Besson et ses homologues veulent une coopération plus étroite
Les représentants de sept pays ont réaffirmé la nécessité de converger vers une législation européenne mieux harmonisée en matière de lutte contre l’immigration irrégulière, lors d’un séminaire organisé lundi 6 septembre à Paris.
Les représentants de sept pays ont réaffirmé la nécessité de converger vers une législation européenne mieux harmonisée en matière de lutte contre l’immigration irrégulière, lors d’un séminaire organisé lundi 6 septembre à Paris.
Dans un contexte national tendu, ce séminaire sur l’asile et la lutte contre l’immigration irrégulière a réuni le ministre de l’Immigration Eric Besson, son homologue canadien, Jason Kenney, et les représentants de cinq autres pays européens (Belgique, Grèce, Italie, Royaume-Uni et Allemagne). Ces sept pays reçoivent « à eux seuls plus des 50% des demandes d’asile dans le monde », a souligné M. Besson.
Tous ont prôné une « coopération plus étroite » pour lutter contre l’immigration clandestine et ses filières, qui agissent des deux côtés de l’Atlantique. Cette coopération pourrait prendre la forme d’un « groupe de dix » réunissant les ministres des dix principaux pays recevant des demandes d’asile. Ou encore d’une « task force euro-américaine », qu’Eric Besson avait déjà proposée en mai aux ministres du G6 (Allemagne, Espagne, Italie, Pologne, Royaume-Uni, France).
Dans l’optique d’une plus grande coopération, Eric Besson a ainsi déclaré qu’il écrirait « aux ministres concernés pour convier les chefs de leur police à participer à une réunion de lancement fin octobre à Paris ». Cette invitation sera élargie aux « dix principaux pays de destination de la demande d’asile au niveau mondial ».
Législation européenne
Côté UE, les ministres européens souhaitent porter leurs efforts sur l’harmonisation de la législation européenne.
Ils ont rappelé le rôle essentiel du Bureau européen d’appui en matière d’asile, créé en mai 2010, afin que les « vraies » demandes ne soient pas pénalisées et profitent de la tradition d’accueil de leurs pays.
« Pourquoi stigmatiser l’Europe ? », s’est d’ailleurs insurgé Eric Besson. « L’Union européenne n’est pas une forteresse », a-t-il affirmé, tout en rappelant que l’immigration légale est la seule qui permette une véritable intégration.
La lutte contre les filières clandestines constitue donc une priorité sur laquelle les pays peuvent échanger leur expérience. Roberto Maroni a notamment témoigné de l’efficacité de l’accord sur l’immigration, signé en août 2008 entre la Libye et l’Italie. Cet accord a pratiquement éliminé l’immigration clandestine provenant de ce pays, a-t-il expliqué.
La Grèce constitue aujourd’hui la « porte principale des clandestins », a reconnu le ministre grec délégué à la Protection du citoyen, Spiros Vougias. Plus de 82% des clandestins passent en effet par le pays, a-t-il expliqué, appelant à un soutien des États membres. « Avec nos possibilités et nos moyens, nous ne pouvons pas contenir les flux d’immigration », a-t-il répété.
Il a salué le soutien de Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’UE), avec qui les autorités grecques ont créé le 3 août un centre régional pour le sud-est de l’Union européenne. Ce centre, basé à Athènes, surveillera les frontières du pays ainsi que de Malte, de l’Italie et de Chypre et sera opérationnel en octobre prochain.
Problème français
Eric Besson a assuré que les ministres n’avaient « abordé aucune situation nationale particulière » lors du séminaire, sous-entendant ainsi que la question des Roms n’était pas à l’ordre du jour. Un avertissement bien entendu par les différents ministres, qui ne se sont pas exprimés sur le sujet. Un « problème français », a commenté le secrétaire d’État britannique James Brokenshire.
Eric Besson a néanmoins réaffirmé que les retours de Roms dans leur pays d’origine –« exclusivement des retours volontaires »– n’étaient « pas une nouveauté », bien qu’ils aient connu une accélération au mois d’août. « Il n’y a jamais d’expulsions collectives mais des examens cas par cas avec le juge », a-t-il précisé. La France respecte donc bien, selon lui, le droit national et la directive européenne de 2004 sur le droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres.
Le ministre de l’Intérieur italien Roberto Maroni a qualifié cette dernière de « bonne directive ». Selon lui, elle a bien fixé les « limites » au droit d’installation des citoyens européens sur le territoire d’un autre État membre, au delà de trois mois.
Mais Roberto Maroni a considéré qu’il n’y a « pas de sanctions suffisantes dans le cas où ces limites ne sont pas respectées ». Sans préciser davantage la nature des possibles sanctions supplémentaires. M. Maroni a déclaré vouloir en discuter prochainement avec la Commission.
La commissaire européenne chargée des Affaires intérieures Cecilia Malström a assisté à la réunion des ministres, sans toutefois participer à la conférence de presse. « Cela n’avait jamais été prévu », a affirmé son porte-parole à EURACTIV.fr. La commissaire « n’avait pas jugé sa présence nécessaire, puisqu’il s’agit d’une rencontre informelle, et pas un Conseil », a-t-il ajouté.
CALENDRIER
9-10 septembre : Déplacement de Pierre Lellouche et Eric Besson en Roumanie
13-14 septembre : Conférence ministérielle sur l’asile à Bruxelles
1er octobre : Centre régional de Frontex pour le sud-est de l’UE opérationnel