Combat des chefs entre Van Rompuy et Barroso sur la future Commission

Les ténors de la Commission européenne et du Conseil européen se sont indirectement affrontés mardi (22 avril) à propos de la procédure de désignation du président de la Commission après les élections européennes.

EURACTIV.com
Barroso and Van Rompuy
Barroso and Van Rompuy

Les ténors de la Commission européenne et du Conseil européen se sont indirectement affrontés mardi (22 avril) à propos de la procédure de désignation du président de la Commission après les élections européennes.

Lors d’un entretien avec le Süddeutsche Zeitung le 19 avril, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a exprimé son opposition à l’élection du prochain président de la Commission à partir des têtes de liste des principales familles politiques en compétition aux européennes.

Le Parlement contre « ceux qui décident vraiment »

Herman Van Rompuy a admis que le Parlement européen avait un « rôle important » depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009, mais l’a également nuancé : « Les citoyens comprennent très clairement la différence entre le Parlement européen et ceux qui prennent les vraies décisions. » Le faible taux de participation est significatif à cet égard, a-t-il ajouté.

Ces propos ont fait sortir de leur gonds les eurodéputés engagés dans la campagne électorale visant à succéder à José Manuel Barroso.

Le Parlement européen insiste pour que le chef de file du groupe politique qui remporte le plus de sièges lors des élections en mai devienne le président de la Commission. Toutefois, le traité stipule qu’il incombe au Conseil européen de désigner un candidat en « tenant compte » des résultats des élections et après consultations.

Hannes Swoboda (Autriche), président du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), a qualifié l’entretien d’Herman Van Rompuy de « scandaleux » sur Twitter.

« Il ne comprend manifestement pas le processus démocratique des désignations #EP2014 »

L’Autrichien soutient la campagne du candidat allemand social-démocrate à la présidence de la Commission, Martin Schulz.Les deux autres grands groupes politiques européens ont également mis des figures de proue politiques sur le devant de la scène.L’ancien premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, défend les couleurs du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit et l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt est la tête de liste des libéraux européens (ADLE).

Herman Van Rompuy ne fait pas un secret de son opposition à l’égard du principe de candidat direct à la présidence de la Commission. Étant donné que l’actuel président du Conseil devrait présider un sommet extraordinaire le 27 mai pour analyser les résultats des élections, son point de vue pourrait avoir de lourdes conséquences.

L’ancien ministre belge semble également être en contradiction avec le président de la Commission sur la question. Ce dernier a en effet suggéré qu’il était à l’origine de l’idée de voir les partis européens présenter des têtes de liste pour la présidence de la Commission.

Les deux hauts fonctionnaires font pourtant partie de la même famille politique, le PPE, et aucun d’eux ne souhaitent se présenter pour un nouveau mandat. Pour le Belge, la fin de son mandat européen le 1er décembre prochain sonnera aussi la fin de sa carrière politique. Le Portugais n’a pour sa part pas détaillé ses intentions.

Silence qui en dit long

Le porte-parole du président de la Commission, Jonathan Todd, a esquissé un sourire et marqué un long silence avant de commenter l’entretien d’Herman Van Rompuy, suscitant des rires dans la salle de conférence de presse.

Par la suite, il a expliqué que le président du Conseil avait le droit d’exprimer son point de vue, mais a ajouté que la Commission veillerait à l’application des traités européens en bonne et due forme.

« Je pense toutefois qu’il est prématuré de prendre position sans savoir ce qu’il se passera après les élections », a-t-il précisé.

Les amis politiques de l’actuel président du Conseil voient en lui un médiateur « à la belge », qui pourrait former une coalition au Parlement européen après les élections européennes. En Belgique, c’est le roi qui désigne un médiateur afin de trouver des accords et des coalitions entre les différents partis. Cette pratique permet d’aboutir à la nomination d’un premier ministre.

Surtout les libéraux ont demandé la formation d’une coalition entre les grands groupes politiques afin de garantir la stabilité lors de la prochaine législature. L’ADLE, une force beaucoup plus petite que le S&D et que le PPE, espère ainsi placer son candidat à la présidence de la Commission.