Des citoyens et des experts européens dressent un bilan accablant de Barroso II

EXCLUSIF / L’administration actuelle de la Commission européenne remplit mal ses fonctions après deux ans au pouvoir, ont déclaré plus de la moitié des personnes interrogées lors d’une enquête réalisée par Burson-Marsteller et EURACTIV.

EURACTIV.fr
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EXCLUSIF / L’administration actuelle de la Commission européenne remplit mal ses fonctions après deux ans au pouvoir, ont déclaré plus de la moitié des personnes interrogées lors d’une enquête réalisée par Burson-Marsteller et EURACTIV.

 

 

Sur une échelle de 1 à 10 (allant de « mauvais » à « bon »), 53,6 % des répondants ont attribué à l'exécutif européen la note de 3/10. Quelque 23,1 % ont également attribué à la Commission la note de 1 à mi-parcours de son mandat de quatre ans.

Moins de 1 % lui ont attribué la note de 10/10.

En ce qui concerne les résultats dans chaque domaine politique, aucune réponse médiane ne dépasse 4/10. Les personnes interrogées ont jugé que l'union économique et monétaire était le domaine qui s'en sortait le moins bien.

« Le message adressé à la Commission ainsi qu'aux commissaires pris individuellement est qu'ils doivent faire beaucoup mieux », a déclaré David Earnshaw, le directeur général du cabinet de conseil Burson-Marsteller.

La performance de l'administration semble également s'être détériorée. Environ la moitié (49,4 %) des sondés ont indiqué que la situation s’était détériorée depuis l'année passée. Quelque 22,3 % des 49,4 % ont souligné que la situation s’était « très dégradée ».

Un tiers des personnes interrogées estiment que la Commission remplit mal ses fonctions dans la lutte contre la crise financière et économique. Autant de personnes considèrent également la croissance, l'emploi et la politique sociale comme leurs deux priorités principales.

Quelque 811 personnes ont participé à l'enquête et les personnes interrogées proviennent pour la plupart du monde des décideurs politiques européens, 29.6 % d'entre eux indiquant qu'ils travaillent pour les institutions européennes. Quelque 10,2 % travaillent dans des universités, 11,8 % dans des cabinets de conseil et 13,2 % dans des entreprises. En ce qui concerne leur domaine d'expertise politique, 24,2 % ont cité l'économie, les affaires monétaires et l'euro.

Les répondants appartiennent à toutes les tranches d'âge, un tiers ont entre 31 et 40, et à plusieurs États membres ainsi qu’au reste du monde. La plus grande proportion de personnes interrogées proviennent d’Allemagne (12.9 %) et de Belgique (12,6 %).

Les membres de la Commission

Le président, José Manuel Barroso, et Catherine Ashton, la vice-présidente et haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, ont reçu de loin les pires notes (respectivement 2,5 et 2/10), mais également le plus de notes individuelles.

Joaquín Almunia (concurrence), Olli Rehn (affaires économiques et monétaires) et Janusz Lewandowski (budget) ont chacun obtenu 3,5/10.

Neelie Kroes (stratégie numérique) a obtenu la meilleure note (6/10) et a également été considérée comme la commissaire qui a réalisé le plus de progrès et qui communique le mieux.

Kristalina Georgieva, la commissaire européenne en charge de l'aide humanitaire et de la réaction aux crises, a récolté un 5,5/10.

Malgré la réprobation de l'administration actuelle et de certains de ses membres principaux, la plupart des commissaires (10 sur 27) ont obtenu la note de 5/10.

Et ensuite ?

Quant à la Commission de 2014, les répondants souhaitent que le futur président soit redoutable. Angela Merkel se distingue comme la candidate « préférée » bien que la plupart des personnes interrogées indiquent que le candidat « probable » de centre droit pour 2014 serait M. Barroso.

L'eurodéputé belge libéral Guy Verhofstadt est le président le plus probable pour 2014 et le deuxième en ordre de préférence derrière Angela Merkel.

De manière surprenante, 16,3 % ont indiqué qu'ils souhaitaient que Tony Blair soit le candidat des socialistes. Les sondés ont également jugé que le premier ministre britannique était le deuxième président le plus probable, derrière M. Verhofstadt.

Débat inquiétant, mais très sain

Karel Lannoo, le président-directeur général du Centre for European Policy Studies (CEPS), a indiqué que les résultats étaient « assez inquiétants ». Ces résultats révèlent que la crise économique et financière est devenue une crise de la confiance, « passant de la sphère économique à la sphère politique », a-t-il déclaré à EURACTIV.

M. Lannoo a expliqué que les médias étaient en partie responsables de la mauvaise perception des institutions. Le point de vue des eurosceptiques a par exemple été adopté par plusieurs journaux à grand tirage au Royaume-Uni et le portrait de l'UE est dépeint de plus en plus négativement en Espagne, en Italie et au Portugal, où les mesures d'austérité ont causé des dégâts au taux d'emploi.

Il a toutefois affirmé que l’intensification des discussions autour de l'Europe et le rôle des institutions s’avéreraient enfin « très sains ».

L'opinion publique devrait être plus optimiste en raison de mesures telles que le traité sur le pacte budgétaire, selon M. Lannoo.

« Les choses sont plus positives maintenant […] Les marchés sont plus calmes […] L'opinion publique est derrière les marchés. »

Karel Lanoo a cependant reconnu que les institutions européennes ne parvenaient pas à faire connaître leurs travaux au grand public.

« Nous ne parvenons pas à communiquer à propos de l'Europe », a-t-il indiqué, ajoutant qu'il existait « une cacophonie d’opinions, même au plus haut niveau ». Selon lui, cette « image confuse » est responsable du bouleversement du marché boursier.

Ce politologue a soutenu que les membres de l'exécutif européen ne devraient pas être tenus responsables de leur mauvaise perception de l’opinion publique. Cet exécutif s'est transformé en une sorte de structure similaire au Conseil qui n'est plus dirigée par les commissaires.

« M. Barroso ne peut pas dire ce qu'il veut. Ils [les commissaires] travaillent sur une base très difficile et nous devons nous en rendre compte. »

Cette perception négative des commissaires fait partie d'une tendance plus large, selon Karel Lannoo.

« Regardez en Europe, qui fait mieux [que Barroso] ? La seule qui se démarque, c'est Angela Merkel. Et ces personnes ont plus de pouvoir que Barroso. »

Il ne pense pas que la chancelière allemande s'en sortirait si bien si elle était à la tête d l'exécutif européen.

« Elle a un ministère des finances très fort derrière elle [en Allemagne]. À Bruxelles, elle se sentirait incompétente », a-t-il déclaré, ajoutant que les États membres étaient responsables du manque de pouvoir accordé aux commissaires. C’est également la raison pour laquelle Catherine Ashton avait eu de telles difficultés à établir le Service européen pour l'action extérieure.

« Elle ne peut être tenue responsable que dans une certaine limite. Le problème, c'est que les États membres n'[en] veulent pas et elle en est tenue responsable. »

Dans l'ensemble, M. Lanoo a expliqué que: « Je n'attribuerais pas de si mauvaises notes à la Commission […] Ce sont des personnes extrêmement compétentes qui travaillent bien. »

« Je leur accorderais plutôt un 7 qu'un 4. »