L'UE nomme Fitto pour relancer les négociations difficiles entre Chypre et la Turquie

Nicosie souligne que Fitto aura besoin d'un groupe de travail européen à part entière

EURACTIV.com
Raffaele Fitto [Dursun Aydemir/Anadolu via Getty Images]

Avec la nomination de Raffaele Fitto au poste de représentant spécial de la Commission européenne pour la relance des négociations sur le conflit chypriote, l’UE se prépare à jouer un rôle politique majeur dans le conflit gelé le plus ancien d’Europe.

Comme par le passé, l’objectif de l’UE visant à réunifier l’île méditerranéenne pourrait se heurter à la réalité complexe sur le terrain, ce qui risque de poser des difficultés à Ursula von der Leyen, qui a nommé Fitto, l’un de ses cinq vice-présidents exécutifs.

« La présidente de la Commission a chargé Fitto de travailler et de contribuer au processus de règlement dans le cadre des Nations unies, en étroite coopération avec l’envoyée personnelle du secrétaire général de l’ONU pour Chypre, María Ángela Holguín Cuéllar », a indiqué un responsable de l’UE à Euractiv.

L’île est divisée depuis 1974, date à laquelle la Turquie a envahi et occupé la partie nord de Chypre après la tentative de rattachement de l’île à la Grèce par un coup d’État organisé par une junte à Athènes.

Nicosie a ensuite adhéré à l’UE en 2004, malgré la division persistante de l’île. Juridiquement, l’île tout entière fait partie de l’Union, mais l’application du droit européen est suspendue dans les zones qui ne sont pas sous le contrôle effectif de la République de Chypre.

La reprise des négociations est attendue prochainement, toutes les parties reconnaissant qu’une opportunité s’est ouverte suite à la reconnaissance officielle par l’UE du rôle de la Turquie dans l’architecture européenne de défense et de sécurité.

Tout ne se passe toutefois pas sans heurts, car Chypre continue d’empêcher Ankara de participer pleinement au programme de défense de l’UE Security Action for Europe (SAFE).

L’une des principales missions de Fitto consistera à instaurer un climat de confiance entre toutes les parties concernées, y compris les communautés chypriotes grecque et turque.

Un diplomate européen a déclaré que Fitto est un bon choix, l’Italie entretenant traditionnellement de bonnes relations avec Ankara.

Il a toutefois déjà reçu un accueil glacial de la part des Chypriotes turcs, qui ont qualifié sa nomination d’« unilatérale et illégitime » et ont remis en cause sa neutralité.

« Cette nomination, effectuée sans avoir obtenu le consentement de la partie chypriote turque, constitue une mesure provocatrice qui révèle une fois de plus la position partiale de l’Union européenne sur la question chypriote », peut-on lire dans un communiqué.

La Turquie a adopté un ton plus modéré, qualifiant cette nomination d’affaire interne à l’UE, tout en appelant Fitto à changer ce qu’elle a qualifié de « position partisane » de l’UE.

À Nicosie, un responsable gouvernemental a salué la nomination de Fitto, soulignant que, contrairement à son prédécesseur Johannes Hahn, il s’agit d’un commissaire européen en activité, ce qui confère à la décision de von der Leyen un poids politique considérable.

Nécessité d’un groupe de travail

Chypre souhaite que Fitto veille à ce que des questions telles que l’économie, l’État-providence et les droits de propriété – alors que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées depuis l’invasion de 1974 – soient prises en compte dans tout accord futur, conformément à l’acquis communautaire, c’est-à-dire l’ensemble des traités européens et autres textes législatifs.

Fitto aura besoin du soutien d’un groupe de travail technocratique, a déclaré un responsable du gouvernement chypriote. Bien que plusieurs tentatives aient été menées pour réunifier l’île, aucune n’a abouti à des résultats tangibles.

Les pourparlers attendus se tiendront selon le format « 5+1 », réunissant les Chypriotes grecs, les Chypriotes turcs, les puissances garantes que sont la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni, ainsi que l’ONU.

La situation pourrait se compliquer pour Fitto, car l’UE a toujours soutenu la création d’une fédération unitaire bizonale et bicommunautaire pour l’île, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l’ONU. La Turquie, en revanche, se montre de plus en plus favorable à une solution à deux États.

(bw, mm)