Les États-Unis estiment que la Belgique a besoin d'un haut responsable chargé de la lutte contre l'antisémitisme
Washington souhaite que chaque pays nomme un envoyé spécial ou un ambassadeur de haut niveau chargé de lutter contre l'antisémitisme
La Belgique – ainsi que d’autres pays européens –subit une pression croissante de la part de Washington pour qu’elle nomme des coordinateurs de haut niveau chargés de protéger les communautés juives et de lutter contre la montée de l’antisémitisme en Europe.
S’exprimant à Bruxelles, Bill White, l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, a formulé cette demande alors que les critiques s’intensifient face à ce que beaucoup considèrent comme un manque de sérieux de la part de nombreux gouvernements européens face à ce problème.
« Nous aimerions que chaque pays nomme un envoyé ou un ambassadeur de haut rang spécifiquement chargé de lutter contre l’antisémitisme », a déclaré White lors d’une conférence organisée la semaine dernière par l’Association juive européenne.
Cette demande constitue le dernier rebondissement en date dans les escarmouches diplomatiques que White mène actuellement avec la Belgique au sujet des mesures de protection accordées aux Juifs.
En février, White avait été convoqué par le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, après avoir accusé le gouvernement d’antisémitisme suite aux poursuites engagées contre des circonciseurs rituels juifs.
La Belgique dispose déjà d’un fonctionnaire au ministère de la Justice dont le rôle est de coordonner les politiques de lutte contre l’antisémitisme.
Isabelle Leclercq, une fonctionnaire belge qui occupe le poste de coordinatrice fédérale, a accordé une interview au quotidien belge De Morgen en février pour annoncer qu’elle existait bel et bien.
Elle a déclaré que, bien qu’il y ait eu une recrudescence des agressions antisémites depuis les attaques du 7 octobre 2023 contre Israël par le Hamas, celle-ci n’était « pas plus importante que dans d’autres pays ».
Mais White souhaite voir ce poste revalorisé, à l’instar d’autres personnalités politiques belges de droite.
Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur, un parti libéral de droite, a déclaré à Euractiv que la Belgique avait besoin de « quelqu’un capable de participer aux débats, d’alerter sur la situation, d’intervenir à la télévision et de prendre des décisions ».
« Je ne suis pas contre cette femme, je ne la connais pas, et c’est peut-être une femme aimable, très compétente et intelligente », a-t-il déclaré. Mais son rôle n’est qu’une « formalité bureaucratique », et en tant que fonctionnaire, elle n’aura jamais le pouvoir de s’opposer au gouvernement, a-t-il ajouté.
Le Premier ministre belge Bart De Wever a proposé d’assurer l’intérim en tant que coordinateur lors d’une rencontre avec des personnalités de la communauté juive à Anvers la semaine dernière.
« Ce n’est pas ce dont nous avons besoin », a rétorqué Michael Freilich, député du parti nationaliste flamand de De Wever. Il est élu à Anvers, où réside une grande partie de la communauté juive du pays.
« Cette dame n’a jamais rendu visite à la communauté juive d’Anvers, elle n’a jamais mis les pieds dans une synagogue, elle ne connaît rien de la communauté juive », a ajouté Freilich.
Freilich et Bouchez ont tous deux reproché aux autres partis politiques belges de retarder la nomination d’une personnalité plus politique, en liant cela à des politiques anti-israéliennes.
L’UE exige que les 27 États membres désignent un envoyé spécial pour lutter contre l’antisémitisme et élaborent également une stratégie.
En ce qui concerne la Commission européenne, la Belgique a satisfait à cette exigence, tandis que la Pologne, Malte, Chypre, la Lettonie, la Finlande, la Slovaquie et la Slovénie ne l’ont pas encore fait.
(bw, mm)