Défense : les députés britanniques et irlandais prônent une meilleure coopération UE–Royaume-Uni
Les députés de l’Assemblée britannico-irlandaise ont appelé à une meilleure collaboration entre l’UE et le Royaume-Uni en matière de défense en raison de la menace sécuritaire que représente la Russie depuis son invasion de l’Ukraine.
Les députés de l’Assemblée britannico-irlandaise (Irish-British Parliamentary Assembly) ont appelé, mardi (16 mai), à une meilleure collaboration entre l’UE et le Royaume-Uni en matière de défense en raison de la menace sécuritaire que représente la Russie depuis son invasion de l’Ukraine.
Dans son projet de rapport, la commission d’examen des affaires européennes de l’Assemblée parlementaire britannico-irlandaise « appelle à une approche plus collaborative en matière de défense et de sécurité entre le Royaume-Uni, l’Irlande et l’Union européenne, en réponse à la menace russe ».
Lorsque le Royaume-Uni a quitté l’UE, les deux partenaires n’ont pas signé d’accord en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense, comme ils l’ont fait pour le commerce avec l’accord de commerce et de coopération (ACC).
Même si la coopération ne s’est pas arrêtée avec le Brexit, elle a pris forme à huis clos et au cas par cas, mais les partenaires devraient à présent chercher à avoir une relation plus étroite en la matière, selon les députés.
L’Irlande est membre de l’UE et participe activement à sa politique étrangère et de sécurité commune, tandis que le Royaume-Uni est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).
Menaces transfrontalières
Les députés mettent l’accent sur la coopération en matière de menaces transfrontalières, telles que les menaces cybernétiques et hybrides.
« S’il est clair qu’il existe une excellente collaboration sur ces questions entre le Royaume-Uni, l’Irlande et l’UE, et entre l’UE et l’OTAN, certaines vulnérabilités doivent encore être traitées », a déclaré le président de la commission, Darren Millar.
Il a ajouté que l’exposition des infrastructures en mer au large de la côte atlantique de l’Irlande et en mer du Nord et les « menaces croissantes posées par la guerre hybride et les cyberattaques » sont une priorité.
En outre, ces menaces peuvent avoir un impact qui ne se limite pas à une zone géographique.
« Une plus grande collaboration peut être réalisée dans les domaines de la sécurité et de la défense, y compris les risques cybernétiques et hybrides, tout en gardant à l’esprit la neutralité traditionnelle de l’Irlande », peut-on lire dans le rapport.
La commission ajoute que « les approches unilatérales en matière de cybersécurité devraient être évitées, et [il faudrait] encourager un engagement plus fort et le développement de politiques de collaboration au niveau de l’UE, du Royaume-Uni et de l’Irlande ».
Les députés estiment que le Royaume-Uni, l’Irlande et l’UE « devraient coopérer plus efficacement » en matière de protection des infrastructures critiques.
Cette demande fait suite à de récentes annonces « faisant état de tentatives de sabotage et de navires russes positionnés autour de câbles électriques et de communication sous-marins », expliquent-ils.
En effet, une attaque contre une infrastructure critique, telle qu’une éolienne en mer produisant de l’électricité, peut affecter les populations du Royaume-Uni et de l’Irlande, mais aussi celles au-delà de leurs frontières, si le pays et les fournisseurs comptaient exporter cette énergie.
Les Européens ont été secoués l’automne dernier par un sabotage présumé du gazoduc Nord Stream, qui relie la Russie à l’Allemagne, cette attaque ayant prouvé que les infrastructures critiques peuvent facilement être ciblées. À la suite de cela, l’OTAN et l’UE ont commencé à réfléchir à la manière de mieux les protéger à l’avenir.
Le rapport recommande également d’« améliorer le partage d’informations » sur plusieurs questions, dans le but de « rendre la coopération future plus efficace ». À cet égard, les députés citent les sanctions, la cybersécurité et le renseignement financier.
Une coopération ad hoc
Au fil des ans, le gouvernement britannique a clairement fait savoir qu’il s’impliquerait dans les domaines de la politique étrangère commune de l’UE de manière ad hoc uniquement, en se basant sur ses propres intérêts dans chaque situation.
Par exemple, Londres réfléchit actuellement à la manière dont le Royaume-Uni pourrait se joindre aux initiatives de l’UE pour stimuler la capacité de production d’équipements de défense.
Toutefois, un partenariat formel semble peu probable, ont indiqué des sources à EURACTIV.
La manière dont la relation a évolué et se façonne au cas par cas en réponse à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine en février dernier a montré qu’il n’y avait pas nécessairement besoin d’un cadre formellement approuvé, estiment ces sources.
En effet, l’invasion russe en Ukraine a suscité une réponse unie de la part de l’Union européenne, de ses États membres et de ses partenaires, y compris le Royaume-Uni.
La coopération concrète en matière de sécurité s’est avérée efficace pour élaborer des sanctions contre la Russie, créer une politique unifiée entre tous les alliés de l’Ukraine et partager des renseignements de manière informelle.
L’UE et le Royaume-Uni travaillent également en étroite collaboration pour la formation des troupes ukrainiennes sur le sol européen. En effet, des responsables de la mission d’assistance militaire de l’Union européenne en soutien à l’Ukraine (EUMAM Ukraine) et de l’opération Interflex se sont rendus dans les autres pays et ont échangé des informations, des expériences et des leçons tirées de l’expérience.
Afin d’éviter les chevauchements, « il convient d’envisager un accord-cadre de partenariat qui permettrait aux pays tiers, tels que le Royaume-Uni, de participer aux opérations de l’UE », a déclaré l’Assemblée irlando-britannique.
Le Royaume-Uni a également rejoint le projet de coopération structurée permanente (CSP) de la coopération de défense de l’UE afin de faciliter le mouvement transfrontalier des troupes et de l’équipement à l’automne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]