Corruption : trois eurodéputés piégés par un journal britannique
Le Parlement européen a ouvert une enquête suite aux révélations publiées par un journal britannique, montrant que trois eurodéputés avaient accepté d'être payés 100 000 euros par an à condition de présenter des amendements à certaines législations adoptées à l'assemblée de l'UE.
Le Parlement européen a ouvert une enquête suite aux révélations publiées par un journal britannique, montrant que trois eurodéputés avaient accepté d'être payés 100 000 euros par an à condition de présenter des amendements à certaines législations adoptées à l'assemblée de l'UE.
Au cours d'une enquête de huit mois, des journalistes du Sunday Times se sont fait passer pour des lobbyistes et ont contacté quelque 60 eurodéputés pour tester leur éthique.
Les journalistes voulaient vérifier les allégations selon lesquelles certaines personnalités politiques étaient prêtes à « vendre leurs services » pour faire passer des amendements spécifiques dans la législation de l'UE en échange d'une rémunération, a révélé le journal dimanche (20 mars).
Trois eurodéputés ont mordu à l'hameçon : Ernst Strasser d'Autriche, Adrian Severin de Roumanie et Zoran Thaler de Slovénie.
M. Severin et M. Thaler sont d'anciens ministres des affaires étrangères de la famille socialiste. M. Strasser, quant à lui, est du Parti populaire autrichien de centre-droit et est l'ancien ministre de l'intérieur.
Le Sunday Times a écrit que ce piège révélait l'un des plus grands scandales qui aient jamais eu lieu au cours des 53 années d'existence du Parlement européen.
Selon le journal, M. Severin a écrit un courriel aux journalistes disant : « juste pour que vous sachiez que l'amendement que vous désiriez a été présenté en temps et en heure », avant de leur envoyer une facture de 12 000 euros pour « services de consultant ».
Le Roumain a par la suite insisté sur le fait qu'il n'avait rien fait d' « illégal ou qui aille à l'encontre d'un comportement normal ».
« Je me suis vu offrir un contrat de consultant en tant que membre du conseil des experts internationaux de la firme Tyler Jones, qui s'est révélée être une fausse société », a déclaré M. Severin à l'agence roumaine Mediafax.
« C'est un contrat légal. Nous avons le droit d'être membre de ces conseils consultatifs. Nous pouvons travailler en tant que consultants politiques, notre seule obligation étant de ne pas révéler des informations confidentielles », a-t-il expliqué.
M. Severin a également insisté sur le fait qu'il ne s'était jamais attendu à être payé et que de toute façon, il n'avait pas présenté l'amendement demandé par Tyler Jones.
Lorsque Mediafax lui a demandé si les accusations du Sunday Times selon lesquelles il aurait demandé à être rémunéré 12 000 euros étaient fausses, il a répondu : « Ce n'est pas faux, mais c'était pour autre chose […] J'ai fourni des services de conseil et c'est pour ces services que j'ai accepté d'être payé ».
M. Severin a également affirmé qu'il avait été attaqué pour des positions qu'il avait prises au Parlement et qui, selon lui, en aurait « dérangé plus d'un ».
Le quotidien roumain, Gandul, ainsi que de nombreux blogs, ont publié une vidéo réalisée en caméra cachée par le Sunday Times montrant une conversation entre le journaliste et M. Severin sur laquelle l'eurodéputé accepte d'être payé 12 000 euros pour faire passer des amendements juridiques.
L'AFP a cité le porte-parole du Parlement, Jaume Duch, qui a affirmé que le Parlement venait d'ouvrir une enquête sur ces accusations afin d'établir les faits.
Ernst Strasser a annoncé sa démission et M. Severin a déclaré qu'il envisageait d'attaquer le Sunday Times en justice.
Pour sa part, Zoran Thaler a envoyé une déclaration écrite à EURACTIV expliquant qu'il avait tout de suite réalisé que la société de lobbying n'existait pas et que ses actes avaient pour objectif de découvrir ce qui se cachait derrière cette tentative visant à le discréditer.
Martin Schulz, le dirigeant du groupe S&D, a été cité pour avoir dit qu'il était crucial de rencontrer les deux eurodéputés « le plus tôt possible pour entendre ce qu'ils ont à dire ».
« Un article [de journal] n'est pas une décision de justice », a-t-il déclaré.