Confusion des catholiques irlandais sur le traité de Lisbonne [FR]
Les accusations selon lesquelles une organisation caritative irlandaise déforme le contenu du traité de Lisbonne souligne la confusion qui règne chez les électeurs irlandais à propos de ce texte et l’absence de débat de fond en Irlande.
Les accusations selon lesquelles une organisation caritative irlandaise déforme le contenu du traité de Lisbonne souligne la confusion qui règne chez les électeurs irlandais à propos de ce texte et l’absence de débat de fond en Irlande.
Un intransigeant journal catholique irlandais a été accusé par des eurodéputés irlandais d’avoir publié dans ses pages une publicité colportant de fausses accusations contre le traité européen de Lisbonne, alors que les électeurs se préparent à voter à l’occasion d’un second référendum sur le texte le mois prochain.
Le journal catholique « Alive » a dédié une demi-page à une publicité pour Eire go Brach, une organisation caritative peu connue, qui prétend citer l’article 6 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE du traité de Lisbonne.
Dans le cadre du traité de Lisbonne, l’UE peut saisir les économies et les maisons des personnes âgées, en raison de leur santé mentale ou de leur statut financier, met en avant la publicité.
Selon cette annonce, la Charte va automatiquement permettre à l’Etat européen de prendre possession des enfants, des maisons et des économies financières de ces personnes en raison de leur maladie.
L’article 6 du traité est cité dans l’annonce comme permettant une détention légale des personnes afin de prévenir la diffusion de maladies infectieuses ainsi que la détention de personnes qui ne sont pas saines d’esprit (maladie mentale, dépression, Alzheimer, autisme, handicapés), alcooliques, dépendantes (drogues) ou vagabondes (sans abris).
Marian Harkin, eurodéputée irlandaise, a déclaré qu’elle s’inquiétait de voir de telles affirmations trouver une certaine résonance dans l’électorat irlandais.
Elle a dit avoir reçu des appels téléphoniques de travailleurs sociaux en Irlande qui lui ont exprimé leurs inquiétudes quant aux possibles discriminations contenues dans le traité de Lisbonne à l’égard des enfants autistes et handicapés.
S’exprimant face à ses collègues irlandais au Parlement, Mme Harkin a écarté toutes ces affirmations en les qualifiant de non sens, montrant son propre exemplaire de la charte, dans laquelle l’article 6 dispose : Chacun a le droit à la liberté et à la sécurité.
Cette information est utilisée pour terroriser les familles, en particulier les familles avec des enfants autistes ou handicapés, a déclaré Mme Harkin à un groupe d’eurodéputés irlandais favorables au traité de Lisbonne qui se rencontraient au Parlement européen mercredi (9 septembre).
Mme Harkin a affirmé qu’elle avait croisé le fer avec l’éditeur d’Alive, le Père Brian McKevitt de Tallaght à Dublin, à propos d’un éditorial publié en amont des élections du Parlement européen, qui insinuait que l’ADLE, le parti libéral auquel elle appartient, était en faveur de l’avortement. Une affirmation qu’elle et l’ADLE ont rejeté. Mme Harkin a dit qu’elle s’est vu refuser un droit de réponse dans le journal.
Le Père McKevitt a affirmé à EURACTIV qu’il n’avait pas vérifié le contenu de la publicité avant que le journal ne soit imprimé. Le journal, selon son éditeur, ne prend aucune position sur Lisbonne. En ce qui concerne les commentaires de Mme Harkin à propos de l’éditorial de l’an dernier, le prêtre a déclaré que ses réclamations confirment sa conviction que les eurodéputés en faveur de Lisbonne étouffent le débat sur le traité et n’aiment pas voir l’opinion soulever des questions sur la signification concrète du traité.
Le Père McKevitt a dit qu’il était sérieusement préoccupé par le contenu de la charte et de la manière dont elle sera appliquée en pratique. Le catholicisme exerce le pouvoir de subsidiarité, s’est-t-il expliqué, ce qui signifie que le pouvoir doit rester aussi proche du peuple que possible. Mon vote n’est pas encore fixé, a affirmé M. McKevitt, et s’il reste une question qui reste sans réponse pour lui, il votera « non ».
Eire go Braich, qui a placé la publicité, a déclaré partager au plus haut point les inquiétudes du Père McKevitt. Si le droit irlandais est en conflit avec le droit européen, le droit irlandais doit s’effacer et cela est très préoccupant, a déclaré à EURACTIV un porte-parole. Le contenu de la publicité est une citation directe d’une version consolidée du traité publiée par l’Institute for International and European Affairs (IIEA) de Dublin, a affirmé le porte-parole, en faisant référence à la page 310 de sa propre version.
Cette oeuvre caritative a perverti la signification de la charte, a affirmé Peadar ó Broin de l’Institute of International and European Affaires (IIEA). Il confirme que l’IIEA a publié le texte du traité et que c’est le même texte que celui qui est en circulation dans le domaine public. L’encart publicitaire a cité l’explication de l’article 6 qui, selon ó Broin, ne sera pas juridiquement obligatoire. C’est l’interprétation de la signification de l’article par chaque Etat membre dans leurs juridictions respectives. Ce texte n’a aucune force de loi dans aucune juridiction, et devrait être considéré comme un guide, a-t-il dit.
Le document qu’EURACTIV a eu sous les yeux établit clairement que « ces explications ont été préparées à l’initiative du Praesidium. Elles n’ont pas de valeur légale et ne visent qu’à clarifier les dispositions de la Charte.
Je ne pense pas qu’ils se soient montrés très rigoureux en vérifiant leurs citations, a affirmé ó Broin à propos de la publicité, puisque la Charte ne mentionne pas de personnes avec des troubles mentaux, une dépression, Alzheimer, autistes ou handicapées comme cela apparaît dans l’encart publicitaire d’Alive. D’autre part, Eire go Braich a présenté l’explication de l’article comme étant l’article lui-même. C’est une manipulation déformée du contenu de la charte.
Les campagnes irlandaises du « oui » et du « non » se basent sur des points rédhibitoires, d’après ó Broin, et sur ce qu’il ne fait pas, par opposition à ce qu’il fait effectivement. Pas étonnant que les gens soient embrouillées puisque les campagnes n’ont pas de lien réel avec les réformes, a-t-il conclu.