortège de l’année prochaine, pour qu’elle puisse « émettre une opinion qui se base sur des faits ».

« Le carnaval d’Alost doit rester [ce qu’il est] et doit pouvoir se moquer de tout et de tout le monde. Ce n’est pas toujours expliqué à l’étranger, mais [la parade] n’est pas une manifestation antisémite. La censure n’a pas sa place ici », a affirmé le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) au micro de la chaîne VTM.