Contrôles aux frontières en Allemagne : quelles répercussions sur la circulation ?
L’Allemagne s’apprête à mettre en place des contrôles à toutes ses frontières terrestres et les perturbations sur la circulation qui pourraient en résulter restent encore difficiles à évaluer. Pour le gouvernement allemand toutefois, elles devraient être négligeables.
L’Allemagne s’apprête à mettre en place des contrôles à toutes ses frontières terrestres et les perturbations sur la circulation qui pourraient en résulter restent encore difficiles à évaluer. Pour le gouvernement allemand toutefois, elles devraient être négligeables.
Lundi 9 septembre, la ministre allemande de l’Intérieur Nancy Faeser (Parti social-démocrate, SPD) a annoncé que l’Allemagne allait mettre en place des contrôles à toutes ses frontières terrestres dans le but de lutter contre l’immigration clandestine. Une décision qui va à l’encontre des règles de l’espace Schengen de libre circulation sans contrôles aux frontières intérieures.
Cette mesure devrait de plus affecter la région la plus interconnectée d’Europe : le carrefour constitué par l’Allemagne, la France et le Benelux, qui formait le cœur originel de l’espace Schengen. Des contrôles seront aussi effectués à la frontière germano-danoise.
Selon les données d’Eurostat de 2020, au moins un habitant sur dix des régions situées le long de ces frontières se rend dans un pays voisin pour travailler, contre un sur seize en moyenne au sein de l’Union européenne (UE).
L’Allemagne espère toutefois que les nouvelles mesures prises par son gouvernement entraîneront peu de perturbations.
« Il sera très important pour nous de coordonner nos activités avec celles de nos voisins et de limiter autant que possible les répercussions sur la vie quotidienne des régions frontalières », a souligné lundi Nancy Faeser. Selon cette dernière, les partenaires européens de l’Allemagne avaient été informés à l’avance des projets de Berlin.
Ce mercredi 11 septembre, un porte-parole du ministère de l’Intérieur a déclaré aux journalistes que les nouveaux contrôles se dérouleraient probablement de la même manière que ceux qui existent depuis des années aux frontières polonaise, tchèque, suisse et autrichienne.
Il ne sera pas question d’arrêter chaque véhicule à des points de contrôle fixes, mais il s’agira de vérifications ponctuelles, lorsque les forces de police ont des « indices de la présence de passeurs », a expliqué le porte-parole.
Pas de « pertes économiques significatives »
Il est donc peu probable que les contrôles marquent un retour au modèle qui prévalait avant Schengen, où chaque voiture était arrêtée. Depuis l’annonce allemande, les voitures continuent pour l’heure de franchir librement les frontières, du Danemark à la France en passant par les pays du Benelux et l’Allemagne.
Lors des contrôles effectués lors des grands évènements sportifs de l’été entre la France et l’Allemagne, les entreprises qui travaillent dans des régions transfrontalières semblent avoir été peu perturbées.
« Nous n’avons pas connaissance de pertes économiques significatives [durant cette période] », a expliqué Frank Huster, directeur général de l’Association des entreprises allemandes de transport de marchandises (DSLV).
L’association allemande des entreprises de l’Est (OA), qui représente les sociétés commerçant avec l’Europe de l’Est, a affirmé à Euractiv que ses membres se sont bien adaptés aux contrôles.
« Cela nuit à l’Union »
Les médias locaux de l’ouest de l’Allemagne ont cependant rapporté que les contrôles sporadiques avaient durant le Championnat d’Europe de football créé des goulots d’étranglement qui ont causé des kilomètres d’embouteillages.
Une situation qui a irrité les travailleurs faisant la navette entre plusieurs pays mais aussi certains responsables étrangers. Le ministre luxembourgeois de l’Intérieur, Léon Gloden, s’est ainsi plaint que les autorités allemandes n’avaient pas respecté certains accords.
Nancy Faeser s’est de son côté félicitée que les contrôles effectués depuis le mois d’octobre avaient permis de refouler 30 000 clandestins, soit parce qu’ils ont été interdits d’entrée, soit parce qu’ils ne demandaient pas l’asile. Si les contrôles se multiplient, ce nombre pourrait augmenter, et donc obliger les pays voisins à accueillir plus de personnes ou à fermer à leur tour leurs frontières.
La coordination entre États membres tant espérée par Nancy Faeser pourrait donc avoir du plomb dans l’aile.
Le ministère de l’Intérieur a également évité de préciser si les véhicules commerciaux seraient concernés par les contrôles. Ce qui a poussé le DSLV et l’OA à souligner que les contrôles aux frontières comportent toujours des risques, tout en espérant une mise en œuvre « mesurée ».
Omid Nouripour, codirigeant des Verts, un partenaire mineur de la coalition gouvernementale allemande (socialistes du SPD, libéraux du FDP, Verts), a involontairement fait écho à cette position en rejetant le durcissement des mesures de l’exécutif demandé par l’opposition.
« Nous sommes eu centre de l’Europe, les camions qui transitent chez nous vont de la Pologne à la France, et de la Suède à l’Italie, […]. Si nous fermons nos frontières, nous contribuerons à ce que les camions s’empilent à la place des exilés », a-t-il déclaré.
« Ce qui pourrait nuire à l’Union européenne », a-t-il conclu.
[Édité par Laurent Geslin]