Bosnie-Herzégovine : l'envoyé spécial américain fait pression pour obtenir des réformes longuement attendues

Washington a mandaté un envoyé spécial en Bosnie-Herzégovine pour aider à une réforme électorale et constitutionnelle longtemps retardée dans ce pays des Balkans, sur fond de tensions accrues entre Bosniaques, Croates et Serbes.

EURACTIV Croatie
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M. Palmer se rendra mercredi à Sarajevo avec Angelina Eichhorst, directrice générale pour l’Europe et l’Asie centrale au Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le bras diplomatique de l’UE, afin de discuter de la réforme électorale et constitutionnelle en Bosnie-et-Herzégovine. EPA-EFE/SALVATORE DI NOLFI [[EPA-EFE/SALVATORE DI NOLFI]]

Washington a mandaté un envoyé spécial en Bosnie-Herzégovine (BiH) pour aider à une réforme électorale et constitutionnelle longtemps retardée dans ce pays des Balkans, sur fond de tensions accrues entre Bosniaques, Croates et Serbes.

Avant son voyage à Sarajevo, Matthew A. Palmer, l’envoyé spécial du Département d’État américain pour la réforme électorale en BiH, s’est entretenu avec plusieurs journalistes en Croatie, dont le partenaire local d’EURACTIV, Jutarnji List.

« Dans quelle mesure vais-je insister  ? Assez fortement. Je m’engage à faire tout ce que je peux et les États-Unis s’engagent à faire tout ce qu’ils peuvent faire », a déclaré M. Palmer tout en expliquant son ambition pour cette visite.

Il a ajouté qu’aucun bâton n’était nécessaire, ni celui des États-Unis ni celui de l’UE. Mais cela signifie qu’il n’y a pas non plus de carotte.

M. Palmer se rendra ce mercredi 27 octobre à Sarajevo avec Angelina Eichhorst, directrice générale pour l’Europe et l’Asie centrale au Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le bras diplomatique de l’UE, afin de discuter de la réforme électorale et constitutionnelle en Bosnie-et-Herzégovine.

La Bosnie doit organiser des élections présidentielles et parlementaires en octobre 2022, mais elle doit adopter des amendements à la loi électorale avant la fin de 2021, car aucun changement ne peut être effectué au cours d’une année électorale.

L’un des principaux problèmes est que les dirigeants politiques bosniaques et croates ne parviennent pas à s’entendre sur la manière de choisir un membre de la présidence croate.

Les Croates de Bosnie se plaignent que Željko Komšić, qui est aujourd’hui le membre croate de la présidence tripartite du pays, a été élu avec les voix des Bosniaques, qui sont la nation dominante dans la Fédération croato-bosniaque, l’une des deux entités de la Bosnie d’après-guerre.

« Les États-Unis sont profondément préoccupés par la situation en Bosnie-Herzégovine, les tensions et frictions récentes. Aussi, le Secrétaire d’État [Antony Blinken] m’a demandé de rester engagé, en particulier sur la question de la réforme électorale en Bosnie-Herzégovine, y compris une réforme constitutionnelle limitée et ciblée. C’est une question que le Secrétaire d’État prend très au sérieux », a confirmé M. Palmer.

Les analystes bosniaques accusent les Croates de Bosnie, ainsi que la Croatie, d’être peu constructifs et de s’associer aux Serbes de Bosnie pour défier les Bosniaques et faire obstacle aux réformes.

Deux réunions à haut risque

Le président croate Zoran Milanovic a rencontré mardi (26 octobre) à Zagreb Milorad Dodik, membre serbe de la présidence de la Bosnie-Herzégovine, qui prône ouvertement la sécession des Serbes. En parallèle, Dragan Čović, président du plus grand parti croate de BiH, le HDZ BiH, a rencontré à Belgrade le président serbe Aleksandar Vučić.

Ainsi, les présidents de deux pays voisins, garants de l’accord de paix de Dayton de 1995 qui a mis fin à la guerre en Bosnie, ont rencontré deux leaders ethniques de BiH, mais pas les leaders bosniaques.

Trouver un équilibre entre les préoccupations de la communauté croate et divers arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), en particulier la règle Sejdić-Finci, est le problème le plus difficile à surmonter.

Cet arrêt de 2009 — qui n’a pas été appliqué — avait ordonné à la Bosnie de supprimer les préfixes ethniques lors de l’élection des membres de la présidence.

Jusqu’à présent, seuls les membres des nations dites constitutives — Serbes, Croates et Bosniaques — peuvent se présenter à la présidence interethnique de la Bosnie, qui compte trois personnes.

Si la décision est appliquée, tout citoyen bosniaque, quelle que soit son origine ethnique, pourra être élu à l’un des sièges de la présidence.

« Il est compliqué mais possible de parvenir à un modèle électoral durable qui soit conforme à la fois à l’arrêt de la CEDH et au principe de “un État, deux entités, trois peuples constitutifs”. Cela reste inchangé », a déclaré M. Palmer aux journalistes.

En ce qui concerne la réforme électorale, un accord est nécessaire entre le plus grand parti croate, le HDZ BiH, et le principal parti bosniaque, le SDA.

Mais la réforme constitutionnelle — limitée et ciblée, comme l’a souligné M. Palmer à plusieurs reprises — a également besoin de l’opposition car elle requiert une majorité des deux tiers au Parlement.

« L’accord équilibré soutiendrait la fonctionnalité de la Fédération de BiH (entité croate et bosniaque). Une Fédération de BiH plus forte et plus fonctionnelle contribuerait à stabiliser la situation politique en BiH. Et cela constituerait une sorte de contrepoids à la Republika Srpska (l’entité serbe) sur laquelle repose le système de Dayton », a déclaré M. Palmer.

Les États-Unis et l’UE appliquent un modèle de temps de guerre : l’accord de Washington de 1994 qui a mis fin à la guerre parallèle entre Croates et Bosniaques, ouvrant un espace pour une défaite militaire des Serbes et la paix.

« C’est faisable. Ce n’est pas facile, si c’était facile, ce serait fait depuis longtemps. On demande aux gens de faire des choix et des compromis difficiles », a conclu M. Palmer, ajoutant qu’il était convaincu que les réformes aideraient la BiH à progresser sur la voie de l’Europe.