La Commission durcit le ton face à l’Éthiopie
La Commission européenne se retourne contre un de ses partenaires africains en pressant le gouvernement éthiopien de « se mettre à répondre aux revendications légitimes du peuple ».
La Commission européenne presse le gouvernement éthiopien de « se mettre à répondre aux revendications légitimes du peuple ».
La Commission a décidé de se montrer plus exigeante vis-à-vis d’Addis-Abeba après l’arrestation d’une personnalité d’opposition, Merera Gudina. Celui-ci a été arrêté à son retour d’un voyage lors duquel il avait dénoncé l’état d’urgence. La repression des manifestations contre le gouvernement a déjà coûté la vie à des centaines de personnes.
L’UE a tardé à dénoncer les actions de l’Éthiopie, principal partenaire du bloc et de son nouveaux fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, censé limiter la « migration illégale ». La détention de Merera Gudina à son retour d’Europe semble finalement avoir fait pencher la balance.
« Nous avons exprimé nos inquiétudes en ce qui concerne cette arrestation avec les autorités éthiopiennes », a déclaré une porte-parole de la Commission le 2 décembre. « L’Éthiopie a besoin d’un dialogue politique afin de se mettre à répondre aux revendications légitimes du peuple éthiopien. Nous avons insisté à plusieurs reprises auprès des autorités éthiopiennes pour que l’état d’urgence soit appliqué dans le respect des droits de l’Homme et d’une manière qui serve l’objectif ultime de réformes politiques nécessaires.
« L’arrestation de M. Gudina est contraire au processus de réconciliation et de dialogue que l’UE soutient. Nous appelons les autorités éthiopiennes à clarifier la situation », a conclu la porte-parole.
Amnesty International et Human Rights Watch ont estimé il y a plusieurs mois que plus de 500 personnes étaient mortes dans les 18 mois précédents. Interrogée par EURACTIV, la Commission s’était contentée de souligner que le fonds pour l’Afrique finançait les ONG, et non le gouvernement d’Hailemariam Desalegn. La Commission a donc manifestement décidé de muscler sa réponse.
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Merera Gudina, président du Congrès fédéraliste Oromo (OFC), a été arrêté dans sa résidence d’Addis-Abeba le 30 novembre. Les autorités n’ont pas révélé l’endroit où il est détenu, mais il serait avec trois autres prisonniers, selon Beyenne Petros, président de l’alliance de l’opposition à laquelle appartient l’OFC.
Le gouvernement a confirmé l’arrestation « pour violation de l’état d’urgence » à un média d’État. Des représentants du gouvernement ont expliqué que Merera Gudina était accusé d’avoir rencontré Berhanu Nega, dirigeant d’un groupe interdit, lors de son séjour en Belgique.
En novembre, le leader d’opposition s’est adressé au Parlement européen à Bruxelles, aux côtés de Feyisa Lilesa, champion olympique de course à pied, qui appartient également à l’ethnie des Oromo. EURACTIV a interviewé le sportif, qui estimait le nombre de morts réel à 1 000, et non 500. Berhanu Nega, un activiste de l’opposition condamné à mort, était présent lors de l’événement.
Merera Gudina a vivement critiqué la répression violente des manifestations récentes, d’une ampleur inédite, qui ont mis en difficulté le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), au pouvoir depuis un quart de siècle.
« C’est la première fois qu’ils ciblent les plus hauts niveaux de la hiérarchie. Je ne comprends pas vraiment. Merera a toujours agit de manière pacifique et dans le respect des règles », a déclaré Beyenne Petros, véritable vétéran de la politique éthiopienne.
Lors d’un entretien avec EURACTIV, l’ambassadeur éthiopien auprès de l’UE avait assuré que les manifestations étaient orchestrées par des éléments perturbateurs et nié le bilan avancé par les ONG.
Durant les jeux olympique de Rio, en août, Feyisa Lilesa avait attiré l’attention du monde sue le mouvement anti-gouvernement des Oromos en croisant les bras au-dessus de sa tête, un geste devenu symbole du mouvement de protestations. Le coureur s’’est depuis imposé l’exile.
Des centaines de ses concitoyens ont perdu la vie lors des actes de répression du gouvernement depuis un peu plus d’un an. L’état d’urgence a été déclaré en octobre, peu après la mort de 50 personne dans une bousculade dans la région d’Oromia quand les forces de sécurité ont attaqué une manifestation religieuse au gaz lacrymogène.
Depuis, les chiffres officiels montrent que plus de 11 000 personnes ont été arrêtées dans les régions d’Oromia, d’Amhara et d’Addis Ababa, où se sont concentrées les manifestations. Parmi les personnes arrêtées se trouvent des leaders de petits partis d’opposition, des journalistes et deux bloggeurs. Les autorités éthiopiennes ont déclaré le mois dernier que 2 000 des personnes détenues avait été relâchées après un programme de « rééducation et de conseil ».
Les manifestants protestent surtout contre un système politique qui permet au parti au pouvoir de détenir les 546 sièges du parlement, sur un fonds de sécheresse et de famine. Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn a promis en octobre des réformes électorales, « trop tard » selon Merera Gudina.
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