Bosnie : l’UE et les États-Unis en désaccord sur le prochain représentant international
Bruxelles et Washington divergent de plus en plus sur l'avenir du Bureau du Haut Représentant
PRISTINA – La Bosnie-Herzégovine risque de devenir le nouveau point chaud des tensions transatlantiques, alors que l’UE et les États-Unis s’affrontent pour savoir qui devrait superviser le fragile ordre d’après-guerre du pays, ce qui soulève de nouvelles questions quant à l’unité occidentale dans les Balkans occidentaux.
Le Conseil de mise en œuvre de la paix (PIC), qui supervise l’application de l’accord de paix de Dayton de 1995, devrait se réunir mardi pour discuter de la succession du Haut Représentant Christian Schmidt, selon les médias locaux.
Schmidt a annoncé sa démission en mai, apparemment après avoir subi des pressions de la part de Washington, mais il est resté en fonction dans l’attente de la nomination d’un successeur. Cette nomination intervient alors que Bruxelles et Washington divergent de plus en plus sur l’avenir du Bureau du Haut Représentant (OHR), l’organisme international chargé de superviser l’ordre constitutionnel d’après-guerre en Bosnie.
En vertu de l’accord de paix de Dayton de 1995, la Bosnie a été divisée en deux entités : la Fédération bosno-croate et la Republika Srpska, à majorité serbe, reliées par un gouvernement central faible et un système de partage du pouvoir entre Bosniaques, Serbes et Croates. L’OHR a été créé pour faire respecter cet accord et empêcher la reprise du conflit, mais il est resté en place pendant trois décennies alors qu’il avait été conçu comme une institution temporaire.
Les États-Unis et l’Italie soutiennent le diplomate italien Antonio Zanardi Landi pour ce poste, tandis que plusieurs États membres de l’UE apporteraient leur soutien au diplomate français René Troccaz, qu’ils considèrent comme plus en phase avec le parcours d’adhésion de la Bosnie à l’UE.
Ce différend reflète un désaccord plus large sur l’avenir de la supervision internationale en Bosnie. Washington milite pour une réduction significative du rôle de l’OHR, tandis que l’UE soutient que les conditions nécessaires à la dissolution de cette institution ne sont pas encore réunies.
L’administration Trump a également redéfini la politique américaine à l’égard de la Bosnie, en adoptant une approche plus transactionnelle axée sur les projets d’infrastructure, d’énergie et d’exploitation minière. Plusieurs entreprises liées à des alliés de Trump ont cherché à obtenir des contrats pour des gazoducs de GNL, des autoroutes et l’extraction minière, ce qui soulève des questions quant à leur capacité à tenir leurs engagements.
En octobre dernier, Washington a également levé les sanctions contre l’ancien président de la Republika Srpska, Milorad Dodik, et les membres de sa famille. Dodik, qui entretient des liens étroits avec Moscou et avec l’ancien dirigeant hongrois pro-russe Viktor Orbán, a menacé à plusieurs reprises de faire déclarer l’indépendance de la Republika Srpska par rapport au reste du pays. Il a également accueilli Donald Trump Jr. à Banja Luka, le centre économique et politique de la Republika Srpska.
La commissaire européenne chargée de l’élargissement, Marta Kos, a appelé l’Europe à s’unir derrière « un candidat au poste de prochain Haut Représentant qui fera passer la Bosnie-Herzégovine avant tout ».
Par ailleurs, l’ambassadeur de l’UE, Luigi Soreca, a averti les autorités bosniaques que les futurs projets de gazoducs doivent respecter les règles de l’UE en matière de marchés publics, sous peine de compromettre plus d’un milliard d’euros de financements européens.
L’ambassade des États-Unis à Sarajevo a quant à elle averti qu’elle pourrait « reconsidérer » le rôle de Washington en Bosnie si sa position était ignorée.
Même si le PIC s’accorde sur un candidat, cette nomination pourrait encore raviver la controverse au Conseil de sécurité de l’ONU. Schmidt n’a jamais obtenu l’approbation formelle du Conseil de sécurité, ce qui a permis à la Republika Srpska, à la Russie et à la Chine de continuer à contester la légitimité de son mandat.
(cs, cm)