Afflux de migrants à Ceuta : l'Espagne prévoit des tentes humanitaires
Les autorités locales avertissent que Ceuta est exposée à un « risque extrême »
MADRID – Le gouvernement espagnol va installer des tentes humanitaires provisoires à Ceuta afin d’accueillir 1 500 personnes, dans le cadre d’une mesure d’urgence visant à faire face à la crise migratoire à laquelle la ville est confrontée depuis deux semaines.
S’exprimant sur la chaîne de radio Cadena Ser, la ministre chargée des Migrations, Elma Saiz, a déclaré que ces tentes pourraient accueillir davantage de personnes que prévu initialement.
« Une fois que les installations seront opérationnelles, il y en aura davantage. Je ne veux pas fixer de limite », a-t-elle déclaré mardi.
Ni Saiz ni d’autres ministres n’ont précisé ce qu’il adviendrait des migrants encore présents dans la ville, ni combien de temps cette situation allait durer. Les autorités espagnoles affirment que la plupart des 80 000 migrants qui sont entrés dans cette petite ville espagnole d’Afrique du Nord fin juillet sont repartis de leur plein gré.
Pourtant, le ministère de l’Intérieur a revu à la hausse son estimation du nombre de personnes restantes, le portant à 5 000, tandis que le maire de Ceuta, Juan Jesús Vivas, affirme qu’environ 10 000 personnes se trouvent encore dans les rues de la ville, qui ne compte que 84 000 habitants.
Les forces de sécurité ont confirmé à Euractiv que le nombre de migrants se rapproche davantage de l’estimation de 10 000, beaucoup d’entre eux ayant établi des campements le long de la plage.
Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a confirmé que la police a recensé 2 168 mineurs à Ceuta, et que les structures spécialement destinées à accueillir les enfants fonctionnent à pleine capacité.
Le Parti populaire (PP), principal parti d’opposition, a vivement condamné la gestion de la crise par le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, l’exhortant à rejeter toutes les demandes d’asile et à expulser tous les migrants restants vers le Maroc.
« La législation européenne – qui fait partie du droit national – établit que le Maroc est un pays sûr et que, par conséquent, les personnes en provenance du Maroc n’ont pas droit à l’asile en Espagne […] À cet égard, la ligne de conduite à adopter doit être l’expulsion », a déclaré mardi depuis Ceuta Cuca Gamarra, figure de proue du PP.
Cependant, parmi les migrants se trouvent d’importants groupes d’Africains subsahariens, voire des ressortissants afghans et palestiniens, qui, en vertu du droit international, pourraient prétendre à l’asile.
La veille, Vivas, qui appartient lui aussi au PP (centre-droit), a déclaré que la ville reste exposée à un « risque extrême » et menacé d’intenter une action en justice contre le gouvernement central pour « manquement à ses obligations » et pour exiger une résolution urgente de la crise.
Les associations médicales de Ceuta ont mis en garde contre un « effondrement » des services hospitaliers face à cet afflux massif de personnes, tandis que les syndicats de police ont alerté sur une recrudescence de la violence et de l’insécurité dans la ville, invoquant un manque de personnel et de ressources pour faire face à la crise.
(cm)